Chapitre 13 | Première STL — spécialité Physique-chimie et mathématiques | Mathématiques
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026

Le produit scalaire est un outil métrique qui relie l'algèbre des vecteurs à la géométrie des longueurs et des angles. On l'introduit par la définition géométrique (normes et angle), puis par la projection orthogonale ; on établit ses propriétés (symétrie, bilinéarité), son expression en base orthonormée, la caractérisation de l'orthogonalité, et enfin le théorème d'Al-Kashi et l'égalité du parallélogramme. En physique, il modélise le travail d'une force. Prérequis : vecteurs (somme, produit par un réel, coordonnées), norme en repère orthonormé, trigonométrie (cosinus) et théorème de Pythagore. Les situations de géométrie repérée sont toujours traitées dans un repère orthonormé.
Soit \(\vec u\) et \(\vec v\) deux vecteurs non nuls et \(\theta\) une mesure de l'angle qu'ils forment. Leur produit scalaire est le réel :
\[\vec u \cdot \vec v = \lVert\vec u\rVert\,\lVert\vec v\rVert\cos\theta.\]Si \(\vec u\) ou \(\vec v\) est nul, on pose \(\vec u\cdot\vec v=0\). Le produit scalaire est un nombre réel, pas un vecteur.
Déplace \(A\) et \(B\) : le produit scalaire \(\vec u\cdot\vec v = \lVert\vec u\rVert\,\lVert\vec v\rVert\cos\theta\) change de signe selon que l'angle \(\theta\) est aigu, droit ou obtus.
Pour tout vecteur \(\vec u\) : \(\vec u\cdot\vec u=\lVert\vec u\rVert^2\) (car \(\theta=0\) et \(\cos 0=1\)). On le note \(\vec u^{\,2}\), et donc \(\lVert\vec u\rVert=\sqrt{\vec u\cdot\vec u}\).
\(\vec u\cdot\vec v=\lVert\vec u\rVert\,\lVert\vec v\rVert\cos\theta=4\times 3\times\cos 60°=12\times\tfrac12=6.\)
Soit un axe dirigé par un vecteur \(\vec v\) non nul. Le projeté orthogonal d'un point \(M\) sur cet axe est le point \(H\) tel que \((MH)\) est perpendiculaire à l'axe. Projeter \(\vec u=\overrightarrow{AB}\) revient à projeter \(A\) et \(B\).
Soit \(\vec u=\overrightarrow{AB}\) et \(\vec v=\overrightarrow{AC}\). En notant \(H\) le projeté orthogonal de \(C\) sur la droite \((AB)\) :
\[\vec u\cdot\vec v=\overrightarrow{AB}\cdot\overrightarrow{AC}=\overline{AB}\times\overline{AH},\]produit des mesures algébriques : positif si \(H\) est du même côté que \(B\) par rapport à \(A\), négatif sinon. On dit que \(\overline{AH}=\lVert\vec v\rVert\cos\theta\) est la projection de \(\vec v\) sur l'axe dirigé par \(\vec u\).
\(H\) est le projeté orthogonal de \(C\) sur \((AB)\). Le produit scalaire \(\overrightarrow{AB}\cdot\overrightarrow{AC}\) vaut \(\overline{AB}\times\overline{AH}\), avec \(\overline{AH}=\lVert\overrightarrow{AC}\rVert\cos\theta\). Déplace \(C\).
Les deux définitions coïncident : \(\overline{AB}\times\overline{AH}=\overline{AB}\times\big(\lVert\overrightarrow{AC}\rVert\cos\theta\big)=\lVert\overrightarrow{AB}\rVert\,\lVert\overrightarrow{AC}\rVert\cos\theta\). La projection ne change que la manière de calculer, pas le résultat.
\(\overline{AH}=\lVert\overrightarrow{AC}\rVert\cos 30°=6\times\tfrac{\sqrt3}{2}=3\sqrt3\approx 5{,}20\).
\(\overrightarrow{AB}\cdot\overrightarrow{AC}=\overline{AB}\times\overline{AH}=5\times 3\sqrt3=15\sqrt3\approx 25{,}98\).
Pour tous vecteurs \(\vec u,\ \vec v,\ \vec w\) et tout réel \(k\) :
Ces règles permettent de développer les produits scalaires comme un calcul algébrique ordinaire.
On développe \((\vec u+\vec v)\cdot(\vec u-\vec v)\) comme une identité remarquable :
\[(\vec u+\vec v)\cdot(\vec u-\vec v)=\vec u\cdot\vec u-\vec u\cdot\vec v+\vec v\cdot\vec u-\vec v\cdot\vec v=\lVert\vec u\rVert^2-\lVert\vec v\rVert^2.\]En développant \(\lVert\vec u\pm\vec v\rVert^2=(\vec u\pm\vec v)\cdot(\vec u\pm\vec v)\) et en utilisant la symétrie :
\[\lVert\vec u+\vec v\rVert^2=\lVert\vec u\rVert^2+2\,\vec u\cdot\vec v+\lVert\vec v\rVert^2,\qquad \lVert\vec u-\vec v\rVert^2=\lVert\vec u\rVert^2-2\,\vec u\cdot\vec v+\lVert\vec v\rVert^2.\]D'où l'identité de polarisation, qui calcule un produit scalaire à partir des normes :
\[\vec u\cdot\vec v=\tfrac12\Big(\lVert\vec u\rVert^2+\lVert\vec v\rVert^2-\lVert\vec u-\vec v\rVert^2\Big).\]Par polarisation : \(\vec u\cdot\vec v=\tfrac12\big(\lVert\vec u\rVert^2+\lVert\vec v\rVert^2-\lVert\vec u-\vec v\rVert^2\big)=\tfrac12(25+9-16)=\tfrac12\times 18=9.\)
Dans un repère orthonormé, si \(\vec u\,(x\,;y)\) et \(\vec v\,(x'\,;y')\), alors :
\[\vec u\cdot\vec v=xx'+yy'.\]En conséquence :
\[\lVert\vec u\rVert=\sqrt{x^2+y^2},\qquad \vec u\perp\vec v\iff xx'+yy'=0.\]On note \(\vec\imath\,(1\,;0)\) et \(\vec\jmath\,(0\,;1)\) les vecteurs de la base orthonormée. Ils vérifient \(\vec\imath\cdot\vec\imath=1\), \(\vec\jmath\cdot\vec\jmath=1\) et \(\vec\imath\cdot\vec\jmath=0\) (orthogonaux). Avec \(\vec u=x\vec\imath+y\vec\jmath\) et \(\vec v=x'\vec\imath+y'\vec\jmath\), la bilinéarité donne :
\[\vec u\cdot\vec v=xx'\,(\vec\imath\cdot\vec\imath)+xy'\,(\vec\imath\cdot\vec\jmath)+yx'\,(\vec\jmath\cdot\vec\imath)+yy'\,(\vec\jmath\cdot\vec\jmath)=xx'+yy'.\qquad\blacksquare\]La formule \(\vec u\cdot\vec v=xx'+yy'\) est la somme des produits des coordonnées (pas le produit des sommes), et elle n'est valable qu'en base orthonormée. Les situations de géométrie repérée sont toujours traitées dans un repère orthonormé.
Avec \(\vec u\,(3\,;-2)\) et \(\vec v\,(4\,;6)\) : \(\vec u\cdot\vec v=3\times 4+(-2)\times 6=12-12=0\). Les vecteurs sont donc orthogonaux.
\(\vec u\cdot\vec v=2\times(-3)+5\times 1=-6+5=-1\).
\(\lVert\vec u\rVert=\sqrt{2^2+5^2}=\sqrt{4+25}=\sqrt{29}\approx 5{,}39\).
Deux vecteurs \(\vec u\) et \(\vec v\) sont orthogonaux si et seulement si :
\[\vec u\cdot\vec v=0.\]En effet, pour des vecteurs non nuls, \(\vec u\cdot\vec v=0\iff\cos\theta=0\iff\theta=\tfrac{\pi}{2}\). Le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur.
\(\vec u\cdot\vec v=0\) n'implique pas \(\vec u=\vec 0\) : deux vecteurs non nuls peuvent être orthogonaux. Le produit scalaire nul traduit l'orthogonalité, pas la nullité.
\(\overrightarrow{AB}\,(3\,;1)\) et \(\overrightarrow{AC}\,(1\,;6)\). Donc \(\overrightarrow{AB}\cdot\overrightarrow{AC}=3\times 1+1\times 6=3+6=9\neq 0\).
Le produit scalaire n'est pas nul : le triangle n'est pas rectangle en \(A\).
Exemple résolu. Si \(\lVert\vec u\rVert=3\), \(\lVert\vec v\rVert=5\) et \(\vec u\cdot\vec v=9\), alors \(\cos\theta=\dfrac{9}{15}=0{,}6\), donc \(\theta=\arccos(0{,}6)\approx 53{,}1°\).
\(\vec u\cdot\vec v=2\times 1+1\times 3=5\). \(\lVert\vec u\rVert=\sqrt5\), \(\lVert\vec v\rVert=\sqrt{10}\).
\(\cos\theta=\dfrac{5}{\sqrt5\times\sqrt{10}}=\dfrac{5}{\sqrt{50}}=\dfrac{5}{5\sqrt2}=\dfrac{1}{\sqrt2}\), donc \(\theta=45°\).
Dans un triangle \(ABC\), en notant \(a=BC\), \(b=CA\), \(c=AB\) les longueurs des côtés et \(\widehat{A}\) l'angle en \(A\) :
\[a^2=b^2+c^2-2bc\cos\widehat{A}.\]C'est la généralisation du théorème de Pythagore, que l'on retrouve si \(\widehat{A}=\tfrac{\pi}{2}\), car \(\cos\tfrac{\pi}{2}=0\).
On écrit \(\overrightarrow{BC}=\overrightarrow{AC}-\overrightarrow{AB}\). Alors :
\[a^2=\lVert\overrightarrow{BC}\rVert^2=\lVert\overrightarrow{AC}-\overrightarrow{AB}\rVert^2=\lVert\overrightarrow{AC}\rVert^2-2\,\overrightarrow{AC}\cdot\overrightarrow{AB}+\lVert\overrightarrow{AB}\rVert^2.\]Or \(\lVert\overrightarrow{AC}\rVert^2=b^2\), \(\lVert\overrightarrow{AB}\rVert^2=c^2\) et \(\overrightarrow{AC}\cdot\overrightarrow{AB}=bc\cos\widehat{A}\). D'où :
\[a^2=b^2+c^2-2bc\cos\widehat{A}.\qquad\blacksquare\]Triangle \(ABC\) avec \(a=BC\), \(b=CA\), \(c=AB\) et l'angle \(\widehat{A}\) : \(a^2=b^2+c^2-2bc\cos\widehat{A}\). Déplace les sommets \(B\) et \(C\).
Dans un triangle, \(b=5\), \(c=7\) et \(\widehat{A}=60°\). Alors :
\[a^2=25+49-2\times 5\times 7\times\cos 60°=74-70\times\tfrac12=39,\]donc \(a=\sqrt{39}\approx 6{,}24\).
Dans Al-Kashi, il faut associer l'angle \(\widehat{A}\) au côté opposé \(a\). Le terme correcteur est \(-2bc\cos\widehat{A}\) : si l'angle est obtus, \(\cos\widehat{A}\lt 0\) et ce terme augmente \(a^2\).
\(a^2=16+36-2\times 4\times 6\times\cos 120°=52-48\times\big(-\tfrac12\big)=52+24=76\). Donc \(a=\sqrt{76}=2\sqrt{19}\approx 8{,}72\).
Pour tous vecteurs \(\vec u\) et \(\vec v\) :
\[\lVert\vec u+\vec v\rVert^2+\lVert\vec u-\vec v\rVert^2=2\big(\lVert\vec u\rVert^2+\lVert\vec v\rVert^2\big).\]Dans un parallélogramme, la somme des carrés des deux diagonales est égale à la somme des carrés des quatre côtés.
On additionne les deux développements des normes :
\[\lVert\vec u+\vec v\rVert^2=\lVert\vec u\rVert^2+2\,\vec u\cdot\vec v+\lVert\vec v\rVert^2,\quad \lVert\vec u-\vec v\rVert^2=\lVert\vec u\rVert^2-2\,\vec u\cdot\vec v+\lVert\vec v\rVert^2.\]Les termes \(\pm 2\,\vec u\cdot\vec v\) se compensent, d'où \(\lVert\vec u+\vec v\rVert^2+\lVert\vec u-\vec v\rVert^2=2\lVert\vec u\rVert^2+2\lVert\vec v\rVert^2\). \(\qquad\blacksquare\)
Parallélogramme de côtés \(\vec u\) et \(\vec v\) : les diagonales sont \(\vec u+\vec v\) et \(\vec u-\vec v\).
Lorsqu'une force constante \(\vec F\) s'exerce sur un objet dont le point d'application se déplace de \(\overrightarrow{AB}\), le travail de \(\vec F\) est le produit scalaire :
\[W_{AB}(\vec F)=\vec F\cdot\overrightarrow{AB}=\lVert\vec F\rVert\times AB\times\cos\alpha,\]où \(\alpha\) est l'angle entre \(\vec F\) et le déplacement. Le travail s'exprime en joules (J), avec \(\vec F\) en newtons (N) et \(AB\) en mètres (m).
Un remonte-pente tire un skieur avec une force \(\lVert\vec F\rVert=250\) N faisant un angle \(\alpha=30°\) avec la pente, sur une distance \(AB=80\) m. Le travail vaut :
\[W=\lVert\vec F\rVert\times AB\times\cos 30°=250\times 80\times\tfrac{\sqrt3}{2}\approx 1{,}73\times 10^4\ \text{J}.\]\(W=\vec F\cdot\overrightarrow{AB}=120\times 15\times\cos 20°=1800\times 0{,}9397\approx 1691\ \text{J}.\)
| On dispose de… | Formule à utiliser |
|---|---|
| coordonnées (base orthonormée) | \(\vec u\cdot\vec v=xx'+yy'\) |
| normes et angle | \(\vec u\cdot\vec v=\lVert\vec u\rVert\,\lVert\vec v\rVert\cos\theta\) |
| une projection orthogonale | \(\overline{AB}\times\overline{AH}\) |
| trois normes | identité de polarisation |
Fonctions de base pour le produit scalaire, la norme et l'angle en repère orthonormé :
from math import sqrt, acos, degrees
def produit_scalaire(u, v):
return u[0]*v[0] + u[1]*v[1]
def norme(u):
return sqrt(u[0]**2 + u[1]**2)
def angle_degres(u, v):
"""Angle non oriente (degres) entre deux vecteurs non nuls."""
c = produit_scalaire(u, v) / (norme(u) * norme(v))
return degrees(acos(c))
u = (2, 1)
v = (1, 3)
print(produit_scalaire(u, v)) # 5
print(round(angle_degres(u, v), 1)) # 45.0
❌ Croire que le produit scalaire est un vecteur.
✅ Le produit scalaire est un nombre réel.
❌ Utiliser \(xx'+yy'\) dans une base quelconque.
✅ Cette formule n'est valable qu'en base orthonormée.
❌ Oublier le signe du cosinus pour un angle obtus.
✅ Si l'angle est obtus, le produit scalaire est négatif.
❌ Mal associer l'angle et le côté dans Al-Kashi.
✅ L'angle \(\widehat{A}\) est opposé au côté \(a\) ; terme correcteur \(-2bc\cos\widehat{A}\).
❌ Croire que \(\vec u\cdot\vec v=0\) impose \(\vec u=\vec 0\).
✅ Deux vecteurs non nuls peuvent être orthogonaux.