Chapitre 13 | Terminale STI2D — spécialité Physique-chimie et mathématiques | Mathématiques
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026
⏱ Durée de lecture estimée : ~22 min

Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue n'est plus un nombre, mais une fonction : elle relie cette fonction à ses dérivées. C'est l'outil qui traduit une loi d'évolution — « la vitesse de variation d'une grandeur dépend de la grandeur elle-même ». On la retrouve dès qu'un phénomène évolue proportionnellement à son état : charge d'un condensateur, désintégration d'un noyau radioactif, refroidissement d'un corps. Résoudre l'équation, c'est retrouver la loi horaire de la grandeur. Prérequis : dérivation, fonction exponentielle \(x \mapsto e^{x}\) et \(x \mapsto e^{kx}\), primitives.
Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction \(y\) (de la variable \(x\) ou \(t\)) et qui fait intervenir cette fonction ainsi que ses dérivées \(y'\), \(y''\), …
Résoudre (ou intégrer) une équation différentielle, c'est déterminer toutes les fonctions \(y\) qui la vérifient.
Les équations suivantes ont toutes une fonction pour inconnue :
\[y' = 3y \qquad y' = 2y - 6 \qquad 2y - x\,y' = 0 \qquad y' + y^2 = 0 \qquad y'' + \omega^2 y = 0.\]Dans ce chapitre, on étudie uniquement les deux premiers types, dits linéaires du premier ordre à coefficients constants : \(y' = ay\) et \(y' = ay + b\). Les autres sont donnés seulement pour illustrer la diversité des équations différentielles.
La dérivée de la fonction inconnue se note de deux façons équivalentes :
\[y' \qquad \text{ou} \qquad \dfrac{dy}{dx} \quad (\text{ou } \dfrac{dy}{dt}\ \text{si la variable est le temps}).\]La notation \(y'\) privilégie l'aspect fonctionnel. La notation \(\dfrac{dy}{dx}\), très utilisée en physique-chimie, met en évidence le nom de la variable et exprime un rapport de variations infinitésimales entre deux grandeurs.
Une fonction \(f\), dérivable sur un intervalle \(I\), est une solution de l'équation différentielle sur \(I\) lorsqu'en remplaçant \(y\) par \(f\) (et \(y'\) par \(f'\)) l'égalité est vérifiée pour tout \(x\) de \(I\).
Montrons que \(f(x) = 5\,e^{3x}\) est solution de \(y' = 3y\) sur \(\mathbb{R}\).
On dérive : \(f'(x) = 5 \times 3\,e^{3x} = 15\,e^{3x}\). Or \(3\,f(x) = 3 \times 5\,e^{3x} = 15\,e^{3x}\).
On a bien \(f'(x) = 3\,f(x)\) pour tout \(x\) : \(f\) est solution. ✓
\(f'(x) = 4 \times (-2)\,e^{-2x} = -8\,e^{-2x}\). Et \(-2\,f(x) = -2 \times 4\,e^{-2x} = -8\,e^{-2x}\).
Donc \(f'(x) = -2\,f(x)\) : \(f\) est bien solution. ✓
\(g'(x) = 2 \times 5\,e^{5x} = 10\,e^{5x}\). Calculons le second membre : \(5\,g(x) - 15 = 5(2\,e^{5x} + 3) - 15 = 10\,e^{5x} + 15 - 15 = 10\,e^{5x}\).
Les deux membres sont égaux : \(g\) est solution. ✓
Soit \(a\) un réel. Les solutions sur \(\mathbb{R}\) de l'équation différentielle
\[y' = ay\]sont exactement les fonctions
\[\boxed{\ y(x) = C\,e^{ax}, \qquad C \in \mathbb{R} \text{ constante quelconque}.\ }\]Il y a donc une infinité de solutions, une pour chaque valeur de \(C\).
Si \(y(x) = C\,e^{ax}\), alors \(y'(x) = C \times a\,e^{ax} = a\,(C\,e^{ax}) = a\,y(x)\) : chaque fonction \(C\,e^{ax}\) est bien solution.
Réciproquement, on admet qu'il n'y en a pas d'autres. On admet aussi que, pour l'équation homogène \(y' = ay\), la somme de deux solutions et le produit d'une solution par une constante sont encore des solutions.
Famille des solutions \(y = C\,e^{ax}\) (ici \(a \gt 0\)) : une courbe par valeur de \(C\). La constante \(C\) fixe la « hauteur » de la courbe ; \(C = 0\) donne la solution nulle.
Pour \(y' = 4y\) : \(a = 4\), donc \(y(x) = C\,e^{4x}\), \(C \in \mathbb{R}\).
Pour \(y' = -\dfrac{1}{2}y\) : \(a = -\dfrac{1}{2}\), donc \(y(x) = C\,e^{-x/2}\), \(C \in \mathbb{R}\).
Parmi toutes les solutions \(y = C\,e^{ax}\), il en existe une seule qui prend une valeur imposée \(y_0\) en un point \(x_0\) donné. La condition \(y(x_0) = y_0\) détermine entièrement la constante \(C\).
Résolvons \(y' = 3y\) avec \(y(0) = 5\). La solution générale est \(y(x) = C\,e^{3x}\).
Condition : \(y(0) = C\,e^{0} = C = 5\). Donc \(C = 5\), et l'unique solution est \(y(x) = 5\,e^{3x}\).
Solution générale : \(y(x) = C\,e^{-2x}\). Condition : \(y(0) = C = 7\). Donc \(y(x) = 7\,e^{-2x}\).
Pour \(a \ne 0\), l'équation \(y' = ay + b\) admet une solution constante. En effet, si \(y = k\) (constante), alors \(y' = 0\), d'où \(0 = ak + b\), soit
\[k = -\dfrac{b}{a}.\]Cette valeur \(-\dfrac{b}{a}\) est la valeur d'équilibre (ou régime permanent) : la grandeur ne varie plus.
Soit \(a \ne 0\) et \(b\) deux réels. Les solutions sur \(\mathbb{R}\) de
\[y' = ay + b\]sont exactement les fonctions
\[\boxed{\ y(x) = C\,e^{ax} - \dfrac{b}{a}, \qquad C \in \mathbb{R}.\ }\]On reconnaît la somme de la solution générale \(C\,e^{ax}\) de l'équation homogène \(y' = ay\) et de la solution constante \(-\dfrac{b}{a}\).
Posons \(y(x) = C\,e^{ax} - \dfrac{b}{a}\). Alors \(y'(x) = a\,C\,e^{ax}\). Calculons le second membre :
\[ay + b = a\Big(C\,e^{ax} - \dfrac{b}{a}\Big) + b = a\,C\,e^{ax} - b + b = a\,C\,e^{ax} = y'. \ \checkmark\]La fonction vérifie bien l'équation, quelle que soit la constante \(C\).
Pour \(a \lt 0\), la solution part de sa valeur initiale \(y_0\) et tend vers l'asymptote horizontale \(y = -\dfrac{b}{a}\) (valeur d'équilibre) : c'est le comportement d'une charge de condensateur ou d'un refroidissement.
Résolvons \(y' = -2y + 6\) avec \(y(0) = 1\).
Équilibre : \(-\dfrac{b}{a} = -\dfrac{6}{-2} = 3\). Solution générale : \(y(x) = C\,e^{-2x} + 3\).
Condition : \(y(0) = C\,e^{0} + 3 = C + 3 = 1\), donc \(C = -2\).
Solution : \(y(x) = -2\,e^{-2x} + 3\). On vérifie : \(y(0) = -2 + 3 = 1\) ✓, et quand \(x \to +\infty\), \(y \to 3\) (valeur d'équilibre).
Équilibre : \(-\dfrac{b}{a} = -\dfrac{-12}{3} = 4\). Solution générale : \(y(x) = C\,e^{3x} + 4\).
Condition : \(y(0) = C + 4 = 6\), donc \(C = 2\). Solution : \(y(x) = 2\,e^{3x} + 4\).
On sait résoudre exactement \(y' = ay + b\). Mais la méthode d'Euler permet de construire point par point une courbe solution sans en connaître l'expression, et de voir apparaître l'exponentielle. Le programme l'illustre sur \(y' = y\), \(y(0) = 1\), dont la solution exacte est \(y(x) = e^{x}\).
On part du point connu \((t_0\,; y_0)\). Sur un petit intervalle de largeur \(h\) (le pas), on remplace la courbe par sa tangente. La pente en \(t_n\) vaut \(y'(t_n)\), qui se lit directement sur l'équation. L'approximation affine donne le schéma d'Euler :
\[\boxed{\ t_{n+1} = t_n + h \qquad y_{n+1} = y_n + h\,y'(t_n).\ }\]Pour \(y' = ay + b\), la pente au point courant vaut \(y'(t_n) = a\,y_n + b\), d'où \(y_{n+1} = y_n + h\,(a\,y_n + b)\).
À chaque pas, on avance d'un petit segment de pente \(y'(t_n)\). La ligne brisée (indigo) approche la courbe solution exacte (pointillés). Plus le pas \(h\) est petit, meilleure est l'approximation.
Ici \(y'(t_n) = y_n\), donc \(y_{n+1} = y_n + 0{,}5\,y_n = 1{,}5\,y_n\).
| \(n\) | \(t_n\) | \(y_n\) | \(y_{n+1} = y_n + 0{,}5\,y_n\) |
|---|---|---|---|
| 0 | 0 | 1 | \(1 + 0{,}5 \times 1 = 1{,}5\) |
| 1 | 0,5 | 1,5 | \(1{,}5 + 0{,}5 \times 1{,}5 = 2{,}25\) |
| 2 | 1 | 2,25 | \(2{,}25 + 0{,}5 \times 2{,}25 = 3{,}375\) |
| 3 | 1,5 | 3,375 | — |
La solution exacte est \(y(1{,}5) = e^{1{,}5} \approx 4{,}48\), alors qu'Euler donne \(3{,}375\) : l'écart vient du pas. Avec \(h\) plus petit, la ligne brisée se rapproche de \(e^{x}\).
Sur le problème \(y' = y\), \(y(0) = 1\), la solution exacte est \(y(t) = e^{t}\). Diminue le pas \(h\) et regarde la ligne brisée d'Euler se rapprocher de la courbe exacte.
La méthode d'Euler s'automatise en quelques lignes. Le programme ci-dessous renvoie la liste des points \((t_n\,; y_n)\) pour \(y' = a\,y + b\), \(y(t_0) = y_0\).
def euler(a, b, t0, y0, h, n):
"""Approximation d'Euler de y' = a*y + b, y(t0) = y0.
h : pas n : nombre d'etapes. Renvoie la liste des (t, y)."""
t, y = t0, y0
points = [(t, y)]
for k in range(n):
yp = a * y + b # pente y'(t_n) = a*y_n + b
y = y + h * yp # y_{n+1} = y_n + h * y'(t_n)
t = t + h # t_{n+1} = t_n + h
points.append((t, y))
return points
# Exemple : y' = y (a = 1, b = 0), y(0) = 1, pas 0.5, 3 etapes
for t, y in euler(1, 0, 0, 1, 0.5, 3):
print(t, y)
# 0 1 | 0.5 1.5 | 1.0 2.25 | 1.5 3.375
# solution exacte y = e**t -> y(1.5) = 4.48 (l'ecart vient du pas)
Ici la pente vaut \(y'(t_n) = -y_n + 4\).
\(y_1 = y_0 + h(-y_0 + 4) = 0 + 1 \times (0 + 4) = 4\).
\(y_2 = y_1 + h(-y_1 + 4) = 4 + 1 \times (-4 + 4) = 4\).
La suite se stabilise en \(4\) : c'est justement la valeur d'équilibre \(-\dfrac{b}{a} = -\dfrac{4}{-1} = 4\). ✓
Le nombre \(N(t)\) de noyaux radioactifs restants vérifie \(\dfrac{dN}{dt} = -\lambda\,N\), où \(\lambda \gt 0\) est la constante radioactive. C'est une équation \(y' = ay\) avec \(a = -\lambda\). La solution est
\[N(t) = N_0\,e^{-\lambda t},\]où \(N_0 = N(0)\) est le nombre initial de noyaux : la population décroît exponentiellement.
Lors de la charge d'un condensateur sous une tension \(E\), la tension \(u(t)\) aux bornes du condensateur vérifie
\[\dfrac{du}{dt} = -\dfrac{1}{RC}\,u + \dfrac{E}{RC},\]de la forme \(y' = ay + b\) avec \(a = -\dfrac{1}{RC} \lt 0\). L'équilibre vaut \(-\dfrac{b}{a} = E\) : la tension tend vers \(E\). Avec \(u(0) = 0\), la solution est \(u(t) = E\big(1 - e^{-t/(RC)}\big)\).
La température \(\theta(t)\) d'un corps placé dans un milieu à température \(\theta_{\text{ext}}\) vérifie \(\dfrac{d\theta}{dt} = -k\,(\theta - \theta_{\text{ext}})\), soit \(\theta' = -k\,\theta + k\,\theta_{\text{ext}}\) : une équation \(y' = ay + b\) dont l'équilibre est \(\theta_{\text{ext}}\). Le corps tend vers la température ambiante.
❌ Écrire les solutions de \(y' = ay\) sous la forme \(C\,e^{x}\) (en oubliant le \(a\)).
✅ La solution est \(y = C\,e^{ax}\) : le coefficient \(a\) est dans l'exposant.
❌ Oublier la constante \(C\) et ne donner qu'une seule solution.
✅ Il y a une infinité de solutions ; la condition initiale fixe \(C\).
❌ Pour \(y' = ay + b\), oublier le terme constant \(-\dfrac{b}{a}\).
✅ Solution : \(y = C\,e^{ax} - \dfrac{b}{a}\) (homogène + équilibre).
❌ Se tromper de signe dans \(-\dfrac{b}{a}\) (par exemple pour \(y' = -2y + 6\)).
✅ \(-\dfrac{b}{a} = -\dfrac{6}{-2} = 3\) : penser à reporter les deux signes.
❌ Dans Euler, évaluer la pente en \(t_{n+1}\) au lieu de \(t_n\).
✅ \(y_{n+1} = y_n + h\,y'(t_n)\) : la pente est prise au point de départ du pas.