Chapitre 12 | Seconde générale et technologique | Mathématiques
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026, 09:30
Un évènement est une partie de l'univers, c'est-à-dire un ensemble d'issues. Un évènement est réalisé lorsque l'issue obtenue lui appartient.
La probabilité d'un évènement \(A\), notée \(P(A)\), est un nombre entre \(0\) et \(1\) qui mesure la « chance » que \(A\) se réalise.
Pour tout évènement \(A\) :
\[0 \le P(A) \le 1, \qquad P(\Omega) = 1, \qquad P(\varnothing) = 0.\]Si toutes les issues ont la même probabilité (dé équilibré, tirage au sort…), alors pour tout évènement \(A\) :
\[P(A) = \frac{\text{Card}(A)}{\text{Card}(\Omega)} = \frac{\text{nombre d'issues favorables à } A}{\text{nombre total d'issues}}.\]L'équiprobabilité est une hypothèse que l'on pose sur le modèle (« le dé est équilibré », « on tire au hasard »). Ce n'est pas une propriété que l'on démontre : c'est une modélisation de la réalité.
On lance un dé cubique et on choisit le modèle d'équiprobabilité : \(\Omega = \{1,2,3,4,5,6\}\), chaque face de probabilité \(\tfrac16\). Alors
\[P(\text{« obtenir un nombre pair »}) = \frac{\text{Card}\{2,4,6\}}{6} = \frac{3}{6} = \frac12.\]Si le dé était pipé, ce modèle serait faux : rien dans les mathématiques seules ne le dit, il faut lancer le dé un grand nombre de fois et observer les fréquences.
Il y a \(4\) rois : \(P(\text{roi}) = \tfrac{4}{32} = \tfrac18\). Il y a \(8\) cœurs : \(P(\text{cœur}) = \tfrac{8}{32} = \tfrac14\).
La fréquence d'un résultat sur \(n\) répétitions est :
\[f = \frac{\text{nombre de fois où le résultat apparaît}}{n}.\]Une série de \(n\) répétitions indépendantes de la même expérience s'appelle un échantillon de taille \(n\). Les fréquences observées varient d'un échantillon à l'autre : deux séries de \(100\) lancers d'une même pièce ne donnent presque jamais la même fréquence de « pile ». Ce phénomène s'appelle la fluctuation d'échantillonnage. Elle diminue quand la taille \(n\) de l'échantillon augmente.
Une expérience aléatoire réelle (lancer une pièce, sonder une population) est représentée par un modèle probabiliste : un univers \(\Omega\) et une loi \(P\) choisie. Le lien entre les fréquences observées (statistiques) et les probabilités (modèle) est donné par la loi des grands nombres.
Lorsque \(n\) est grand, sauf exception, la fréquence observée d'un évènement au cours de \(n\) répétitions indépendantes est proche de sa probabilité.
Cette loi justifie la démarche expérimentale : pour estimer une probabilité inconnue, on répète l'expérience un grand nombre de fois et on prend la fréquence comme valeur approchée.
On s'intéresse à la probabilité d'un évènement quand on dispose déjà d'une information.
Soient \(A\) et \(B\) deux évènements, avec \(P(A) \neq 0\). La probabilité de \(B\) sachant \(A\), notée \(P_A(B)\), est définie par :
\[P_A(B) = \frac{P(A \cap B)}{P(A)}.\]Lecture. \(P_A(B)\) répond à la question : « sachant que \(A\) est réalisé, quelle est la probabilité que \(B\) le soit aussi ? » On se restreint aux issues où \(A\) est vrai, et on regarde parmi elles la proportion de celles où \(B\) est vrai également.
Lorsque le tirage est au hasard avec équiprobabilité :
\[P_A(B) = \frac{\text{Card}(A \cap B)}{\text{Card}(A)}.\]Autrement dit : on se place dans le « monde » \(A\) (le dénominateur devient \(\text{Card}(A)\), et non plus \(\text{Card}(\Omega)\)) et on compte les issues favorables à \(B\) dans ce monde.
Dans un lycée de \(200\) élèves, on interroge sur la pratique d'un sport et l'apprentissage de l'espagnol.
| Espagnol \(E\) | Pas d'esp. \(\overline{E}\) | Total | |
|---|---|---|---|
| Sportif \(S\) | \(60\) | \(40\) | \(100\) |
| Non sportif \(\overline{S}\) | \(30\) | \(70\) | \(100\) |
| Total | \(90\) | \(110\) | \(200\) |
On choisit un élève au hasard (équiprobabilité).
Ainsi \(P_S(E) = 0{,}6\) et \(P_E(S) \approx 0{,}67\) sont différents : ce sont deux questions distinctes. C'est le cœur de l'inversion des conditionnements.
Évènement connu \(\overline{S}\) : effectif \(100\). Intersection \(\overline{S}\cap\overline{E}\) : effectif \(70\). Donc \(P_{\overline{S}}(\overline{E}) = \tfrac{70}{100} = 0{,}7\).
En multipliant les deux membres de la définition par \(P(A)\), on obtient :
Si \(P(A) \neq 0\), alors :
\[P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B).\]Lecture. La probabilité que « \(A\) et \(B\) » se réalisent s'obtient en multipliant la probabilité de \(A\) par la probabilité de \(B\) sachant \(A\). C'est le fondement de la règle de l'arbre.
Une urne contient \(3\) boules rouges et \(2\) boules vertes. On tire successivement sans remise deux boules :
\[P(R_1 \cap R_2) = P(R_1) \times P_{R_1}(R_2) = \frac{3}{5} \times \frac{2}{4} = \frac{6}{20} = \frac{3}{10}.\]Après un premier tirage rouge, il reste \(2\) rouges sur \(4\) boules : d'où \(P_{R_1}(R_2) = \tfrac24\).
Un arbre pondéré organise une expérience en plusieurs étapes. On part d'un nœud initial (la racine) ; de chaque nœud partent des branches, chacune pondérée par une probabilité ; un chemin est une suite de branches de la racine à une extrémité (une feuille) et décrit un scénario complet.
Pourquoi la règle 2 fonctionne. C'est exactement la règle du produit : pour le chemin « \(A\) puis \(B\) », \(P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B)\). Multiplier le long d'un chemin, c'est appliquer cette propriété.
Arbre du tirage sans remise : sur chaque branche la probabilité (en vert) ; la probabilité d'un chemin (en rouge) est le produit des branches. Les branches d'un même nœud somment à \(1\).
Un évènement peut correspondre à plusieurs chemins : on additionne alors les probabilités de ces chemins. Par exemple, « obtenir exactement une boule rouge » correspond aux chemins \(R_1V_2\) et \(V_1R_2\) :
\[P(\text{« exactement une rouge »}) = \frac{3}{10} + \frac{3}{10} = \frac{6}{10} = \frac{3}{5}.\]Additionner les probabilités des chemins d'un arbre sur un exemple concret est au programme. En revanche, la formule générale des probabilités totales, énoncée abstraitement, n'est pas un attendu de la Seconde : on lit les chemins sur un arbre construit à la main.
Deux chemins mènent à \(D\) : \(P(D) = 0{,}70\times 0{,}02 + 0{,}30\times 0{,}05 = 0{,}014 + 0{,}015 = 0{,}029\), soit \(2{,}9\%\).
C'est l'application phare de l'inversion des conditionnements. Un test diagnostique cherche à détecter une maladie \(M\) ; il peut être positif (\(+\)) ou négatif (\(-\)).
Le patient se demande : « mon test est positif ; quelle est la probabilité que je sois vraiment malade ? », soit \(P_+(M)\). Or \(P_+(M)\) n'est pas égal à la sensibilité \(P_M(+)\) ! Quand la maladie est rare, \(P_+(M)\) est souvent étonnamment faible : c'est le « paradoxe des faux positifs ».
Une maladie touche \(1\%\) de la population : \(P(M) = 0{,}01\). Le test a une sensibilité de \(99\%\) (\(P_M(+) = 0{,}99\)) et une spécificité de \(95\%\) (\(P_{\overline{M}}(+) = 0{,}05\)).
Les deux chemins menant à « \(+\) » sont les vrais positifs (VP) et les faux positifs (FP). Les sains étant bien plus nombreux, les FP dominent : \(P_+(M)=\tfrac{\text{VP}}{\text{VP}+\text{FP}}\approx 17\%\).
Interprétation. Bien que le test soit excellent (\(P_M(+) = 99\%\)), un patient positif n'a qu'environ 17 % de chances d'être vraiment malade : les faux positifs, très nombreux car issus d'une population saine bien plus grande, « noient » les vrais positifs. Il ne faut jamais confondre \(P_M(+)\) (sensibilité) et \(P_+(M)\) (ce qui intéresse le patient).
Pour observer la loi des grands nombres, on simule \(n\) lancers d'une pièce équilibrée et on regarde la fréquence de « pile » à l'aide du module random.
import random
def frequence_pile(n):
nb_pile = 0
for i in range(n):
if random.random() < 0.5: # 'pile' avec probabilité 1/2
nb_pile = nb_pile + 1
return nb_pile / n
print(frequence_pile(10)) # par exemple 0.4 (très variable)
print(frequence_pile(1000)) # par exemple 0.507
print(frequence_pile(100000)) # par exemple 0.4998 (proche de 0,5)
Pour \(n\) petit, la fréquence saute d'une exécution à l'autre : c'est la fluctuation d'échantillonnage. Pour \(n\) grand, elle se stabilise autour de \(0{,}5\) : c'est la loi des grands nombres « en action ». On n'obtient jamais exactement \(0{,}5\), mais on s'en approche. Remarque : random.randint(1, 6) renvoie un entier entre \(1\) et \(6\) inclus pour simuler un dé.
❌ Confondre \(P_A(B)\) et \(P_B(A)\).
✅ Toujours se demander : « quel est l'évènement déjà connu ? » — il va au dénominateur.
❌ Oublier de changer le dénominateur dans une probabilité conditionnelle.
✅ Le dénominateur est l'effectif de l'évènement « sachant », pas \(\text{Card}(\Omega)\).
❌ Croire que l'équiprobabilité se démontre.
✅ C'est une hypothèse de modèle : on l'affirme, on ne la prouve pas.
❌ Additionner les branches d'un chemin au lieu de les multiplier.
✅ On multiplie le long d'un chemin ; on additionne les branches d'un même nœud (à \(1\)).
❌ Confondre fréquence et probabilité.
✅ La fréquence est observée ; la probabilité est du modèle. La loi des grands nombres les rapproche sans les rendre égales.