Chapitre 10 | Première générale (spécialité) | Mathématiques
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026
On développe le modèle probabiliste vu en seconde (univers fini) en formalisant l'indépendance de deux événements, la partition de l'univers, la formule des probabilités totales et la répétition d'épreuves de Bernoulli. Les symboles \(\forall\) et \(\exists\) ne sont pas exigibles.
Soit \(A\) et \(B\) deux événements avec \(P(A) \ne 0\). La probabilité conditionnelle de \(B\) sachant \(A\) est :
\[P_A(B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(A)}.\]C'est la probabilité que \(B\) se réalise lorsqu'on sait que \(A\) est réalisé.
En multipliant par \(P(A)\), on obtient la formule fondamentale :
\[P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B) = P(B) \times P_B(A).\]Cette formule structure la lecture des arbres pondérés : la probabilité d'un chemin est le produit des probabilités rencontrées.
Ne pas confondre :
En général \(P_A(B) \ne P_B(A)\).
Dans une classe de \(30\) élèves, \(18\) font de l'anglais (\(A\)) et parmi eux \(12\) font aussi de l'espagnol (\(B\)). On tire un élève au hasard.
| \(B\) (espagnol) | \(\overline{B}\) | Total | |
|---|---|---|---|
| \(A\) (anglais) | 12 | 6 | 18 |
| \(\overline{A}\) | 4 | 8 | 12 |
| Total | 16 | 14 | 30 |
\(P(A) = \tfrac{18}{30}\), \(P(A\cap B) = \tfrac{12}{30}\), donc \(P_A(B) = \dfrac{12/30}{18/30} = \dfrac{12}{18} = \dfrac{2}{3}\).
\(P(B) = \tfrac{16}{30}\) et \(P(A\cap B) = \tfrac{12}{30}\), donc \(P_B(A) = \dfrac{12/30}{16/30} = \dfrac{12}{16} = \dfrac{3}{4}\).
On a \(P_A(B) = \tfrac23 \ne \tfrac34 = P_B(A)\) : les deux conditionnelles sont bien différentes.
Deux événements \(A\) et \(B\) sont indépendants lorsque :
\[P(A \cap B) = P(A) \times P(B).\]Si \(P(B) \ne 0\), l'indépendance équivaut à \(P_B(A) = P(A)\) : savoir que \(B\) est réalisé ne change pas la probabilité de \(A\). L'indépendance traduit l'absence d'influence d'un événement sur l'autre.
Si \(A\) et \(B\) sont indépendants, alors \(A\) et \(\overline{B}\) le sont aussi (de même \(\overline{A}\) et \(B\), ainsi que \(\overline{A}\) et \(\overline{B}\)).
Une hypothèse d'indépendance fait partie d'un modèle. Pour une situation réelle (deux dés lancés, tirages avec remise…), l'indépendance résulte de l'analyse de la situation, et non d'un simple calcul.
On lance un dé équilibré. \(A\) = « obtenir un nombre pair » (\(P(A) = \tfrac12\)), \(B\) = « obtenir un multiple de \(3\) » (\(P(B) = \tfrac13\)). Alors \(A\cap B\) = « obtenir \(6\) », de probabilité \(\tfrac16\). Comme \(\tfrac12 \times \tfrac13 = \tfrac16 = P(A\cap B)\), les événements \(A\) et \(B\) sont indépendants.
Incompatibles signifie \(A\cap B = \varnothing\) (ils ne peuvent coexister). Indépendants signifie \(P(A\cap B) = P(A)P(B)\). Deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants.
\(P(A)\times P(B) = 0{,}6 \times 0{,}5 = 0{,}3 = P(A\cap B)\). Oui, \(A\) et \(B\) sont indépendants.
Les événements \(A_1, A_2, \dots, A_n\) forment une partition de l'univers \(\Omega\) lorsque :
Le cas le plus simple : \(\{A,\ \overline{A}\}\) forme une partition de \(\Omega\).
L'univers \(\Omega\) est découpé en parties disjointes \(A_1, A_2, A_3\) qui le recouvrent entièrement. L'événement \(B\) (rouge) se répartit sur ces parties : \(B = (A_1\cap B)\cup(A_2\cap B)\cup(A_3\cap B)\).
Si \(A_1, \dots, A_n\) forment une partition de \(\Omega\), alors pour tout événement \(B\) :
\[P(B) = P(A_1 \cap B) + P(A_2 \cap B) + \dots + P(A_n \cap B).\]En utilisant les probabilités conditionnelles :
\[P(B) = P(A_1)\,P_{A_1}(B) + \dots + P(A_n)\,P_{A_n}(B).\]Sur un arbre pondéré, \(P(B)\) s'obtient en additionnant les probabilités de tous les chemins menant à \(B\).
Une usine a deux machines : \(M_1\) produit \(60\%\) des pièces, \(M_2\) produit \(40\%\). \(M_1\) a un taux de défaut de \(2\%\), \(M_2\) de \(5\%\). Probabilité qu'une pièce prise au hasard soit défectueuse (\(D\)) ?
\[P(D) = P(M_1)P_{M_1}(D) + P(M_2)P_{M_2}(D) = 0{,}6 \times 0{,}02 + 0{,}4 \times 0{,}05 = 0{,}012 + 0{,}020 = 0{,}032.\]Soit \(3{,}2\%\) de pièces défectueuses.
Cet exemple se lit sur l'arbre pondéré suivant : la probabilité d'un chemin est le produit des branches, et \(P(D)\) est la somme des chemins menant à \(D\).
Arbre pondéré : \(P(M_1 \cap D) = 0{,}6 \times 0{,}02\) et \(P(M_2 \cap D) = 0{,}4 \times 0{,}05\) ; leur somme donne \(P(D) = 0{,}032\).
Règle de contrôle : à chaque nœud, la somme des probabilités des branches issues vaut \(1\).
Partition \(\{V,\ \overline{V}\}\). Formule des probabilités totales :
\(P(M) = P(V)P_V(M) + P(\overline{V})P_{\overline{V}}(M) = 0{,}30 \times 0{,}05 + 0{,}70 \times 0{,}20 = 0{,}015 + 0{,}140 = 0{,}155\), soit \(15{,}5\%\).
Lorsqu'on effectue deux épreuves indépendantes l'une après l'autre, la probabilité d'un couple de résultats est le produit des probabilités :
\[P(\text{résultat}_1 \text{ puis } \text{résultat}_2) = P(\text{résultat}_1) \times P(\text{résultat}_2).\]On représente cette succession par un arbre ou par un tableau à double entrée.
Exemple résolu. Deux tirages successifs avec remise dans une urne : les tirages sont indépendants, donc \(P(\text{deux boules rouges}) = P(\text{rouge}) \times P(\text{rouge})\).
« Avec remise » \(\Rightarrow\) tirages indépendants. « Sans remise » \(\Rightarrow\) tirages dépendants (la composition de l'urne change entre les deux tirages).
Tirages dépendants : \(P = P(1^{\text{re}}\text{ rouge}) \times P_{1^{\text{re}} \text{ rouge}}(2^{\text{e}}\text{ rouge}) = \dfrac{3}{5} \times \dfrac{2}{4} = \dfrac{6}{20} = \dfrac{3}{10}\).
Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire à deux issues : le succès \(S\) (de probabilité \(p\)) et l'échec \(\overline{S}\) (de probabilité \(1 - p\)).
On répète \(n\) fois (\(n \le 4\)) une même épreuve de Bernoulli de façon indépendante et identique. On représente l'ensemble par un arbre à \(n\) niveaux : chaque chemin correspond à une suite de succès/échecs, et sa probabilité est le produit des probabilités des branches.
On lance \(3\) fois une pièce truquée où \(P(\text{pile}) = 0{,}6\). Probabilité d'obtenir exactement deux piles ? Les chemins favorables sont PPF, PFP, FPP, chacun de probabilité \(0{,}6 \times 0{,}6 \times 0{,}4 = 0{,}144\). Il y en a \(3\), donc :
\[P(\text{exactement 2 piles}) = 3 \times 0{,}144 = 0{,}432.\]L'arbre à \(3\) niveaux ci-dessous représente les \(2^3 = 8\) issues. Les trois chemins menant à exactement deux piles (PPF, PFP, FPP) sont mis en évidence en rouge.
Arbre des \(8\) issues de trois lancers. Chaque chemin PPF, PFP, FPP (rouge) a pour probabilité \(0{,}6 \times 0{,}6 \times 0{,}4 = 0{,}144\).
Astuce : pour « au moins un succès », passer souvent par l'événement contraire « aucun succès ».
Événement contraire : « aucun pile » = FFF, de probabilité \(\left(\tfrac12\right)^3 = \tfrac18\).
Donc \(P(\text{au moins un pile}) = 1 - \tfrac18 = \tfrac78\).
Chemins favorables : « touché puis échec » (TÉ) et « échec puis touché » (ÉT), chacun de probabilité \(0{,}8 \times 0{,}2 = 0{,}16\).
Total : \(2 \times 0{,}16 = 0{,}32\).
La méthode de Monte-Carlo estime une probabilité (ou une aire) par simulation aléatoire. Exemple : estimation de \(\pi\) en tirant des points au hasard dans le carré \([0\,;1]^2\) et en comptant ceux qui tombent sous le quart de cercle de rayon \(1\) (aire \(\tfrac{\pi}{4}\)).
from random import random
def estim_pi(N):
"""Estimation de pi par Monte-Carlo avec N tirages."""
dans_disque = 0
for _ in range(N):
x = random()
y = random()
if x*x + y*y <= 1: # point sous le quart de cercle
dans_disque += 1
return 4 * dans_disque / N
print(estim_pi(1_000_000)) # ~ 3.14...
De même, on peut estimer l'aire sous la parabole \(y = x^2\) sur \([0\,;1]\) en comptant la proportion de points \((x\,;y)\) vérifiant \(y \le x^2\) (aire théorique \(\tfrac13\)).
❌ Confondre indépendance et incompatibilité.
✅ Incompatibles : \(A\cap B=\varnothing\) ; indépendants : \(P(A\cap B)=P(A)P(B)\). Deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants.
❌ Écrire \(P_A(B) = P_B(A)\).
✅ En général \(P_A(B) \ne P_B(A)\) : ce sont deux conditionnelles différentes.
❌ Une somme de branches qui ne vaut pas \(1\) à un nœud.
✅ À chaque nœud, les probabilités des branches issues totalisent \(1\).
❌ Appliquer les probabilités totales sur des événements qui ne forment pas une partition.
✅ N'additionner que sur une partition (incompatibles et couvrant \(\Omega\)).
❌ Traiter un tirage « sans remise » comme des épreuves indépendantes.
✅ « Avec remise » → indépendants ; « sans remise » → dépendants.