← Retour au sommaire

Chapitre 8 – Calcul vectoriel et produit scalaire

Chapitre 8 | Première générale (spécialité) | Mathématiques

Dernière mise à jour : 21 octobre 2026, 09:43

Objectifs du chapitre

Le produit scalaire est un nouvel outil métrique puissant pour résoudre des problèmes de géométrie : il permet de caractériser l'orthogonalité, de calculer des longueurs et des angles. On l'introduit par la projection orthogonale et par la formule avec le cosinus, puis on établit ses propriétés (bilinéarité, symétrie), son expression en base orthonormée, et la formule d'Al-Kashi. Prérequis : vecteurs (somme, produit par un réel, colinéarité), norme et coordonnées en repère orthonormé, trigonométrie (cosinus) et théorème de Pythagore.

I. Définitions du produit scalaire

1. Définition par le cosinus

Définition — Produit scalaire (normes et angle)

Soit \(\vec u\) et \(\vec v\) deux vecteurs non nuls faisant un angle \(\theta\). Leur produit scalaire est le réel :

\[\vec u \cdot \vec v = \|\vec u\| \times \|\vec v\| \times \cos\theta.\]

Si l'un des vecteurs est nul, on pose \(\vec u \cdot \vec v = 0\). Le produit scalaire est un nombre réel, pas un vecteur.

2. Définition par la projection orthogonale

Définition — Produit scalaire (projeté orthogonal)

Soit \(\vec u = \overrightarrow{AB}\) et \(\vec v = \overrightarrow{AC}\). En notant \(H\) le projeté orthogonal de \(C\) sur la droite \((AB)\) :

\[\vec u \cdot \vec v = \overrightarrow{AB} \cdot \overrightarrow{AC} = \overline{AB} \times \overline{AH},\]

produit des mesures algébriques : positif si \(H\) est du même côté que \(B\) par rapport à \(A\), négatif sinon. Les deux définitions coïncident.

Propriété — Carré scalaire

Pour tout vecteur \(\vec u\) : \(\vec u \cdot \vec u = \|\vec u\|^2\) (car \(\theta = 0\) et \(\cos 0 = 1\)). On le note \(\vec u^{\,2}\).

Exercice d'application 1. Deux vecteurs vérifient \(\|\vec u\| = 4\), \(\|\vec v\| = 3\) et forment un angle \(\theta = 60°\). Calculer \(\vec u \cdot \vec v\).

\(\vec u \cdot \vec v = \|\vec u\|\,\|\vec v\|\cos\theta = 4 \times 3 \times \cos 60° = 12 \times \tfrac12 = 6.\)

II. Orthogonalité

Théorème — Caractérisation de l'orthogonalité

Deux vecteurs \(\vec u\) et \(\vec v\) sont orthogonaux si et seulement si :

\[\vec u \cdot \vec v = 0.\]

En effet, pour des vecteurs non nuls, \(\vec u \cdot \vec v = 0 \iff \cos\theta = 0 \iff \theta = \tfrac{\pi}{2}\). Le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur.

Attention

\(\vec u \cdot \vec v = 0\) n'implique pas \(\vec u = \vec 0\) : deux vecteurs non nuls peuvent être orthogonaux. Le produit scalaire nul traduit l'orthogonalité, pas la nullité.

III. Propriétés : symétrie et bilinéarité

Théorème — Symétrie et bilinéarité

Pour tous vecteurs \(\vec u,\ \vec v,\ \vec w\) et tout réel \(k\) :

Ces règles permettent de développer les produits scalaires comme un calcul algébrique ordinaire.

Exemple — Développement

On développe \((\vec u + \vec v)\cdot(\vec u - \vec v)\) comme une identité remarquable :

\[(\vec u + \vec v)\cdot(\vec u - \vec v) = \vec u\cdot\vec u - \vec u\cdot\vec v + \vec v\cdot\vec u - \vec v\cdot\vec v = \|\vec u\|^2 - \|\vec v\|^2.\]
Exercice d'application 2. Développer et simplifier \(\|\vec u + \vec v\|^2\) à l'aide de la bilinéarité, sachant que \(\|\vec u + \vec v\|^2 = (\vec u + \vec v)\cdot(\vec u + \vec v)\).

\((\vec u + \vec v)\cdot(\vec u + \vec v) = \vec u\cdot\vec u + \vec u\cdot\vec v + \vec v\cdot\vec u + \vec v\cdot\vec v\). Par symétrie \(\vec u\cdot\vec v = \vec v\cdot\vec u\), donc :

\(\|\vec u + \vec v\|^2 = \|\vec u\|^2 + 2\,\vec u\cdot\vec v + \|\vec v\|^2.\)

IV. Expression en base orthonormée

Théorème — Produit scalaire par les coordonnées

Dans un repère orthonormé, si \(\vec u\,(x\,;y)\) et \(\vec v\,(x'\,;y')\), alors :

\[\vec u \cdot \vec v = xx' + yy'.\]

En conséquence :

\[\|\vec u\| = \sqrt{x^2 + y^2}, \qquad \vec u \perp \vec v \iff xx' + yy' = 0.\]
Attention

La formule \(\vec u \cdot \vec v = xx' + yy'\) est la somme des produits des coordonnées (pas le produit des sommes), et elle n'est valable qu'en base orthonormée.

Exemple

Avec \(\vec u\,(3\,;-2)\) et \(\vec v\,(4\,;6)\) : \(\vec u \cdot \vec v = 3\times 4 + (-2)\times 6 = 12 - 12 = 0\). Les vecteurs sont donc orthogonaux.

Propriété — Les coordonnées sont des produits scalaires

Dans une base orthonormée \((\vec\imath\,;\vec\jmath)\), les coordonnées d'un vecteur \(\vec u\,(x\,;y)\) s'expriment à l'aide de produits scalaires :

\[x = \vec u \cdot \vec\imath \qquad\text{et}\qquad y = \vec u \cdot \vec\jmath.\]

Autrement dit, la coordonnée d'un vecteur sur un axe s'obtient en effectuant le produit scalaire avec le vecteur unitaire de cet axe.

Mini-preuve (par bilinéarité)

On écrit \(\vec u = x\,\vec\imath + y\,\vec\jmath\) et on développe par bilinéarité :

\[\vec u \cdot \vec\imath = (x\,\vec\imath + y\,\vec\jmath)\cdot\vec\imath = x\,(\vec\imath\cdot\vec\imath) + y\,(\vec\jmath\cdot\vec\imath) = x \times 1 + y \times 0 = x,\]

car la base est orthonormée : \(\vec\imath\cdot\vec\imath = \|\vec\imath\|^2 = 1\) et \(\vec\jmath\cdot\vec\imath = 0\) (vecteurs orthogonaux). De même, \(\vec u \cdot \vec\jmath = y\). \(\qquad\blacksquare\)

Remarque. On retrouve ainsi la formule \(\vec u \cdot \vec v = xx' + yy'\) : il suffit de développer \((x\,\vec\imath + y\,\vec\jmath)\cdot(x'\,\vec\imath + y'\,\vec\jmath)\) par bilinéarité.

Exercice d'application 3. Soit \(\vec u\,(2\,;5)\) et \(\vec v\,(-3\,;1)\) dans un repère orthonormé. Calculer \(\vec u \cdot \vec v\) et \(\|\vec u\|\).

\(\vec u \cdot \vec v = 2\times(-3) + 5\times 1 = -6 + 5 = -1\).

\(\|\vec u\| = \sqrt{2^2 + 5^2} = \sqrt{4 + 25} = \sqrt{29}\).

V. Développement des normes et polarisation

Théorème — Identités des normes

Pour tous vecteurs \(\vec u\) et \(\vec v\) :

\[\|\vec u + \vec v\|^2 = \|\vec u\|^2 + 2\,\vec u \cdot \vec v + \|\vec v\|^2,\] \[\|\vec u - \vec v\|^2 = \|\vec u\|^2 - 2\,\vec u \cdot \vec v + \|\vec v\|^2.\]
Propriété — Identités de polarisation

Ces identités remarquables (analogues à \((a \pm b)^2\)) permettent de calculer un produit scalaire à partir des normes :

\[\vec u \cdot \vec v = \tfrac12\Big(\|\vec u + \vec v\|^2 - \|\vec u\|^2 - \|\vec v\|^2\Big) = \tfrac12\Big(\|\vec u\|^2 + \|\vec v\|^2 - \|\vec u - \vec v\|^2\Big).\]
Exercice d'application 4. On sait que \(\|\vec u\| = 5\), \(\|\vec v\| = 3\) et \(\|\vec u - \vec v\| = 4\). Calculer \(\vec u \cdot \vec v\).

Par polarisation : \(\vec u \cdot \vec v = \tfrac12\big(\|\vec u\|^2 + \|\vec v\|^2 - \|\vec u - \vec v\|^2\big) = \tfrac12(25 + 9 - 16) = \tfrac12 \times 18 = 9.\)

VI. Formule d'Al-Kashi

Théorème — Formule d'Al-Kashi

Dans un triangle \(ABC\), en notant \(a = BC\), \(b = CA\), \(c = AB\) les longueurs des côtés et \(\widehat{A}\) l'angle en \(A\) :

\[a^2 = b^2 + c^2 - 2bc\cos\widehat{A}.\]

C'est la généralisation du théorème de Pythagore, que l'on retrouve si \(\widehat{A} = \tfrac{\pi}{2}\), car \(\cos\tfrac{\pi}{2} = 0\).

Démonstration (exigible — avec le produit scalaire)

On écrit \(\overrightarrow{BC} = \overrightarrow{AC} - \overrightarrow{AB}\). Alors :

\[a^2 = BC^2 = \|\overrightarrow{BC}\|^2 = \|\overrightarrow{AC} - \overrightarrow{AB}\|^2.\]

En développant avec l'identité de la norme :

\[a^2 = \|\overrightarrow{AC}\|^2 - 2\,\overrightarrow{AC} \cdot \overrightarrow{AB} + \|\overrightarrow{AB}\|^2 = b^2 - 2\,\overrightarrow{AC}\cdot\overrightarrow{AB} + c^2.\]

Or \(\overrightarrow{AC} \cdot \overrightarrow{AB} = \|\overrightarrow{AC}\|\,\|\overrightarrow{AB}\|\cos\widehat{A} = bc\cos\widehat{A}\). D'où :

\[a^2 = b^2 + c^2 - 2bc\cos\widehat{A}. \qquad\blacksquare\]
Exemple — Calcul d'une longueur

Dans un triangle, \(b = 5\), \(c = 7\) et \(\widehat{A} = 60°\). Alors :

\[a^2 = 25 + 49 - 2\times 5 \times 7 \times \cos 60° = 74 - 70 \times \tfrac12 = 39,\]

donc \(a = \sqrt{39} \approx 6{,}24\).

Attention

Dans Al-Kashi, il faut bien associer l'angle \(\widehat{A}\) au côté opposé \(a\). Le terme correcteur est \(-2bc\cos\widehat{A}\) : si l'angle est obtus, \(\cos\widehat{A}\lt 0\) et ce terme augmente \(a^2\).

Exercice d'application 5. Dans un triangle, \(b = 4\), \(c = 6\) et \(\widehat{A} = 120°\). Calculer \(a\).

\(a^2 = 16 + 36 - 2\times 4 \times 6 \times \cos 120° = 52 - 48 \times\big(-\tfrac12\big) = 52 + 24 = 76\). Donc \(a = \sqrt{76} = 2\sqrt{19} \approx 8{,}72\).

VII. Applications géométriques

1. Calcul d'un angle

Méthode — Calculer un angle entre deux vecteurs
  1. Calculer \(\vec u \cdot \vec v\) (souvent par les coordonnées) et les normes \(\|\vec u\|\), \(\|\vec v\|\).
  2. En déduire \(\cos\theta = \dfrac{\vec u \cdot \vec v}{\|\vec u\|\,\|\vec v\|}\).
  3. Conclure avec \(\theta = \arccos(\cos\theta)\).

Exemple résolu. Si \(\|\vec u\| = 3\), \(\|\vec v\| = 5\) et \(\vec u \cdot \vec v = 9\), alors \(\cos\theta = \dfrac{9}{15} = 0{,}6\), donc \(\theta = \arccos(0{,}6) \approx 53{,}1°\).

2. Ensemble des points \(M\) tels que \(\overrightarrow{MA} \cdot \overrightarrow{MB} = 0\)

Théorème — Cercle de diamètre \([AB]\)

Soit \(A\) et \(B\) deux points distincts. L'ensemble des points \(M\) du plan tels que

\[\overrightarrow{MA} \cdot \overrightarrow{MB} = 0\]

est le cercle de diamètre \([AB]\).

Démonstration (exigible — avec le produit scalaire)

\(\overrightarrow{MA} \cdot \overrightarrow{MB} = 0\) signifie que les vecteurs \(\overrightarrow{MA}\) et \(\overrightarrow{MB}\) sont orthogonaux, c'est-à-dire que le triangle \(AMB\) est rectangle en \(M\) (ou que \(M \in \{A, B\}\)). Or l'ensemble des points \(M\) voyant \([AB]\) sous un angle droit est exactement le cercle de diamètre \([AB]\). \(\qquad\blacksquare\)

Exercice d'application 6. Déterminer l'ensemble des points \(M\) tels que \(\overrightarrow{MA}\cdot\overrightarrow{MB} = 0\) avec \(A(-3\,;0)\) et \(B(3\,;0)\).

C'est le cercle de diamètre \([AB]\), de centre \(O(0\,;0)\) (milieu de \([AB]\)) et de rayon \(\dfrac{AB}{2} = 3\). Son équation est \(x^2 + y^2 = 9\).

Choisir la bonne expression du produit scalaire

Méthode — Selon les données
On dispose de…Formule à utiliser
coordonnées\(\vec u \cdot \vec v = xx' + yy'\)
normes et angle\(\vec u \cdot \vec v = \|\vec u\|\,\|\vec v\|\cos\theta\)
une projection orthogonale\(\overline{AB}\times\overline{AH}\)
trois normesidentité de polarisation

Algorithmique et Python

Fonctions de base pour le produit scalaire, la norme et l'angle en repère orthonormé :

from math import sqrt, acos, degrees

def produit_scalaire(u, v):
    return u[0]*v[0] + u[1]*v[1]

def norme(u):
    return sqrt(u[0]**2 + u[1]**2)

def angle_degres(u, v):
    """Angle (en degrés) entre deux vecteurs non nuls."""
    c = produit_scalaire(u, v) / (norme(u) * norme(v))
    return degrees(acos(c))

u = (3, 1)
v = (1, 3)
print(produit_scalaire(u, v))          # 6
print(round(angle_degres(u, v), 1))    # 53.1

Erreurs fréquentes / points de vigilance

Les pièges du chapitre

❌ Croire que le produit scalaire est un vecteur.

✅ Le produit scalaire est un nombre réel.

❌ Utiliser \(xx' + yy'\) dans une base quelconque.

✅ Cette formule n'est valable qu'en base orthonormée.

❌ Oublier le signe du cosinus pour un angle obtus.

✅ Si l'angle est obtus, le produit scalaire est négatif.

❌ Mal associer l'angle et le côté dans Al-Kashi.

✅ L'angle \(\widehat{A}\) est opposé au côté \(a\) ; terme correcteur \(-2bc\cos\widehat{A}\).

❌ Croire que \(\vec u \cdot \vec v = 0\) impose \(\vec u = \vec 0\).

✅ Deux vecteurs non nuls peuvent être orthogonaux.

L'essentiel à retenir

À retenir :

Simulation interactive