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Chapitre 1 – Suites numériques

Chapitre 1 | Première technologique (enseignement commun) | Mathématiques

Dernière mise à jour : 21 octobre 2026, 09:38

Objectifs du chapitre

I. Notion de suite numérique

1. Une situation d'introduction

Exemple — un placement

Un capital de \(1000\) € est placé. Chaque année, on ajoute \(50\) € (versement fixe). On note le capital au bout de \(0,\,1,\,2,\dots\) années :

Année \(n\)0123
Capital (€)1000105011001150

On obtient une liste ordonnée de nombres : à chaque entier \(n\) (le rang) correspond un seul nombre. C'est une suite.

2. Définition et notations

Définition — Suite numérique

Une suite numérique \(u\) est une fonction qui, à chaque entier naturel \(n\) (le rang ou indice), associe un nombre réel noté \(u(n)\) (ou \(u_n\)), appelé terme de rang \(n\) de la suite.

Notations

On note d'abord \(u(n)\), par analogie avec l'écriture fonctionnelle \(f(x)\), puis on utilise aussi la notation indicée \(u_n\). Le terme \(u(0)\) (ou \(u_0\)) est le terme initial.

Attention — rang et terme

Ne pas confondre le rang \(n\) (la position, un entier) et le terme \(u(n)\) (la valeur associée). Dans le tableau ci-dessus, \(u(2)=1100\) : le terme de rang \(2\) vaut \(1100\).

3. Les deux modes de génération

Définition — Formule explicite (relation fonctionnelle)

Le terme \(u(n)\) est donné directement en fonction de \(n\) par une formule.

Exemple. \(u(n) = 1000 + 50\,n\). On calcule n'importe quel terme sans connaître les précédents : \(u(10) = 1000 + 50 \times 10 = 1500\).

Définition — Relation de récurrence

On connaît le terme initial et une règle permettant de passer d'un terme au suivant.

Exemple. \(\begin{cases} u(0) = 1000 \\ u(n+1) = u(n) + 50 \end{cases}\). On calcule de proche en proche : \(u(1)=1050\), \(u(2)=1100\), …

Attention

Avec une relation de récurrence, pour obtenir \(u(10)\) il faut avoir calculé tous les termes précédents. La formule explicite est plus rapide.

Avec le tableur

Le tableur calcule très vite les termes d'une suite et fait bien sentir les deux modes de génération. Pour la suite \(u(0)=1000\), \(u(n+1)=u(n)+50\) : on saisit 1000 en B1, puis la formule =B1+50 en B2, que l'on recopie vers le bas — c'est la récurrence. Avec les rangs \(n\) en colonne A, la formule =1000+50*A1 traduit la formule explicite : les deux colonnes donnent les mêmes valeurs.

Exercice d'application 1. Soit la suite définie par \(u(0)=7\) et \(u(n+1)=u(n)-2\). Calculer \(u(1)\), \(u(2)\), \(u(3)\).

\(u(1)=7-2=5\) ; \(u(2)=5-2=3\) ; \(u(3)=3-2=1\).

II. Représentation graphique et sens de variation

1. Le nuage de points

Définition — Nuage de points

On représente une suite \(u\) par le nuage de points de coordonnées \((n\,;\,u(n))\) dans un repère : en abscisse le rang \(n\), en ordonnée le terme \(u(n)\).

Les points ne sont pas reliés : la variable \(n\) est un entier, la représentation est discrète (points isolés).

2. Sens de variation d'une suite

Définition — Sens de variation

Une suite \(u\) est :

Méthode — Étudier le sens de variation

En pratique, on étudie le signe de la différence \(u(n+1)-u(n)\).

Exemple résolu. Pour \(u(n)=1000+50n\) :

\[u(n+1)-u(n) = \big(1000+50(n+1)\big) - \big(1000+50n\big) = 50 \gt 0.\]

La différence est positive pour tout \(n\) : la suite est croissante.

Exercice d'application 2. Étudier le sens de variation de la suite \(u(n)=20-3n\) en étudiant le signe de \(u(n+1)-u(n)\).

\(u(n+1)-u(n)=\big(20-3(n+1)\big)-\big(20-3n\big)=-3 \lt 0\). La suite est décroissante.

III. Suites arithmétiques

Situation — évolution absolue constante

Chaque année on ajoute le même montant \(50\) € : l'évolution absolue (la variation) est constante. C'est le modèle d'une croissance linéaire.

Définition — Suite arithmétique

Une suite \(u\) est arithmétique de raison \(r\) lorsque l'on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre \(r\) :

\[u(n+1) = u(n) + r \qquad \text{pour tout entier } n.\]
Propriété — Terme de rang \(n\)

Si \(u\) est arithmétique de premier terme \(u(0)\) et de raison \(r\), alors :

\[u(n) = u(0) + n\,r.\]

Démonstration. On ajoute \(r\) à chaque étape : \(u(1)=u(0)+r\), \(u(2)=u(1)+r=u(0)+2r\), \(u(3)=u(0)+3r\), … Après \(n\) étapes, on a ajouté \(n\) fois la raison \(r\), donc \(u(n)=u(0)+n\,r\). \(\quad\blacksquare\)

Propriété — Sens de variation

Puisque \(u(n+1)-u(n)=r\), une suite arithmétique de raison \(r\) est :

Représentation graphique

Les points \((n\,;\,u(n))\) d'une suite arithmétique sont alignés (sur une droite de coefficient directeur \(r\)).

Méthode — Démontrer qu'une suite est arithmétique

On calcule la différence \(u(n+1)-u(n)\) : si elle est constante (indépendante de \(n\)), la suite est arithmétique, et cette constante est la raison.

Exemple résolu. Soit \(u(n)=3n+7\).

\[u(n+1)-u(n) = \big(3(n+1)+7\big)-\big(3n+7\big) = 3.\]

La différence vaut \(3\) pour tout \(n\) : \(u\) est arithmétique de raison \(r=3\).

Exercice d'application 3. Soit \(u(n)=5-2n\). Montrer que \(u\) est arithmétique, donner sa raison et son sens de variation.

\(u(n+1)-u(n)=\big(5-2(n+1)\big)-\big(5-2n\big)=-2\), constante : \(u\) est arithmétique de raison \(r=-2\). Comme \(r\lt 0\), elle est décroissante.

IV. Suites géométriques

Situation — évolution relative constante

Une colonie de bactéries double chaque heure : l'évolution relative (le pourcentage d'augmentation, ici \(+100\,\%\)) est constante. C'est le modèle d'une croissance exponentielle.

Définition — Suite géométrique

Une suite \(u\) à termes strictement positifs est géométrique de raison \(q\) (\(q\gt 0\)) lorsque l'on passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre \(q\) :

\[u(n+1) = q \times u(n) \qquad \text{pour tout entier } n.\]
Propriété — Terme de rang \(n\)

Si \(u\) est géométrique de premier terme \(u(0)\) et de raison \(q\), alors :

\[u(n) = u(0) \times q^{\,n}.\]

Démonstration. On multiplie par \(q\) à chaque étape : \(u(1)=q\,u(0)\), \(u(2)=q\,u(1)=q^2 u(0)\), \(u(3)=q^3 u(0)\), … Après \(n\) étapes on a multiplié \(n\) fois par \(q\), donc \(u(n)=u(0)\times q^n\). \(\quad\blacksquare\)

Propriété — Sens de variation (pour \(u(0)\gt 0\))

Une suite géométrique de raison \(q\gt 0\) à termes strictement positifs est :

Méthode — Lien pourcentage ↔ raison

Une augmentation de \(t\,\%\) à chaque étape correspond à \(q = 1 + \dfrac{t}{100}\) ; une diminution de \(t\,\%\) correspond à \(q = 1 - \dfrac{t}{100}\).

Exemple. \(-15\,\%\) chaque année \(\Rightarrow q = 1 - 0{,}15 = 0{,}85\).

Attention

Ne pas confondre le coefficient multiplicateur et le pourcentage : \(+3\,\%\) donne \(q=1{,}03\), pas \(q=0{,}03\) ni \(q=3\).

Représentation graphique

Les points d'une suite géométrique ne sont pas alignés : ils suivent une courbe (croissance de plus en plus rapide si \(q\gt 1\)).

Méthode — Démontrer qu'une suite est géométrique

Pour une suite à termes strictement positifs, on calcule le quotient \(\dfrac{u(n+1)}{u(n)}\) : s'il est constant (indépendant de \(n\)), la suite est géométrique, et cette constante est la raison \(q\).

Exemple résolu. Soit \(u(n)=5\times 2^{\,n}\) (termes strictement positifs).

\[\frac{u(n+1)}{u(n)} = \frac{5\times 2^{\,n+1}}{5\times 2^{\,n}} = 2.\]

Le quotient vaut \(2\) pour tout \(n\) : \(u\) est géométrique de raison \(q=2\). Comme \(q\gt 1\), elle est croissante.

Exercice d'application 4. Une suite \(w\) vérifie \(w(0)=2\) et \(w(n+1)=3\,w(n)\). Donner sa nature, sa raison, l'expression de \(w(n)\), puis \(w(3)\).

On multiplie par \(3\) : suite géométrique de raison \(q=3\). Alors \(w(n)=2\times 3^{\,n}\), et \(w(3)=2\times 3^3=2\times 27=54\).

V. Des suites d'un autre type

Toutes les suites ne sont ni arithmétiques ni géométriques.

Exemple

Soit \(u(n) = n^2\), qui donne \(0,\,1,\,4,\,9,\,16,\dots\)

Vocabulaire logique. Trouver deux différences distinctes (\(1\neq 3\)) fournit un contre-exemple : cela suffit à infirmer la proposition universelle « la différence \(u(n+1)-u(n)\) est la même pour tout \(n\) », donc à prouver que la suite n'est pas arithmétique. Un seul contre-exemple prouve qu'une propriété « pour tout \(n\) » est fausse — alors que vérifier la propriété sur quelques valeurs ne suffit jamais à prouver qu'elle est vraie.

Méthode — Passer d'une situation concrète à une suite
  1. Identifier la grandeur qui évolue et repérer le rang (souvent le numéro d'année, de mois, de jour…).
  2. Repérer le terme initial \(u(0)\).
  3. Repérer si l'on ajoute un montant fixe (→ arithmétique) ou si l'on multiplie par un coefficient (pourcentage → géométrique).
  4. Écrire la relation de récurrence, puis la formule explicite.

Exemple résolu. Une population de \(8000\) habitants augmente de \(2\,\%\) par an.

Lien avec la programmation (chapitre 7)

Le calcul des termes d'une suite se programme en Python : le chapitre 7 donne les méthodes-types « terme de rang \(n\) » (boucle for qui applique la relation de récurrence, méthode 1) et « détermination d'un seuil » (boucle while : plus petit rang \(n\) tel que \(u(n)\) dépasse — ou passe sous — une valeur donnée, méthode 2).

Exercice d'application 5. Une voiture achetée \(20\,000\) € perd \(12\,\%\) de sa valeur chaque année. On note \(v(n)\) sa valeur au bout de \(n\) années. Donner \(v(0)\), la raison \(q\), l'expression de \(v(n)\), puis \(v(4)\) (arrondi à l'euro).

On multiplie chaque année par \(q=1-0{,}12=0{,}88\) : suite géométrique, \(v(0)=20\,000\). Donc \(v(n)=20\,000\times 0{,}88^{\,n}\), et \(v(4)=20\,000\times 0{,}88^{4}\approx 11\,996\) €.

Exercice d'application 6. On considère \(u(n)=n^2+1\), soit \(u(0)=1\), \(u(1)=2\), \(u(2)=5\), \(u(3)=10\). Cette suite est-elle arithmétique ? géométrique ?

Différences : \(1,\,3,\,5\) → non constantes ⇒ pas arithmétique. Quotients : \(2,\,2{,}5\) → non constants ⇒ pas géométrique. La suite n'est ni l'une ni l'autre.

Erreurs fréquentes / points de vigilance

Les pièges du chapitre

❌ Confondre le rang et le terme.

✅ \(u(3)\) est la valeur du terme de rang \(3\), pas le nombre \(3\).

❌ Décaler les indices sans vérifier le premier terme.

✅ La formule \(u(n)=u(0)+n\,r\) suppose un premier terme de rang \(0\).

❌ Confondre variation absolue et variation relative.

✅ Ajouter \(50\) € (arithmétique) ≠ augmenter de \(5\,\%\) (géométrique).

❌ Relier les points du nuage par une courbe continue.

✅ Une suite se représente par un nuage de points isolés.

❌ Conclure sur la nature d'une suite sans vérifier l'indépendance en \(n\).

✅ Il faut que la différence (ou le quotient) ne dépende pas de \(n\).

L'essentiel à retenir

Suite arithmétiqueSuite géométrique
Passage au suivanton ajoute \(r\)on multiplie par \(q\)
Récurrence\(u(n+1)=u(n)+r\)\(u(n+1)=q\,u(n)\)
Terme de rang \(n\)\(u(n)=u(0)+n\,r\)\(u(n)=u(0)\times q^{\,n}\)
Modèleévolution absolue constante (linéaire)évolution relative constante (exponentielle)
Croissante si\(r\gt 0\)\(q\gt 1\) (termes \(\gt 0\))
Graphiquepoints alignéspoints non alignés (courbés)
À retenir :

Simulation interactive