Chapitre 12 | Terminale STL — spécialité Physique-chimie et mathématiques | Mathématiques
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026
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L'intégration répond à une question géométrique simple — quelle est l'aire sous une courbe ? — mais elle est au cœur de la physique : l'aire sous une courbe représente très souvent une grandeur physique (le travail d'une force, l'énergie fournie, la distance parcourue, la charge électrique…). Ce chapitre relie l'aire au calcul de primitives vu précédemment, ce qui transforme un calcul d'aire en un simple calcul \(F(b)-F(a)\). Prérequis : dérivées et primitives, lecture graphique, sommes.
Soit \(f\) une fonction positive et continue sur un intervalle \([a\,;b]\) (avec \(a\lt b\)), de courbe \(\mathcal C_f\) dans un repère orthogonal. L'intégrale de \(a\) à \(b\) de \(f\) est l'aire, exprimée en unités d'aire, du domaine compris entre la courbe \(\mathcal C_f\), l'axe des abscisses et les droites verticales d'équations \(x=a\) et \(x=b\). On la note :
\[\int_a^b f(x)\,\mathrm dx .\]Dans \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm dx\) : \(a\) et \(b\) sont les bornes d'intégration (des paramètres) ; \(f\) est la fonction à intégrer ; \(\mathrm dx\) indique la variable d'intégration. La lettre \(x\) est une variable muette : elle n'existe pas en dehors de l'intégrale. On a exactement
\[\int_a^b f(x)\,\mathrm dx=\int_a^b f(t)\,\mathrm dt=\int_a^b f(u)\,\mathrm du .\]L'unité d'aire (u.a.) est l'aire du rectangle bâti sur les vecteurs unités du repère : si \(1\) unité vaut \(1\) cm sur chaque axe, alors \(1\) u.a. \(=1\ \text{cm}^2\).
Déplace les bornes \(a\) et \(b\) : l'aire grisée sous la courbe est la valeur de \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm dx\), affichée sous la figure.
L'intégrale d'une fonction positive est l'aire (en u.a.) du domaine sous la courbe, entre les verticales \(x=a\) et \(x=b\).
Le domaine est un rectangle de largeur \(5-1=4\) et de hauteur \(3\). Son aire vaut \(4\times 3=12\), donc \(\displaystyle\int_1^5 3\,\mathrm dx=12\) u.a.
Pour approcher \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm dx\), on découpe \([a\,;b]\) en \(n\) sous-intervalles de même largeur \(\Delta x=\dfrac{b-a}{n}\), aux abscisses \(x_i=a+i\,\Delta x\). Sur chacun, on remplace l'aire réelle par celle d'un rectangle de hauteur \(f(x_i)\). La somme de ces rectangles vaut :
\[S_n=\sum_{i=0}^{n-1} f(x_i)\,\Delta x .\]Quand \(n\) devient grand (\(\Delta x\) très petit), \(S_n\) se rapproche de l'aire exacte :
\[\sum_{i} f(x_i)\,\Delta x_i\ \xrightarrow[\ n\to +\infty\ ]{}\ \int_a^b f(x)\,\mathrm dx .\]Déplace le curseur pour augmenter le nombre \(n\) de rectangles : la somme des aires des rectangles (en bleu) converge vers l'aire sous la courbe.
Méthode des rectangles pour \(f(x)=x^2\) sur \([0\,;2]\) : lorsque \(n\) croît, \(S_n=\sum f(x_i)\Delta x\) tend vers la valeur exacte \(\displaystyle\int_0^2 x^2\,\mathrm dx=\dfrac{8}{3}\approx 2{,}667\).
def integrale_rectangles(f, a, b, n):
dx = (b - a) / n # largeur d'un rectangle
somme = 0.0
for i in range(n): # rectangles à gauche : x_i = a + i*dx
x = a + i * dx
somme += f(x) * dx # aire d'un rectangle
return somme
f = lambda x: x**2
print(integrale_rectangles(f, 0, 2, 1000)) # ≈ 2.665... (exact : 8/3 ≈ 2.6667)
Largeur \(\Delta x=\dfrac{2-0}{2}=1\). Abscisses à gauche : \(x_0=0\) et \(x_1=1\). Hauteurs : \(f(0)=0\), \(f(1)=1\).
\(S_2=f(0)\times 1+f(1)\times 1=0+1=1\). C'est une valeur approchée par défaut (\(f\) croissante), assez éloignée de \(\dfrac83\approx 2{,}67\) : il faut beaucoup plus de rectangles pour être précis.
Si \(f\) est négative sur \([a\,;b]\) (\(a\lt b\)), le domaine sous la courbe est situé sous l'axe des abscisses. On pose alors :
\[\int_a^b f(x)\,\mathrm dx=-\,\big(\text{aire du domaine entre }\mathcal C_f\text{ et l'axe}\big)\ \le 0 .\]Autrement dit, l'intégrale d'une fonction négative est l'opposée de l'aire (comptée positivement).
Si \(f\) change de signe sur \([a\,;b]\), l'intégrale additionne les aires au-dessus de l'axe (comptées \(+\)) et retranche les aires en dessous (comptées \(-\)). C'est une aire algébrique.
Aire algébrique : la partie verte (au-dessus de l'axe) compte positivement, la partie rouge (sous l'axe) compte négativement.
Lorsque les bornes sont dans l'ordre inverse, on change le signe :
\[\int_b^a f(x)\,\mathrm dx=-\int_a^b f(x)\,\mathrm dx ,\qquad\text{et en particulier}\qquad \int_a^a f(x)\,\mathrm dx=0 .\]\(\displaystyle\int_3^0 f(x)\,\mathrm dx=-\int_0^3 f(x)\,\mathrm dx=-5\) (bornes inversées). Et \(\displaystyle\int_2^2 f(x)\,\mathrm dx=0\) (bornes égales : aire nulle).
Pour toutes fonctions \(f\), \(g\) continues sur \([a\,;b]\) et tout réel \(k\) :
\[\int_a^b \big(f(x)+g(x)\big)\,\mathrm dx=\int_a^b f(x)\,\mathrm dx+\int_a^b g(x)\,\mathrm dx ,\qquad \int_a^b k\,f(x)\,\mathrm dx=k\int_a^b f(x)\,\mathrm dx .\]Si \(a\lt b\) et \(f\ge 0\) sur \([a\,;b]\), alors \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm dx\ge 0\).
Si \(a\lt b\) et \(f\le g\) sur \([a\,;b]\), alors \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm dx\le \int_a^b g(x)\,\mathrm dx\). (Une courbe plus haute délimite une aire plus grande.)
Pour tout réel \(c\) (et pour tous \(a,b,c\) où \(f\) est continue) :
\[\int_a^b f(x)\,\mathrm dx=\int_a^c f(x)\,\mathrm dx+\int_c^b f(x)\,\mathrm dx .\]Géométriquement, on découpe l'aire en deux morceaux consécutifs.
Relation de Chasles : l'aire de \(a\) à \(b\) est la somme de l'aire de \(a\) à \(c\) (bleu) et de l'aire de \(c\) à \(b\) (vert).
Exemple résolu. On donne \(\displaystyle\int_0^1 f=3\), \(\displaystyle\int_1^4 f=2\) et \(\displaystyle\int_0^1 g=5\). Alors :
Par Chasles : \(\displaystyle\int_1^5 f=\int_1^2 f+\int_2^5 f=4+(-1)=3\).
Par linéarité : \(\displaystyle\int_1^2 3f(x)\,\mathrm dx=3\int_1^2 f=3\times 4=12\).
La valeur moyenne de \(f\) sur \([a\,;b]\) (avec \(a\lt b\)) est le réel :
\[\mu=\frac{1}{b-a}\int_a^b f(x)\,\mathrm dx .\]C'est la hauteur du rectangle de base \([a\,;b]\) ayant la même aire que le domaine sous la courbe : \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm dx=\mu\,(b-a)\).
La valeur moyenne \(\mu\) est la hauteur du rectangle (bleu clair) de même aire que le domaine sous la courbe.
Exemple résolu. Valeur moyenne de \(f(x)=x^2\) sur \([0\,;3]\). On admet (voir partie VII) que \(\displaystyle\int_0^3 x^2\,\mathrm dx=\dfrac{3^3}{3}=9\). Donc
\[\mu=\frac{1}{3-0}\int_0^3 x^2\,\mathrm dx=\frac{1}{3}\times 9=3 .\]\(\mu=\dfrac{1}{2-0}\displaystyle\int_0^2 i(t)\,\mathrm dt=\dfrac{1}{2}\times 10=5\). L'intensité moyenne vaut \(5\) A.
Soit \(f\) continue sur un intervalle \(I\) et \(a\in I\). Pour tout \(x\in I\), on définit :
\[F(x)=\int_a^x f(t)\,\mathrm dt .\]Ici \(a\) est un paramètre (fixé), \(x\) est la variable de la fonction \(F\), et \(t\) est la variable muette d'intégration. On note bien \(f(t)\,\mathrm dt\) et non \(f(x)\,\mathrm dx\) : la borne \(x\) et la variable d'intégration doivent porter des noms différents.
La fonction \(F:x\mapsto\displaystyle\int_a^x f(t)\,\mathrm dt\) est dérivable sur \(I\), et sa dérivée est \(f\) :
\[F'(x)=f(x)\quad\text{pour tout }x\in I .\]Ainsi \(F\) est une primitive de \(f\) sur \(I\) (c'est celle qui s'annule en \(a\), puisque \(F(a)=\displaystyle\int_a^a f=0\)).
Dans \(F(x)=\displaystyle\int_a^x f(t)\,\mathrm dt\) : \(a\) est un paramètre (constante), \(x\) est la variable (la borne qui bouge), \(t\) est muette (elle disparaît après le calcul). Écrire « \(\int_a^x f(x)\,\mathrm dx\) » est incorrect car \(x\) jouerait deux rôles à la fois.
Par le théorème fondamental, \(F'(x)=f(x)=x^2\). De plus \(F(1)=\displaystyle\int_1^1 t^2\,\mathrm dt=0\) (bornes égales).
Si \(F\) est une primitive quelconque de \(f\) sur \([a\,;b]\), alors :
\[\int_a^b f(x)\,\mathrm dx=\Big[\,F(x)\,\Big]_a^b=F(b)-F(a) .\]Le résultat ne dépend pas de la primitive choisie : deux primitives diffèrent d'une constante, qui s'élimine dans \(F(b)-F(a)\).
Exemple résolu. \(\displaystyle\int_0^2 x^2\,\mathrm dx\). Une primitive de \(x^2\) est \(F(x)=\dfrac{x^3}{3}\). Donc
\[\int_0^2 x^2\,\mathrm dx=\left[\frac{x^3}{3}\right]_0^2=\frac{2^3}{3}-\frac{0^3}{3}=\frac{8}{3}\approx 2{,}667 .\]On retrouve la valeur vers laquelle convergeait la méthode des rectangles (partie II).
Si \(f\ge g\) sur \([a\,;b]\), l'aire entre les deux courbes \(\mathcal C_f\) et \(\mathcal C_g\) vaut :
\[\mathcal A=\int_a^b \big(f(x)-g(x)\big)\,\mathrm dx .\]Exemple. Aire entre \(f(x)=x+2\) et \(g(x)=x^2\) sur \([0\,;1]\), où \(f\ge g\) :
\[\mathcal A=\int_0^1\big((x+2)-x^2\big)\,\mathrm dx=\left[\frac{x^2}{2}+2x-\frac{x^3}{3}\right]_0^1=\frac12+2-\frac13=\frac{13}{6}\ \text{u.a.}\]Une primitive de \(2x\) est \(x^2\). Donc \(\displaystyle\int_1^3 2x\,\mathrm dx=\big[x^2\big]_1^3=9-1=8\).
Vérification : le domaine sous \(y=2x\) entre \(x=1\) et \(x=3\) est un trapèze de hauteur (horizontale) \(2\), de bases \(f(1)=2\) et \(f(3)=6\) : aire \(=\dfrac{(2+6)}{2}\times 2=8\). ✓
Pour estimer l'aire sous \(\mathcal C_f\) (avec \(0\le f\le h\)) sur \([a\,;b]\), on tire au hasard un grand nombre \(N\) de points dans le rectangle \([a\,;b]\times[0\,;h]\), d'aire \((b-a)\times h\). On compte la proportion \(p\) de points tombant sous la courbe (\(y\le f(x)\)). L'aire est estimée par :
\[\int_a^b f(x)\,\mathrm dx\ \approx\ p\times (b-a)\times h ,\qquad p=\frac{\text{nb points sous la courbe}}{N} .\]Plus \(N\) est grand, plus l'estimation est précise.
import random
def monte_carlo(f, a, b, h, N):
dessous = 0
for _ in range(N):
x = random.uniform(a, b)
y = random.uniform(0, h)
if y <= f(x): # point sous la courbe
dessous += 1
return (dessous / N) * (b - a) * h
f = lambda x: x**2
print(monte_carlo(f, 0, 2, 4, 100000)) # ≈ 2.66 (exact : 8/3)
Dans une représentation graphique, l'aire sous une courbe a très souvent un sens physique :
❌ Croire qu'une intégrale est toujours positive.
✅ Pour une fonction négative ou de signe quelconque, l'intégrale est une aire algébrique : elle peut être négative.
❌ Oublier de changer de signe quand \(a\gt b\).
✅ \(\displaystyle\int_b^a f=-\int_a^b f\).
❌ Confondre l'intégrale (un nombre) et la valeur moyenne (aussi un nombre, mais divisé par \(b-a\)).
✅ \(\mu=\dfrac{1}{b-a}\displaystyle\int_a^b f\), et non \(\displaystyle\int_a^b f\) tout court.
❌ Écrire \(F(x)=\displaystyle\int_a^x f(x)\,\mathrm dx\) (même lettre pour la borne et la variable muette).
✅ On écrit \(F(x)=\displaystyle\int_a^x f(t)\,\mathrm dt\) : \(t\) est muette, \(x\) est la borne.
❌ Se tromper de sens : \(F(a)-F(b)\).
✅ \(\displaystyle\int_a^b f=F(b)-F(a)\) : borne du haut moins borne du bas.