Puisque le ciel reste silencieux (voir le paradoxe de Fermi), c'est peut-être qu'entre une planète nue et une civilisation qui voyage entre les étoiles se dresse une étape presque infranchissable. On l'appelle le grand filtre. Toute la question est de savoir si nous l'avons déjà passé… ou s'il nous attend.
Chiffres clés
- Idée proposée par
- Robin Hanson, 1996
- Vie sur Terre depuis
- ≈ 3,8 milliards d'années
- Cellules complexes depuis
- ≈ 2 milliards d'années
- Civilisation technique
- ≈ 100 ans
Une réponse au silence
En 1996, l'économiste Robin Hanson formule une idée simple pour expliquer le grand silence : sur le long chemin qui va de la matière inerte à une civilisation galactique, il existerait au moins une marche démesurément difficile à franchir. Ce goulot d'étranglement — le grand filtre — laisserait passer si peu de candidats que la galaxie resterait presque vide.
L'escalier de la vie
Pour arriver jusqu'à nous, la nature a gravi une longue série de marches. Chacune a pu être facile… ou constituer le filtre. On ne sait pas laquelle :
- Une bonne étoile et une planète dans la zone habitable
- Les briques chimiques de la vie (eau, carbone, molécules organiques)
- L'apparition de la vie elle-même (l'abiogenèse) — un saut mystérieux
- Le passage à la cellule complexe (à noyau) — arrivé une seule fois sur Terre
- La vie pluricellulaire, puis les animaux
- Une intelligence capable de fabriquer des outils
- Une civilisation technique durable, qui survit à ses propres pouvoirs
- L'expansion vers les étoiles
Les marches marquées en rose sont les candidates les plus sérieuses au titre de grand filtre : chacune semble avoir été rare ou fragile.
Derrière ou devant nous ?
Deux scénarios, radicalement différents :
- Le filtre est derrière nous. L'étape difficile — disons l'apparition de la vie, ou de la cellule complexe — est déjà franchie. Nous serions alors un accident extraordinairement rare. C'est une bonne nouvelle : la route devant nous serait dégagée.
- Le filtre est devant nous. Les civilisations techniques s'effondreraient presque toujours — guerre, épuisement des ressources, technologies incontrôlées — avant de coloniser la galaxie. Ce serait une mauvaise nouvelle : notre tour viendrait.
Pourquoi la vie sur Mars nous inquiéterait
Voici le retournement le plus contre-intuitif, dû au philosophe Nick Bostrom : découvrir une vie apparue indépendamment sur Mars ou Europe ne serait pas une bonne nouvelle. Cela prouverait que la vie surgit facilement — donc que le grand filtre n'est pas derrière nous, mais probablement devant. Plus la vie s'avère banale dans l'Univers, plus le silence devient inquiétant.