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Chapitre 2 – Suites numériques, modèles discrets

Chapitre 2 | Première générale (spécialité) | Mathématiques

Dernière mise à jour : 21 octobre 2026

Objectifs du chapitre

En première, les suites sont abordées d'un point de vue principalement algébrique. L'objectif est de confronter l'élève à des systèmes discrets (évolution d'un capital, d'une population, décroissance radioactive) pour lesquels les suites numériques apparaissent comme une modélisation adaptée. C'est aussi l'occasion d'aborder la définition par récurrence et de se sensibiliser à l'idée de limite. Prérequis : fonctions affines, taux d'évolution et coefficient multiplicateur, notion de fonction et d'image.

I. Qu'est-ce qu'une suite ?

Définition — Suite numérique

Une suite numérique \(u\) est une fonction définie sur \(\mathbb{N}\) (ou sur une partie \(\{n \ge n_0\}\) de \(\mathbb{N}\)) à valeurs dans \(\mathbb{R}\). L'image de l'entier \(n\) est notée \(u(n)\) ou, plus souvent, \(u_n\) ; c'est le terme de rang \(n\) (ou d'indice \(n\)).

La suite elle-même se note \((u_n)\) ou \((u_n)_{n \in \mathbb{N}}\).

Attention — Ne pas confondre \(u_n\) et \((u_n)\)

\(u_n\) désigne un terme (un nombre) ; \((u_n)\) désigne la suite (l'objet global, la liste infinie des termes).

Modes de génération

Définition — Explicite, récurrence, motif

Une suite peut être définie :

Exemple

Explicite : \(u_n = n^2 - 1\) donne \(u_0 = -1,\ u_1 = 0,\ u_2 = 3,\ u_3 = 8\).

Récurrence : \(u_0 = 2\) et \(u_{n+1} = 3u_n - 1\) donne \(u_1 = 5,\ u_2 = 14,\ u_3 = 41\).

Motif (nombres triangulaires) : le nombre de points du \(n\)-ième triangle vaut \(T_n = 1 + 2 + \dots + n\).

On s'intéresse souvent au passage d'un mode à un autre, en particulier à la recherche d'une formule explicite pour une suite définie par récurrence.

On représente une suite par un nuage de points : on place les points de coordonnées \((n\,;u_n)\). Ci-dessous, la suite \(u_n = n^2 - 1\) :

Exercice d'application 1. Soit \(u_0 = 1\) et \(u_{n+1} = 2u_n + 3\). Calculer \(u_1\), \(u_2\) et \(u_3\).

\(u_1 = 2\times 1 + 3 = 5\) ; \(u_2 = 2\times 5 + 3 = 13\) ; \(u_3 = 2\times 13 + 3 = 29\).

II. Sens de variation

Définition — Suite croissante, décroissante, constante

Une suite \((u_n)\) est :

Méthode — Étudier le sens de variation

On étudie le signe de \(u_{n+1} - u_n\) :

Si tous les termes sont strictement positifs, on peut aussi comparer le quotient \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) à \(1\).

Exemple

Pour \(u_n = n^2\) : \(u_{n+1} - u_n = (n+1)^2 - n^2 = 2n + 1 \gt 0\). La suite est croissante.

Exercice d'application 2. Étudier le sens de variation de la suite \(u_n = 5 - 2n\).

\(u_{n+1} - u_n = \big(5 - 2(n+1)\big) - (5 - 2n) = -2 \lt 0\). La suite est décroissante.

III. Suites arithmétiques

Définition — Suite arithmétique

Une suite \((u_n)\) est arithmétique de raison \(r\) s'il existe un réel \(r\) tel que, pour tout \(n\) :

\[u_{n+1} = u_n + r.\]

On passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre \(r\). C'est le modèle des évolutions successives à accroissement constant.

Théorème — Terme général

Si \((u_n)\) est arithmétique de raison \(r\) et de premier terme \(u_0\), alors pour tout \(n \in \mathbb{N}\) :

\[\boxed{u_n = u_0 + nr.}\]

Plus généralement, \(u_n = u_p + (n-p)\,r\).

Démonstration (exigible)

On écrit les relations successives : \(u_1 = u_0 + r\), \(u_2 = u_1 + r = u_0 + 2r\), \(u_3 = u_2 + r = u_0 + 3r,\ \dots\)

En ajoutant \(r\) à chaque étape depuis \(u_0\), on ajoute \(n\) fois la raison pour atteindre \(u_n\) : \(u_n = u_0 + nr\). (Ce raisonnement « de proche en proche » sera formalisé par récurrence en terminale.)

Propriété — Variations

Une suite arithmétique de raison \(r\) est croissante si \(r \gt 0\), décroissante si \(r \lt 0\), constante si \(r = 0\).

Lien avec les fonctions affines

Comme \(u_n = u_0 + rn\), les points \((n\,;u_n)\) sont alignés : une suite arithmétique est la restriction à \(\mathbb{N}\) d'une fonction affine de pente \(r\).

Le graphique ci-dessous contraste une suite arithmétique \(u_n = 2 + n\) (points alignés, indigo) et une suite géométrique \(v_n = 1{,}4^{\,n}\) (points de plus en plus espacés, croissance accélérée, vert) :

Théorème — Somme des premiers entiers

Pour tout entier \(n \ge 1\) :

\[\boxed{1 + 2 + \dots + n = \dfrac{n(n+1)}{2}.}\]
Démonstration (exigible — astuce de Gauss)

Notons \(S = 1 + 2 + \dots + n\). Écrivons cette somme dans les deux sens et additionnons terme à terme :

\[ \begin{array}{ccccccc} S &=& 1 &+& 2 &+ \dots +& n \\ S &=& n &+& (n-1) &+ \dots +& 1 \\ \hline 2S &=& (n+1) &+& (n+1) &+ \dots +& (n+1) \end{array} \]

Il y a \(n\) termes égaux à \((n+1)\), donc \(2S = n(n+1)\), d'où \(S = \dfrac{n(n+1)}{2}\). \(\blacksquare\)

Exercice d'application 3. Soit \((u_n)\) arithmétique avec \(u_0 = 4\) et \(r = 3\). Donner \(u_n\), calculer \(u_{12}\) et préciser le sens de variation.

\(u_n = 4 + 3n\), donc \(u_{12} = 4 + 3\times 12 = 40\). Comme \(r = 3 \gt 0\), la suite est croissante.

IV. Suites géométriques

Définition — Suite géométrique

Une suite \((u_n)\) est géométrique de raison \(q\) s'il existe un réel \(q\) tel que, pour tout \(n\) :

\[u_{n+1} = q \times u_n.\]

On passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre \(q\). C'est le modèle des évolutions successives à taux constant : une évolution à taux fixe \(t\) correspond à une suite géométrique de raison \(q = 1 + t\) (coefficient multiplicateur).

Théorème — Terme général

Si \((u_n)\) est géométrique de raison \(q\) et de premier terme \(u_0\), alors pour tout \(n\) :

\[\boxed{u_n = u_0 \times q^{\,n}.}\]

Plus généralement, \(u_n = u_p \times q^{\,n-p}\).

Démonstration (exigible)

On multiplie de proche en proche : \(u_1 = u_0\, q\), \(u_2 = u_1\, q = u_0\, q^2\), \(u_3 = u_2\, q = u_0\, q^3,\ \dots\)

En multipliant \(n\) fois par \(q\) depuis \(u_0\), on obtient \(u_n = u_0\, q^n\). \(\blacksquare\)

Propriété — Variations (cas \(u_0 \gt 0\) et \(q \gt 0\))

Si \(q \gt 1\) la suite est croissante ; si \(0 \lt q \lt 1\) elle est décroissante ; si \(q = 1\) elle est constante. (Le sens s'inverse si \(u_0 \lt 0\).)

Théorème — Somme des puissances

Pour tout réel \(q \ne 1\) et tout entier \(n \ge 0\) :

\[\boxed{1 + q + q^2 + \dots + q^n = \dfrac{1 - q^{\,n+1}}{1 - q}.}\]
Démonstration (exigible)

Posons \(S = 1 + q + q^2 + \dots + q^n\). Alors \(q\,S = q + q^2 + \dots + q^{n+1}\).

En soustrayant : \(S - qS = 1 - q^{n+1}\), soit \(S(1 - q) = 1 - q^{n+1}\). Comme \(q \ne 1\), on divise par \(1-q\) : \(S = \dfrac{1 - q^{n+1}}{1 - q}\). \(\blacksquare\)

(Pour \(q = 1\), la somme vaut simplement \(n+1\).)

Exercice d'application 4. Soit \((v_n)\) géométrique de raison \(q = 2\) et \(v_0 = 3\). Donner \(v_n\), calculer \(v_4\) et \(v_0 + v_1 + \dots + v_4\).

\(v_n = 3\times 2^n\), donc \(v_4 = 3\times 16 = 48\).

\(v_0 + \dots + v_4 = 3\times(1 + 2 + \dots + 2^4) = 3\times\dfrac{1 - 2^5}{1 - 2} = 3\times\dfrac{-31}{-1} = 3\times 31 = 93\).

V. Modèles discrets et sensibilisation à la limite

Méthode — Modéliser une évolution

Exemple résolu. Un capital de \(2000\) € placé à \(3\,\%\) par an. Le taux fixe donne une suite géométrique : \(q = 1{,}03\), \(C_0 = 2000\), donc \(C_n = 2000 \times 1{,}03^{\,n}\). Au bout de \(5\) ans : \(C_5 = 2000 \times 1{,}03^5 \approx 2318{,}55\) €.

Méthode — Reconnaître la nature d'une suite
  1. Calculer les premières différences \(u_{n+1} - u_n\) : si elles sont constantes, la suite est arithmétique (la constante est \(r\)).
  2. Sinon, calculer les premiers quotients \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) : s'ils sont constants, la suite est géométrique (la constante est \(q\)).

Exemple résolu. \(u_0 = 5,\ u_1 = 10,\ u_2 = 20,\ u_3 = 40\). Différences : \(5, 10, 20\) (non constantes). Quotients : \(2, 2, 2\). Suite géométrique de raison \(q = 2\), donc \(u_n = 5 \times 2^n\).

Sensibilisation à la notion de limite

Sur des exemples, sans formalisation, on observe le comportement des termes quand \(n\) devient très grand :

Pour une suite géométrique de raison \(q \gt 0\) : si \(q \gt 1\), les termes tendent vers \(+\infty\) ; si \(0 \lt q \lt 1\), ils tendent vers \(0\).

Exercice d'application 5. Une population de \(10\,000\) bactéries augmente de \(20\,\%\) par heure. Modéliser par une suite \((P_n)\) et calculer la population après \(3\) heures.

Suite géométrique : \(q = 1{,}20\), \(P_0 = 10\,000\), donc \(P_n = 10\,000 \times 1{,}2^{\,n}\). Après \(3\) heures : \(P_3 = 10\,000 \times 1{,}2^3 = 10\,000 \times 1{,}728 = 17\,280\) bactéries.

Exercice d'application 6. Vers quelle valeur tendent les termes de la suite géométrique \(u_n = 100\times 0{,}5^{\,n}\) quand \(n\) devient très grand ? Justifier.

La raison est \(q = 0{,}5\), avec \(0 \lt q \lt 1\) : les termes tendent vers \(0\). On peut le vérifier : \(u_0=100,\ u_1=50,\ u_2=25,\ u_3=12{,}5,\dots\) : chaque terme est la moitié du précédent et se rapproche de \(0\).

Algorithmique et Python

On peut calculer les termes d'une suite définie par récurrence et rechercher un seuil à l'aide d'une boucle :

def terme_recurrence(n):
    """Calcule u_n pour u_0 = 2 et u_(n+1) = 3*u_n - 1."""
    u = 2
    for _ in range(n):
        u = 3 * u - 1
    return u

def seuil(u0, q, S):
    """Plus petit n tel que u_n >= S, suite geometrique croissante."""
    u = u0
    n = 0
    while u < S:
        u = q * u
        n += 1
    return n

La boucle while u < S traduit la recherche du plus petit rang \(n\) pour lequel le seuil \(S\) est atteint.

Erreurs fréquentes / points de vigilance

Les pièges du chapitre

❌ Confondre \(u_n\) (un terme, un nombre) et \((u_n)\) (la suite).

✅ \(u_5\) est un nombre ; \((u_n)\) est l'objet global.

❌ Décalage d'indice dans le terme général.

✅ \(u_n = u_0 + nr\) (premier terme \(u_0\)) ≠ \(u_n = u_1 + (n-1)r\) (premier terme \(u_1\)).

❌ Multiplier au lieu d'ajouter (ou l'inverse).

✅ Arithmétique = addition de \(r\) ; géométrique = multiplication par \(q\).

❌ Confondre taux d'évolution et raison.

✅ Une hausse de \(5\,\%\) donne \(q = 1{,}05\) (et non \(q = 0{,}05\)).

❌ Se tromper d'exposant dans la somme géométrique.

✅ \(1 + q + \dots + q^n = \dfrac{1 - q^{n+1}}{1-q}\) (exposant \(n+1\), pas \(n\)).

L'essentiel à retenir

ArithmétiqueGéométrique
Relation\(u_{n+1} = u_n + r\)\(u_{n+1} = q\, u_n\)
Terme général\(u_n = u_0 + nr\)\(u_n = u_0\, q^n\)
Modélisecroissance linéairecroissance à taux fixe
À retenir :

Simulation interactive