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Chapitre 7 – Variables aléatoires discrètes et loi binomiale

Chapitre 7 | Terminale technologique (enseignement commun) | Mathématiques

Dernière mise à jour : 21 octobre 2026, 09:30

Objectifs du chapitre

I. Variable aléatoire et loi de probabilité

1. Variable aléatoire discrète

Définition — Variable aléatoire

Une variable aléatoire \(X\) associe à chaque issue d'une expérience un nombre réel. Lorsque \(X\) ne prend qu'un nombre fini de valeurs \(x_1, x_2, \dots, x_r\), on dit qu'elle est discrète finie.

Définition — Loi de probabilité

La loi de probabilité de \(X\) est le tableau donnant chaque valeur \(x_i\) et sa probabilité \(p_i = P(X = x_i)\). On a toujours \(\displaystyle\sum_i p_i = 1\).

Exemple — le dé équilibré

On lance un dé équilibré ; \(X\) = nombre de points.

\(x_i\)\(1\)\(2\)\(3\)\(4\)\(5\)\(6\)
\(P(X=x_i)\)\(\frac16\)\(\frac16\)\(\frac16\)\(\frac16\)\(\frac16\)\(\frac16\)

2. Espérance d'une variable aléatoire discrète

Définition — Espérance

L'espérance de \(X\) est la moyenne des valeurs pondérées par leurs probabilités :

\[\boxed{\ E(X) = \sum_i x_i\,p_i = x_1 p_1 + x_2 p_2 + \dots + x_r p_r.\ }\]
Interprétation

\(E(X)\) est la valeur moyenne que prendrait \(X\) si l'on répétait l'expérience un très grand nombre de fois. Dans un jeu, si \(X\) est le gain algébrique, \(E(X)\) est le gain moyen par partie : le jeu est équitable si \(E(X) = 0\), favorable si \(E(X) \gt 0\), défavorable si \(E(X) \lt 0\).

Exemples

Dé : \(E(X) = 1\cdot\frac16 + 2\cdot\frac16 + \dots + 6\cdot\frac16 = \dfrac{1+2+3+4+5+6}{6} = \dfrac{21}{6} = 3{,}5\).

Jeu : on gagne \(5\) € avec probabilité \(0{,}2\), on perd \(2\) € avec probabilité \(0{,}8\). Gain moyen :

\[E(X) = 5\times0{,}2 + (-2)\times0{,}8 = 1 - 1{,}6 = -0{,}6\ \text{€}.\]

Le joueur perd en moyenne \(0{,}60\) € par partie : jeu défavorable.

Exercice d'application 1. À un jeu, \(X\) = gain suit la loi : \(P(X=-3) = 0{,}6\), \(P(X=2) = 0{,}3\), \(P(X=10) = 0{,}1\). Vérifier que c'est une loi de probabilité, calculer \(E(X)\) et conclure.

\(0{,}6 + 0{,}3 + 0{,}1 = 1\) ✓. \(E(X) = -3(0{,}6) + 2(0{,}3) + 10(0{,}1) = -1{,}8 + 0{,}6 + 1 = -0{,}2\) €. Jeu légèrement défavorable au joueur.

II. Schéma de Bernoulli et coefficients binomiaux

1. Épreuve et schéma de Bernoulli

Définition — Épreuve de Bernoulli

Une épreuve de Bernoulli est une expérience à deux issues : le succès \(S\) (probabilité \(p\)) et l'échec \(\overline S\) (probabilité \(1-p\)).

Définition — Schéma de Bernoulli

Un schéma de Bernoulli de paramètres \((n,p)\) est la répétition de \(n\) épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes, chacune de probabilité de succès \(p\).

2. Coefficients binomiaux

Définition — Coefficient binomial

Le coefficient binomial \(\displaystyle\binom nk\) (lu « \(k\) parmi \(n\) ») est le nombre de chemins conduisant à exactement \(k\) succès dans un arbre représentant un schéma de Bernoulli de taille \(n\).

Vocabulaire ensembliste : si \(E_k\) désigne l'ensemble des chemins réalisant exactement \(k\) succès, alors \(\binom nk = \text{Card}(E_k)\) — la notation \(\text{Card}(A)\) désigne le cardinal d'un ensemble fini \(A\), c'est-à-dire son nombre d'éléments.

Propriété — Valeurs immédiates \[\binom n0 = 1,\qquad \binom nn = 1,\qquad \binom n1 = n,\qquad \binom{n}{n-1} = n.\]

\(\binom n0 = 1\) : aucun succès, un seul chemin (que des échecs). \(\binom n1 = n\) : un seul succès, à l'une des \(n\) places.

3. Triangle de Pascal

Propriété — Formule de Pascal

Pour \(1 \le k \le n-1\) :

\[\boxed{\ \binom nk = \binom{n-1}{k-1} + \binom{n-1}{k}.\ }\]

Démonstration (raisonnement sur les chemins). Un chemin à \(k\) succès parmi \(n\) épreuves se termine soit par un succès à la \(n\)-ᵉ épreuve (il fallait alors \(k-1\) succès sur les \(n-1\) premières : \(\binom{n-1}{k-1}\) chemins), soit par un échec (il fallait alors \(k\) succès sur les \(n-1\) premières : \(\binom{n-1}{k}\) chemins). Ces deux cas sont disjoints, on additionne. \(\quad\blacksquare\)

Méthode — Construire le triangle de Pascal

Chaque terme est la somme des deux termes situés au-dessus (celui juste au-dessus et celui à sa gauche). On lit par exemple \(\binom52 = 10\).

\(n\backslash k\)012345
01
111
2121
31331
414641
515101051

On sait construire ce tableau jusqu'à \(n = 10\).

Exercice d'application 2. À l'aide du triangle de Pascal, donner \(\binom63\), \(\binom42\) et \(\binom{5}{4}\).

Ligne 6 (\(1,6,15,20,15,6,1\)) : \(\binom63 = 20\). Ligne 4 : \(\binom42 = 6\). Ligne 5 : \(\binom54 = 5\) (\(= \binom51 = 5\) par symétrie).

III. Loi binomiale \(B(n,p)\)

1. Définition

Définition — Loi binomiale

On répète \(n\) épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes, de probabilité de succès \(p\). La variable aléatoire \(X\) qui compte le nombre de succès suit la loi binomiale de paramètres \(n\) et \(p\), notée \(B(n,p)\). Elle prend les valeurs \(0, 1, 2, \dots, n\).

Théorème — Probabilité d'un nombre de succès

Pour tout entier \(k\) compris entre \(0\) et \(n\) :

\[\boxed{\ P(X = k) = \binom nk\, p^{k}\,(1-p)^{\,n-k}.\ }\]

Justification (par l'arbre). Un chemin réalisant exactement \(k\) succès et \(n-k\) échecs a pour probabilité \(p^{k}(1-p)^{n-k}\) (produit le long du chemin, car les épreuves sont indépendantes). Il y a \(\binom nk\) chemins de ce type, tous de même probabilité. En additionnant, on obtient la formule.

Cas particuliers à savoir calculer directement \[P(X=0) = (1-p)^{n}, \qquad P(X=n) = p^{n},\] \[P(X=1) = n\,p\,(1-p)^{n-1}, \qquad P(X=n-1) = n\,p^{\,n-1}(1-p).\]
Propriété — Évènements déduits par réunion \[P(X \ge 1) = 1 - P(X=0) = 1 - (1-p)^{n}\quad(\text{« au moins un succès »}),\] \[P(X \le 1) = P(X=0) + P(X=1).\]
Exercice d'application 3. Soit \(X \sim B(6\,;\,0{,}3)\). Calculer \(P(X=2)\) (on donne \(\binom62 = 15\)).

\(P(X=2) = 15\times0{,}3^{2}\times0{,}7^{4} = 15\times0{,}09\times0{,}2401 \approx 0{,}324\).

2. Espérance de la loi binomiale

Propriété (admise) — Espérance

Si \(X\) suit la loi binomiale \(B(n,p)\), alors son espérance est

\[\boxed{\ E(X) = n\,p.\ }\]

Interprétation. Sur \(n\) répétitions, on obtient en moyenne \(np\) succès. Par exemple, sur \(50\) lancers d'une pièce équilibrée, on attend en moyenne \(50\times0{,}5 = 25\) « pile ».

Exercice d'application 4. Un vaccin est efficace dans \(90\,\%\) des cas. Sur \(200\) personnes vaccinées, combien de personnes protégées en moyenne ?

\(X \sim B(200\,;\,0{,}9)\), donc \(E(X) = 200\times0{,}9 = 180\) personnes protégées en moyenne.

3. Exemple complet

Exemple — un QCM répondu au hasard

Un QCM comporte \(10\) questions ; à chacune, \(4\) réponses possibles dont une seule correcte. Un élève répond au hasard. Soit \(X\) le nombre de bonnes réponses.

IV. Méthodes et outils numériques

Méthode 1 — Reconnaître une loi binomiale et donner \((n,p)\)

Vérifier les quatre conditions :

  1. On répète une même épreuve un nombre fixé \(n\) de fois.
  2. Chaque épreuve n'a que deux issues (succès / échec).
  3. Les épreuves sont indépendantes.
  4. La probabilité de succès \(p\) est constante.

Alors \(X\) = nombre de succès suit \(B(n,p)\).

Méthode 2 — « Au moins un » succès

Passer par l'évènement contraire :

\[P(X \ge 1) = 1 - P(X = 0) = 1 - (1-p)^{n}.\]

Exemple : on lance \(5\) fois un dé, probabilité d'obtenir au moins un six ? \(X \sim B(5\,;\,\frac16)\) : \(P(X\ge1) = 1 - \left(\frac56\right)^5 \approx 0{,}598\).

Calculatrice

La plupart des calculatrices lycée disposent d'une fonction de loi binomiale :

Le coefficient binomial \(\binom nk\) s'obtient avec la touche nCr (ou combinaison).

Tableur

=LOI.BINOMIALE.N(k;n;p;FAUX) donne \(P(X=k)\) ; avec VRAI, la probabilité cumulée \(P(X\le k)\). =COMBIN(n;k) donne \(\binom nk\).

Python — loi binomiale et espérance
from math import comb   # comb(n, k) = coefficient binomial

def proba_binomiale(n, p, k):
    return comb(n, k) * p**k * (1 - p)**(n - k)

n, p = 10, 0.25
proba = [proba_binomiale(n, p, k) for k in range(n + 1)]
esperance = sum(k * proba[k] for k in range(n + 1))
print(round(esperance, 4), "≈", n * p)   # 2.5 ≈ 2.5
Python — générer le triangle de Pascal de taille \(n\)

On construit chaque ligne à partir de la précédente grâce à la relation de Pascal \(\binom nk = \binom{n-1}{k-1} + \binom{n-1}{k}\) : chaque terme est la somme des deux termes situés au-dessus. On n'utilise que des listes.

def triangle_pascal(n):
    """Renvoie la liste des lignes 0 à n du triangle de Pascal."""
    triangle = [[1]]                 # ligne 0
    for i in range(1, n + 1):
        precedente = triangle[-1]    # dernière ligne construite
        ligne = [1]                  # premier terme : toujours 1
        for k in range(1, i):
            # relation de Pascal : somme des deux termes au-dessus
            ligne.append(precedente[k - 1] + precedente[k])
        ligne.append(1)              # dernier terme : toujours 1
        triangle.append(ligne)
    return triangle

for ligne in triangle_pascal(5):
    print(ligne)
# [1]
# [1, 1]
# [1, 2, 1]
# [1, 3, 3, 1]
# [1, 4, 6, 4, 1]
# [1, 5, 10, 10, 5, 1]
Python — diagramme en bâtons de la loi \(B(n,p)\)

Avec la fonction proba_binomiale ci-dessus, on trace le diagramme en bâtons de la loi de probabilité :

import matplotlib.pyplot as plt

n, p = 10, 0.25
valeurs = list(range(n + 1))                          # k = 0, 1, ..., n
probas = [proba_binomiale(n, p, k) for k in valeurs]

plt.bar(valeurs, probas, width=0.4)
plt.xlabel("k")
plt.ylabel("P(X = k)")
plt.title("Loi binomiale B(10 ; 0,25)")
plt.show()

Lien avec la classe de première : en simulant \(N\) échantillons de taille \(n\) d'une loi de Bernoulli de paramètre \(p\) (avec random.random() < p, comme en première), l'histogramme des fréquences observées du nombre de succès se rapproche de ce diagramme en bâtons lorsque \(N\) est grand : la loi binomiale est le modèle théorique dont la simulation donne une image approchée.

Python — représenter l'espérance \(E(X) = np\)

On représente l'espérance de lois binomiales \(B(n,p)\) d'abord à \(p\) fixé et \(n\) variable, puis à \(n\) fixé et \(p\) variable :

def esperance_binomiale(n, p):
    """Espérance calculée par la somme des k * P(X = k)."""
    probas = [proba_binomiale(n, p, k) for k in range(n + 1)]
    return sum(k * probas[k] for k in range(n + 1))

# 1) p fixé à 0,25 ; n varie de 1 à 30
liste_n = list(range(1, 31))
esperances = [esperance_binomiale(n, 0.25) for n in liste_n]
plt.plot(liste_n, esperances, "o")   # points alignés, pente 0,25
plt.xlabel("n") ; plt.ylabel("E(X)")
plt.show()

# 2) n fixé à 20 ; p varie de 0 à 1
liste_p = [k / 100 for k in range(101)]
esperances = [esperance_binomiale(20, p) for p in liste_p]
plt.plot(liste_p, esperances)        # droite, pente 20
plt.xlabel("p") ; plt.ylabel("E(X)")
plt.show()

Dans les deux cas, les points obtenus sont alignés sur une droite passant par l'origine : à \(p\) fixé, \(E(X)\) est proportionnelle à \(n\) (pente \(p\)) ; à \(n\) fixé, elle est proportionnelle à \(p\) (pente \(n\)). C'est bien ce que dit la formule admise \(E(X) = np\).

Exercice d'application 5. Une machine produit \(3\,\%\) de pièces défectueuses. On prélève \(50\) pièces (avec remise). Soit \(X\) le nombre de défectueuses. Donner la loi de \(X\), le nombre moyen de défectueuses, et \(P(X=0)\).

\(X \sim B(50\,;\,0{,}03)\). \(E(X) = 50\times0{,}03 = 1{,}5\). \(P(X=0) = 0{,}97^{50} \approx 0{,}218\).

Exercice d'application 6. On prélève sans remise \(3\) cartes dans un jeu de \(32\). Peut-on modéliser le nombre de cœurs obtenus par une loi binomiale ? Justifier.

Non. Les tirages sont sans remise : ils ne sont plus indépendants et la probabilité de tirer un cœur change à chaque tirage. Deux des quatre conditions ne sont pas remplies, la loi binomiale ne s'applique pas.

Vocabulaire logique : ce tirage sans remise est un contre-exemple : il suffit à lui seul pour infirmer la proposition universelle « toute répétition de \(n\) tirages se modélise par une loi binomiale ».

Erreurs fréquentes / points de vigilance

Les pièges du chapitre

❌ Utiliser la loi binomiale pour un tirage sans remise.

✅ Un tirage sans remise ne relève pas de la loi binomiale : les tirages ne sont plus indépendants et \(p\) change.

❌ Oublier le coefficient binomial.

✅ \(P(X=k) = \binom nk\,p^k(1-p)^{n-k}\), pas seulement \(p^k(1-p)^{n-k}\) (ce serait la probabilité d'un chemin précis).

❌ Se tromper d'exposants.

✅ \(k\) succès et \(n-k\) échecs : les exposants somment à \(n\).

❌ Confondre « au moins un » et « exactement un ».

✅ « Au moins un » se calcule par \(1 - P(X=0)\).

❌ Écrire \(E(X) = n+p\) ou \(\frac np\).

✅ Pour la loi binomiale, \(E(X) = np\) (produit), et cette formule n'est valable que pour la loi binomiale.

L'essentiel à retenir

À retenir :

Simulations interactives