Chapitre 11 | Première générale (spécialité) | Mathématiques
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026, 09:31
Le programme ne considère que des univers finis et des variables aléatoires réelles. On introduit la notion de variable aléatoire comme fonction numérique définie sur l'univers, puis sa loi de probabilité et les indicateurs espérance, variance et écart type.
Une variable aléatoire réelle \(X\) est une fonction définie sur l'univers \(\Omega\) et à valeurs dans \(\mathbb{R}\) : à chaque issue \(\omega\) de l'expérience, elle associe un nombre réel \(X(\omega)\).
Elle modélise le résultat numérique d'une expérience aléatoire.
Pour un réel \(a\) :
On lance deux dés et on note \(X\) la somme des résultats. C'est une variable aléatoire qui prend ses valeurs dans \(\{2, 3, \dots, 12\}\). L'événement \(\{X = 7\}\) est « la somme vaut \(7\) » ; il correspond aux issues \((1,6),(2,5),\dots,(6,1)\), donc \(P(X = 7) = \dfrac{6}{36} = \dfrac16\).
Loi de la somme de deux dés : la probabilité croît de \(\tfrac{1}{36}\) (en \(2\)) jusqu'à \(\tfrac{6}{36}\) (en \(7\), en rouge) puis décroît symétriquement.
\(\{X \le 2\}\) est l'événement « le dé affiche \(1\) ou \(2\) ». Donc \(P(X \le 2) = \dfrac{2}{6} = \dfrac13\) et \(P(X = 6) = \dfrac16\).
Soit \(X\) une variable aléatoire prenant les valeurs \(x_1, x_2, \dots, x_n\). La loi de probabilité de \(X\) est la donnée des probabilités \(p_i = P(X = x_i)\) pour chaque valeur. On la présente dans un tableau :
| \(x_i\) | \(x_1\) | \(x_2\) | \(\dots\) | \(x_n\) |
|---|---|---|---|---|
| \(P(X = x_i)\) | \(p_1\) | \(p_2\) | \(\dots\) | \(p_n\) |
La somme des probabilités d'une loi vaut toujours \(1\) :
\[p_1 + p_2 + \dots + p_n = 1.\]C'est la vérification systématique à faire après avoir dressé le tableau d'une loi.
Exemple résolu. Une urne contient \(2\) boules « \(0\) », \(3\) boules « \(1\) », \(1\) boule « \(5\) ». On tire une boule et \(X\) = nombre inscrit.
| \(x_i\) | \(0\) | \(1\) | \(5\) |
|---|---|---|---|
| \(P(X=x_i)\) | \(\tfrac26\) | \(\tfrac36\) | \(\tfrac16\) |
Somme : \(\tfrac26 + \tfrac36 + \tfrac16 = 1\). ✓
Diagramme en bâtons de la loi ; l'espérance \(E(X) = \tfrac43\) (pointillés rouges) est le « point d'équilibre » de la distribution.
La somme des probabilités vaut \(1\) : \(0{,}3 + 0{,}5 + p = 1\), donc \(p = 1 - 0{,}8 = 0{,}2\).
L'espérance de \(X\) (de loi ci-dessus) est le réel
\[\boxed{E(X) = \sum_{i=1}^{n} x_i\,p_i = x_1 p_1 + x_2 p_2 + \dots + x_n p_n.}\]L'espérance est la valeur moyenne de \(X\) que l'on obtiendrait « en moyenne » sur un très grand nombre de répétitions de l'expérience. Un jeu est dit équitable lorsque l'espérance du gain est nulle.
On lance un dé équilibré ; on gagne le nombre \(x_i\) affiché (en euros). \(E(X) = \dfrac16(1+2+3+4+5+6) = \dfrac{21}{6} = 3{,}5\). En moyenne, on obtient \(3{,}5\) € par lancer.
\(E(X) = 0\cdot\tfrac26 + 1\cdot\tfrac36 + 5\cdot\tfrac16 = \dfrac{0 + 3 + 5}{6} = \dfrac86 = \dfrac43 \approx 1{,}33\).
Pour tous réels \(a\) et \(b\) :
\[\boxed{E(aX + b) = a\,E(X) + b.}\]La variable \(aX + b\) prend les valeurs \(a x_i + b\) avec les mêmes probabilités \(p_i\). Donc :
\[E(aX + b) = \sum_i (a x_i + b)\,p_i = a\sum_i x_i p_i + b\sum_i p_i = a\,E(X) + b\times 1 = aE(X) + b.\]Si \(E(X) = 3{,}5\) et que le gain réel est \(G = 2X - 5\), alors \(E(G) = 2 \times 3{,}5 - 5 = 2\) €.
\(E(3X) = 3 \times 4{,}2 = 12{,}6\) ; \(E(X + 10) = 4{,}2 + 10 = 14{,}2\) ; \(E(2X - 1) = 2 \times 4{,}2 - 1 = 7{,}4\).
La variance de \(X\) mesure la dispersion des valeurs autour de l'espérance \(\mu = E(X)\) :
\[V(X) = \sum_{i=1}^n p_i\,(x_i - \mu)^2 = E\big((X - \mu)^2\big).\]L'écart type est \(\displaystyle \boxed{\sigma(X) = \sqrt{V(X)}.}\)
La variance est toujours positive ; l'écart type s'exprime dans la même unité que \(X\).
La variance se calcule plus simplement par
\[\boxed{V(X) = E(X^2) - \big(E(X)\big)^2,}\]où \(E(X^2) = \displaystyle\sum_i x_i^2\, p_i\).
En développant \((X - \mu)^2 = X^2 - 2\mu X + \mu^2\) et par linéarité de l'espérance :
\[V(X) = E(X^2) - 2\mu\,E(X) + \mu^2 = E(X^2) - 2\mu\cdot\mu + \mu^2 = E(X^2) - \mu^2 = E(X^2) - \big(E(X)\big)^2. \qquad\blacksquare\]Cette formule est en général plus commode pour les calculs : elle évite le calcul des écarts \(x_i - \mu\).
Le décalage \(b\) ne modifie pas la dispersion ; le facteur \(a\) intervient au carré dans la variance.
Exemple résolu (urne du II). \(E(X) = \tfrac43\). \(E(X^2) = 0 + 1\cdot\tfrac36 + 25\cdot\tfrac16 = \dfrac{3 + 25}{6} = \dfrac{28}{6} = \dfrac{14}{3}\). Donc \(V(X) = \dfrac{14}{3} - \left(\dfrac43\right)^2 = \dfrac{14}{3} - \dfrac{16}{9} = \dfrac{42 - 16}{9} = \dfrac{26}{9} \approx 2{,}89\), et \(\sigma(X) = \sqrt{\tfrac{26}{9}} \approx 1{,}70\).
\(E(X) = 1\times 0{,}4 + 3\times 0{,}6 = 0{,}4 + 1{,}8 = 2{,}2\).
\(E(X^2) = 1\times 0{,}4 + 9\times 0{,}6 = 0{,}4 + 5{,}4 = 5{,}8\).
\(V(X) = 5{,}8 - 2{,}2^2 = 5{,}8 - 4{,}84 = 0{,}96\) et \(\sigma(X) = \sqrt{0{,}96} \approx 0{,}98\).
Modéliser le gain algébrique \(G\) (mise comprise), puis calculer \(E(G)\) :
Exemple résolu. On mise \(2\) €. On tire une carte : si c'est un as (proba \(\tfrac{4}{52} = \tfrac{1}{13}\)), on gagne \(20\) €, sinon rien. Gain net : \(+18\) € (proba \(\tfrac{1}{13}\)) ou \(-2\) € (proba \(\tfrac{12}{13}\)). \(E(G) = 18\cdot\tfrac{1}{13} - 2\cdot\tfrac{12}{13} = \dfrac{18 - 24}{13} = -\dfrac{6}{13} \approx -0{,}46\) € : jeu défavorable au joueur.
Gain net : \(+7\) € (proba \(0{,}4\)) ou \(-3\) € (proba \(0{,}6\)). \(E(G) = 7\times 0{,}4 - 3\times 0{,}6 = 2{,}8 - 1{,}8 = 1\) € \(\gt 0\) : jeu favorable au joueur.
Une population statistique peut être vue d'un point de vue probabiliste en considérant le tirage au sort avec équiprobabilité d'un individu. On établit alors une correspondance :
| Statistique | Probabiliste |
|---|---|
| fréquence | probabilité |
| moyenne | espérance |
| écart type (série) | écart type (variable aléatoire) |
| fréquence conditionnelle | probabilité conditionnelle |
On calcule espérance, variance et écart type à partir des valeurs et de leurs probabilités :
def esperance(valeurs, probas):
return sum(x * p for x, p in zip(valeurs, probas))
def variance(valeurs, probas):
m = esperance(valeurs, probas)
e_x2 = sum(x**2 * p for x, p in zip(valeurs, probas))
return e_x2 - m**2 # formule de König-Huygens
def ecart_type(valeurs, probas):
return variance(valeurs, probas) ** 0.5
valeurs = [0, 1, 5]
probas = [2/6, 3/6, 1/6]
print(esperance(valeurs, probas)) # 1.333...
print(round(ecart_type(valeurs, probas), 3)) # 1.7
La ligne e_x2 - m**2 traduit directement la formule de König-Huygens \(V(X) = E(X^2) - E(X)^2\).
Le travail de simulation d'échantillons prolonge celui de Seconde. L'objectif est de percevoir le principe de l'estimation de l'espérance d'une variable aléatoire par une moyenne observée sur un échantillon : on simule un grand nombre de fois l'expérience et on compare la moyenne obtenue à \(E(X)\). On reprend l'urne du paragraphe II : \(X\) vaut \(0\), \(1\) ou \(5\) avec les probabilités \(\tfrac26\), \(\tfrac36\), \(\tfrac16\) ; on a calculé \(\mu = E(X) = \tfrac43 \approx 1{,}33\) et \(\sigma(X) \approx 1{,}70\).
from random import randint
def simule_X():
boule = randint(1, 6) # on tire une boule parmi les 6
if boule <= 2: # 2 boules marquées 0
return 0
elif boule <= 5: # 3 boules marquées 1
return 1
else: # 1 boule marquée 5
return 5
Chaque appel de simule_X() renvoie une valeur de \(X\) avec les bonnes probabilités : c'est une réalisation de la variable aléatoire.
def moyenne_echantillon(n):
echantillon = [simule_X() for k in range(n)]
return sum(echantillon) / n
print(moyenne_echantillon(100)) # par exemple 1.28
La fonction fabrique une liste de \(n\) réalisations de \(X\) (un échantillon de taille \(n\)) et renvoie sa moyenne \(m\).
En exécutant moyenne_echantillon(n) pour des tailles croissantes, on observe que la moyenne de l'échantillon se rapproche de \(\mu = \tfrac43 \approx 1{,}333\) :
| \(n\) | \(100\) | \(1\,000\) | \(10\,000\) | \(100\,000\) |
|---|---|---|---|---|
| \(m\) (une simulation) | \(1{,}28\) | \(1{,}357\) | \(1{,}329\) | \(1{,}3341\) |
| écart \(|m - \mu|\) | \(\approx 0{,}05\) | \(\approx 0{,}024\) | \(\approx 0{,}004\) | \(\approx 0{,}0008\) |
Plus \(n\) est grand, plus l'écart \(|m - \mu|\) est petit en général : la moyenne d'un grand échantillon estime l'espérance. (Les valeurs ci-dessus varient d'une simulation à l'autre : c'est le principe même de l'aléatoire.)
On simule \(N\) échantillons de taille \(n\) et on compte la proportion des cas où l'écart entre la moyenne \(m\) de l'échantillon et \(\mu\) est inférieur ou égal à \(\dfrac{2\sigma}{\sqrt{n}}\) :
mu = 4/3 # espérance de X
sigma = (26/9) ** 0.5 # écart type de X
def proportion(N, n):
compteur = 0
for i in range(N):
m = moyenne_echantillon(n)
if abs(m - mu) <= 2 * sigma / n ** 0.5:
compteur = compteur + 1
return compteur / N
print(proportion(1000, 100)) # par exemple 0.957
On observe que cette proportion est proche de \(0{,}95\) (environ \(95\ \%\) des échantillons), quelle que soit la taille \(n\) choisie : l'intervalle \(\left[\mu - \dfrac{2\sigma}{\sqrt n} \,;\, \mu + \dfrac{2\sigma}{\sqrt n}\right]\) contient la moyenne de l'échantillon dans la grande majorité des cas. Ce constat expérimental prépare les notions d'estimation étudiées en Terminale.
simule_Y() renvoyant une réalisation de \(Y\). 2) Écrire une fonction moyenne_Y(n) renvoyant la moyenne d'un échantillon de taille \(n\) de \(Y\). Que renvoie-t-elle approximativement pour \(n = 10\,000\) ?
from random import randint
def simule_Y():
return randint(1, 6)
def moyenne_Y(n):
echantillon = [simule_Y() for k in range(n)]
return sum(echantillon) / n
Pour \(n = 10\,000\), la fonction renvoie une valeur proche de \(3{,}5\) (par exemple \(3{,}492\)) : la moyenne d'un grand échantillon est proche de l'espérance \(E(Y) = 3{,}5\).
❌ Oublier de vérifier que la somme des probabilités vaut \(1\).
✅ Cette vérification est systématique après avoir dressé le tableau de la loi.
❌ Trouver une variance négative.
✅ La variance est toujours positive : un résultat négatif signale une erreur (oubli du carré ou inversion dans König-Huygens).
❌ Confondre \(E(X^2)\) et \(\big(E(X)\big)^2\).
✅ Ce sont deux quantités distinctes ; leur différence est la variance.
❌ Écrire \(V(aX+b) = a\,V(X) + b\).
✅ On a \(E(aX+b)=aE(X)+b\) mais \(V(aX+b) = a^2 V(X)\) (le \(b\) disparaît, le \(a\) est au carré).