Chapitre 15 | Terminale STI2D — spécialité Physique-chimie et mathématiques | Mathématiques
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026

En classe de première, on a introduit les nombres complexes sous forme algébrique \(z=a+ib\) (avec \(i^2=-1\)) et sous forme trigonométrique \(z=r(\cos\theta+i\sin\theta)\). Ce chapitre franchit une étape : on note \(\cos\theta+i\sin\theta=e^{i\theta}\). Cette notation exponentielle rend les calculs sur les produits, les quotients et les puissances aussi simples qu'avec l'exponentielle réelle, et elle est l'outil naturel de l'électricité en régime sinusoïdal (tensions et courants alternatifs).
Pour tout réel \(\theta\), on définit le nombre complexe :
\[e^{i\theta}=\cos\theta+i\sin\theta.\]C'est un nombre complexe de partie réelle \(\cos\theta\) et de partie imaginaire \(\sin\theta\). Son image dans le plan complexe est le point du cercle unité (cercle de centre \(O\) et de rayon \(1\)) associé à l'angle \(\theta\).
Le nombre \(e^{i\theta}\) est le point du cercle unité d'angle \(\theta\) : abscisse \(\cos\theta\), ordonnée \(\sin\theta\), distance \(OM=1\).
\(e^{i\cdot 0}=\cos 0+i\sin 0=1\) ; \(\quad e^{i\frac{\pi}{2}}=\cos\frac{\pi}{2}+i\sin\frac{\pi}{2}=i\) ; \(\quad e^{i\pi}=\cos\pi+i\sin\pi=-1\) ; \(\quad e^{i\frac{3\pi}{2}}=-i\).
On retient notamment la célèbre égalité \(e^{i\pi}+1=0\), qui relie \(e\), \(i\), \(\pi\), \(1\) et \(0\).
Pour tout réel \(\theta\) :
\[|e^{i\theta}|=\sqrt{\cos^2\theta+\sin^2\theta}=\sqrt{1}=1.\]Ainsi \(e^{i\theta}\) est toujours de module \(1\) : son image décrit le cercle unité quand \(\theta\) varie.
\(e^{i\frac{\pi}{4}}=\cos\frac{\pi}{4}+i\sin\frac{\pi}{4}=\dfrac{\sqrt2}{2}+i\dfrac{\sqrt2}{2}\).
\(e^{i\frac{\pi}{3}}=\cos\frac{\pi}{3}+i\sin\frac{\pi}{3}=\dfrac{1}{2}+i\dfrac{\sqrt3}{2}\).
\(e^{-i\frac{\pi}{2}}=\cos\!\left(-\frac{\pi}{2}\right)+i\sin\!\left(-\frac{\pi}{2}\right)=0-i=-i\).
On admet que l'exponentielle complexe possède les mêmes règles que l'exponentielle réelle. Pour tous réels \(\theta\) et \(\theta'\) :
\[e^{i\theta}\times e^{i\theta'}=e^{i(\theta+\theta')},\qquad \frac{1}{e^{i\theta}}=e^{-i\theta},\qquad \frac{e^{i\theta}}{e^{i\theta'}}=e^{i(\theta-\theta')},\] \[\big(e^{i\theta}\big)^n=e^{in\theta}\ (n\in\mathbb{Z}),\qquad \overline{e^{i\theta}}=e^{-i\theta}.\]On a \(e^{-i\theta}=\cos\theta-i\sin\theta\) (le cosinus est pair, le sinus est impair). C'est bien le conjugué de \(e^{i\theta}\), pas son opposé. Par exemple \(\overline{e^{i\pi/3}}=e^{-i\pi/3}=\dfrac12-i\dfrac{\sqrt3}{2}\).
\(e^{i\frac{\pi}{6}}\times e^{i\frac{\pi}{3}}=e^{i\left(\frac{\pi}{6}+\frac{\pi}{3}\right)}=e^{i\frac{\pi}{2}}=i\).
\(\left(e^{i\frac{\pi}{4}}\right)^2=e^{i\frac{\pi}{2}}=i\), ce qui redonne \(\left(\dfrac{\sqrt2}{2}+i\dfrac{\sqrt2}{2}\right)^2=i\) (vérifiable en développant).
Tout nombre complexe non nul \(z\), de module \(r=|z|\gt0\) et d'argument \(\theta=\arg(z)\), s'écrit :
\[z=r\,e^{i\theta},\qquad r\gt0.\]C'est la forme exponentielle de \(z\). Elle contient exactement la même information que la forme trigonométrique \(z=r(\cos\theta+i\sin\theta)\), mais s'écrit plus brièvement.
Pour un complexe non nul de module \(r\) et d'argument \(\theta\) :
\[\underbrace{a+ib}_{\text{algébrique}}=\underbrace{r(\cos\theta+i\sin\theta)}_{\text{trigonométrique}}=\underbrace{r\,e^{i\theta}}_{\text{exponentielle}},\] \[\text{avec}\quad r=\sqrt{a^2+b^2},\qquad \cos\theta=\frac{a}{r},\qquad \sin\theta=\frac{b}{r}.\]Exemple résolu. Écrivons \(z=-1+i\sqrt3\) sous forme exponentielle.
\(r=\sqrt{(-1)^2+(\sqrt3)^2}=\sqrt{1+3}=2\). Puis \(\cos\theta=\dfrac{-1}{2}\) et \(\sin\theta=\dfrac{\sqrt3}{2}\) : le point est dans le 2ᵉ quadrant, \(\theta=\dfrac{2\pi}{3}\). Donc \(z=2\,e^{i\frac{2\pi}{3}}\).
On développe \(z=r\,e^{i\theta}=r\cos\theta+i\,r\sin\theta\), donc \(a=r\cos\theta\) et \(b=r\sin\theta\).
Exemple résolu. Soit \(z=4\,e^{i\frac{\pi}{6}}\). Alors \(a=4\cos\dfrac{\pi}{6}=4\times\dfrac{\sqrt3}{2}=2\sqrt3\) et \(b=4\sin\dfrac{\pi}{6}=4\times\dfrac{1}{2}=2\). D'où \(z=2\sqrt3+2i\).
La forme exponentielle rend les produits et quotients immédiats. Pour \(z=r\,e^{i\theta}\) et \(z'=r'\,e^{i\theta'}\) (avec \(r,r'\gt0\)) :
\[z\,z'=r\,r'\,e^{i(\theta+\theta')},\qquad \frac{z}{z'}=\frac{r}{r'}\,e^{i(\theta-\theta')}.\]On multiplie les modules et on ajoute les arguments ; on divise les modules et on soustrait les arguments.
Soit \(z=2\,e^{i\frac{\pi}{4}}\) et \(z'=3\,e^{i\frac{\pi}{6}}\). Alors \(z\,z'=2\times3\,e^{i\left(\frac{\pi}{4}+\frac{\pi}{6}\right)}=6\,e^{i\frac{5\pi}{12}}\), et \(\dfrac{z}{z'}=\dfrac{2}{3}\,e^{i\left(\frac{\pi}{4}-\frac{\pi}{6}\right)}=\dfrac{2}{3}\,e^{i\frac{\pi}{12}}\).
\(z_1=3i\) : \(r=3\), \(\cos\theta=0\), \(\sin\theta=1\), donc \(\theta=\dfrac{\pi}{2}\) et \(z_1=3\,e^{i\frac{\pi}{2}}\).
\(z_2=-5\) : \(r=5\), \(\cos\theta=-1\), \(\sin\theta=0\), donc \(\theta=\pi\) et \(z_2=5\,e^{i\pi}\).
\(z_3=1-i\) : \(r=\sqrt{1^2+(-1)^2}=\sqrt2\), \(\cos\theta=\dfrac{1}{\sqrt2}=\dfrac{\sqrt2}{2}\), \(\sin\theta=-\dfrac{\sqrt2}{2}\), donc \(\theta=-\dfrac{\pi}{4}\) et \(z_3=\sqrt2\,e^{-i\frac{\pi}{4}}\).
Pour tous réels \(a\) et \(b\) :
\[\cos(a+b)=\cos a\cos b-\sin a\sin b,\qquad \sin(a+b)=\sin a\cos b+\cos a\sin b,\] \[\cos(a-b)=\cos a\cos b+\sin a\sin b,\qquad \sin(a-b)=\sin a\cos b-\cos a\sin b.\]On écrit \(e^{i(a+b)}=e^{ia}\times e^{ib}\), c'est-à-dire :
\[\cos(a+b)+i\sin(a+b)=(\cos a+i\sin a)(\cos b+i\sin b).\]En développant le produit de droite : \((\cos a\cos b-\sin a\sin b)+i(\sin a\cos b+\cos a\sin b)\). En identifiant partie réelle et partie imaginaire, on retrouve les deux formules d'addition. C'est tout l'intérêt de la notation exponentielle.
En prenant \(b=a\) dans les formules d'addition :
\[\cos(2a)=\cos^2 a-\sin^2 a=2\cos^2 a-1=1-2\sin^2 a,\qquad \sin(2a)=2\sin a\cos a.\]Soient \(a\) et \(b\) deux réels non tous deux nuls et \(\omega\gt0\). Il existe une amplitude \(A\gt0\) et une phase \(\varphi\) telles que, pour tout \(t\) :
\[a\cos(\omega t)+b\sin(\omega t)=A\cos(\omega t+\varphi),\]avec
\[A=\sqrt{a^2+b^2},\qquad \cos\varphi=\frac{a}{A},\qquad \sin\varphi=-\frac{b}{A}.\]En développant \(A\cos(\omega t+\varphi)=A\cos\varphi\cos(\omega t)-A\sin\varphi\sin(\omega t)\), on identifie \(a=A\cos\varphi\) et \(b=-A\sin\varphi\). Le coefficient de \(\sin(\omega t)\) impose donc \(\sin\varphi=-\dfrac{b}{A}\) (avec un signe moins). L'amplitude, elle, est toujours \(A=\sqrt{a^2+b^2}\).
Exemple résolu. Transformons \(\cos(\omega t)+\sqrt3\,\sin(\omega t)\).
Ici \(a=1\), \(b=\sqrt3\). Alors \(A=\sqrt{1^2+(\sqrt3)^2}=\sqrt4=2\). Puis \(\cos\varphi=\dfrac{1}{2}\) et \(\sin\varphi=-\dfrac{\sqrt3}{2}\), d'où \(\varphi=-\dfrac{\pi}{3}\). Donc :
\[\cos(\omega t)+\sqrt3\,\sin(\omega t)=2\cos\!\left(\omega t-\frac{\pi}{3}\right).\]On développe avec la formule d'addition : \(A\cos(\omega t+\varphi)=\underbrace{A\cos\varphi}_{a}\,\cos(\omega t)-\underbrace{A\sin\varphi}_{-b}\,\sin(\omega t)\).
Exemple résolu. \(4\cos\!\left(\omega t+\dfrac{\pi}{6}\right)=4\cos\dfrac{\pi}{6}\cos(\omega t)-4\sin\dfrac{\pi}{6}\sin(\omega t)=2\sqrt3\,\cos(\omega t)-2\,\sin(\omega t)\).
\(a=\sqrt3\), \(b=1\) → \(A=\sqrt{3+1}=2\). Puis \(\cos\varphi=\dfrac{\sqrt3}{2}\), \(\sin\varphi=-\dfrac{1}{2}\), donc \(\varphi=-\dfrac{\pi}{6}\).
Ainsi \(\sqrt3\,\cos(\omega t)+\sin(\omega t)=2\cos\!\left(\omega t-\dfrac{\pi}{6}\right)\).
On isole \(z\) comme dans \(\mathbb{R}\), puis on met le résultat sous forme algébrique (en multipliant par le conjugué du dénominateur si nécessaire).
Exemple résolu. Résolvons \((2+i)z=5\).
\[z=\frac{5}{2+i}=\frac{5(2-i)}{(2+i)(2-i)}=\frac{5(2-i)}{4+1}=\frac{5(2-i)}{5}=2-i.\]L'unique solution est \(z=2-i\).
\(3z-z=4i+2\) donc \(2z=2+4i\), d'où \(z=1+2i\).
\(z^2=9\) donne \(z=3\) ou \(z=-3\). \(\quad z^2=-4\) donne \(z=2i\) ou \(z=-2i\) (car \((2i)^2=4i^2=-4\)). \(\quad z^2=-1\) donne \(z=i\) ou \(z=-i\).
\(z^2=-25\) : \(z=5i\) ou \(z=-5i\).
\(z^2+7=0 \iff z^2=-7\) : \(z=i\sqrt7\) ou \(z=-i\sqrt7\).
Soit \(b\) un complexe fixé. L'application qui, au point \(M\) d'affixe \(z\), associe le point \(M'\) d'affixe \(z'=z+b\) est la translation de vecteur \(\vec w\) d'affixe \(b\). Chaque point est déplacé du même vecteur \(\vec w\).
\(z'=z+(3+2i)\) est la translation de vecteur \(\vec w(3\,;2)\) : le point d'affixe \(1+i\) devient \(4+3i\).
Soit \(a=|a|\,e^{i\alpha}\) un complexe non nul, d'argument \(\alpha\). L'application \(z\mapsto z'=az\) (de centre \(O\)) combine :
En effet, si \(z=r\,e^{i\theta}\) alors \(az=|a|\,r\,e^{i(\theta+\alpha)}\) : le module est multiplié par \(|a|\) et l'argument augmenté de \(\alpha\).
\(z\mapsto az\) : on tourne \(\overrightarrow{OM}\) de l'angle \(\arg(a)\) (rotation) et on multiplie sa longueur par \(|a|\) (homothétie).
Le point \(M\) d'affixe \(z=3+i\) a pour image, par \(z\mapsto iz\), le point d'affixe \(iz=i(3+i)=3i+i^2=-1+3i\). On vérifie que \(|iz|=|z|=\sqrt{10}\) (longueur conservée) et que l'argument a augmenté de \(\dfrac{\pi}{2}\) : c'est bien un quart de tour direct autour de \(O\).
\(z\mapsto 2\,e^{i\frac{\pi}{3}}\,z\) : \(a=2\,e^{i\frac{\pi}{3}}\), de module \(2\) et d'argument \(\dfrac{\pi}{3}\). C'est la composée d'une rotation de centre \(O\) et d'angle \(\dfrac{\pi}{3}\) et d'une homothétie de centre \(O\) et de rapport \(2\).
\(z\mapsto z-4+i=z+(-4+i)\) : c'est la translation de vecteur \(\vec w(-4\,;1)\).
Fais varier le module \(|a|\) et l'argument \(\alpha=\arg(a)\), et observe comment le point \(M\) (fixe, d'affixe \(z\)) est transformé en \(M'\) d'affixe \(az\) : rotation d'angle \(\alpha\) et allongement du rayon d'un facteur \(|a|\).
En électricité, une tension alternative s'écrit \(u(t)=U_m\cos(\omega t+\varphi_u)\) et un courant \(i(t)=I_m\cos(\omega t+\varphi_i)\). On leur associe des complexes (appelés « amplitudes complexes ») \(\underline{U}=U_m\,e^{i\varphi_u}\) et \(\underline{I}=I_m\,e^{i\varphi_i}\) : le module donne l'amplitude, l'argument donne la phase à l'origine.
Cette représentation transforme des calculs trigonométriques compliqués en simples opérations sur les complexes :
Deux tensions de même pulsation \(u_1(t)=3\cos(\omega t)\) et \(u_2(t)=4\sin(\omega t)\) se superposent. Leur somme est \(u(t)=3\cos(\omega t)+4\sin(\omega t)\). D'après la méthode du III : \(A=\sqrt{3^2+4^2}=5\), \(\cos\varphi=\dfrac35\), \(\sin\varphi=-\dfrac45\), d'où \(\varphi\approx-0{,}93\ \text{rad}\). Donc \(u(t)=5\cos(\omega t-0{,}93)\) : l'amplitude résultante est \(5\ \text{V}\).
❌ Écrire \(e^{-i\theta}=-e^{i\theta}\).
✅ \(e^{-i\theta}=\cos\theta-i\sin\theta=\overline{e^{i\theta}}\) : c'est le conjugué, pas l'opposé.
❌ Croire que \(|e^{i\theta}|\) dépend de \(\theta\).
✅ \(|e^{i\theta}|=1\) pour tout \(\theta\) : dans \(z=r\,e^{i\theta}\), c'est \(r\) qui porte le module.
❌ Oublier le signe moins dans \(\sin\varphi=-\dfrac{b}{A}\).
✅ En développant \(A\cos(\omega t+\varphi)\), le terme en \(\sin(\omega t)\) est \(-A\sin\varphi\), donc \(b=-A\sin\varphi\).
❌ Pour \(z^2=-9\), écrire « pas de solution ».
✅ Dans \(\mathbb{C}\), \(z^2=-9\) donne \(z=3i\) ou \(z=-3i\).
❌ Confondre l'effet de \(z\mapsto az\) selon \(a\).
✅ \(|a|\) donne l'homothétie (rapport), \(\arg(a)\) donne la rotation (angle).