Contexte professionnel — Mise en service d'une VMC double flux
Un technicien de maintenance énergétique met en service la ventilation double flux d'un logement de 90 m². Le débit réglementaire retenu est de 135 m³/h, l'air doit être soufflé à 18 °C, et il fait −5 °C dehors.
Données fournies pour cet exercice :
masse volumique de l'air : 1,2 kg/m³
chaleur massique de l'air : 1 000 J/(kg·K)
rendement de l'échangeur du caisson double flux : 85 %
température intérieure du logement : 20 °C · prix de l'électricité : 0,25 € le kWh
« On souffle 135 mètres cubes d'air par heure à 18 degrés alors qu'il en fait −5 dehors. Ça coûte combien, cette histoire ? »
2. Ce que coûte un débit d'air
Chauffer de l'air, c'est chauffer une masse
Un débit d'air ne se chauffe pas parce qu'il occupe un volume, mais parce qu'il transporte une masse. On passe du débit volumique \(q_V\) (en m³/s) au débit massique \(q_m\) (en kg/s) par la masse volumique :
\(q_m = q_V \times \rho\)
Puissance à fournir
Pour élever la température d'un débit d'air de \(\Delta T\) :
\(P = q_m \times c \times \Delta T\)
avec \(q_m\) en kg/s, \(c\) la chaleur massique en J/(kg·K), \(\Delta T\) en kelvins (ou en degrés, l'écart est le même) et \(P\) en watts.
Attention — les m³ par heure ne sont pas des m³ par seconde
Un débit de ventilation s'annonce toujours en m³/h, la formule veut des m³/s. Il faut diviser par 3 600. Oublier cette conversion multiplie la puissance par 3 600 : on annonce des mégawatts pour chauffer un appartement.
Méthode — en quatre temps
convertir le débit en m³/s ;
le multiplier par \(\rho\) pour obtenir des kg/s ;
calculer l'écart de température réellement à fournir ;
multiplier : \(P = q_m \times c \times \Delta T\).
Proche de 0,04. Un débit de ventilation domestique, c'est quelques centilitres d'air par seconde en volume — le chiffre paraît petit parce qu'il est ramené à la seconde.
Cet écart s'exprime-t-il en degrés ou en kelvins ? Cela change-t-il sa valeur ?
\(18 - (-5) = 18 + 5 = \mathbf{23}\)
Les deux conviennent : un écart de 23 °C vaut exactement 23 K. C'est seulement pour une température absolue que les deux échelles diffèrent, de 273,15.
SocleExercice 4 — La puissance, sans échangeur
On applique \(P = q_m \times c \times \Delta T\), avec \(c = 1\,000\) J/(kg·K).
\(\approx \mathbf{1{,}04}\) kW — la puissance d'une bouilloire, en permanence, rien que pour la ventilation.
StandardExercice 5 — Ce que récupère l'échangeur
Dans un caisson double flux, l'air neuf traverse un échangeur où il récupère la chaleur de l'air extrait à 20 °C. Le rendement de l'échangeur est de 85 %.
L'échangeur récupère 85 % de l'écart entre l'air extrait (20 °C) et l'air extérieur (−5 °C). Calculer d'abord cet écart.
En déduire l'élévation de température apportée par l'échangeur.
À quelle température l'air ressort-il de l'échangeur ?
Quel écart reste-t-il à fournir pour atteindre les 18 °C de soufflage ?
\(20 - (-5) = \mathbf{25}\) °C d'écart disponible.
\(0{,}85 \times 25 = \mathbf{21{,}25}\) °C récupérés.
\(-5 + 21{,}25 = \mathbf{16{,}25}\) °C en sortie d'échangeur.
\(18 - 16{,}25 = \mathbf{1{,}75}\) °C seulement — l'échangeur a fait presque tout le travail.
StandardExercice 6 — La puissance réelle de la batterie
La batterie de chauffage ne traite plus que l'écart restant.
Calculer la puissance de la batterie : \(P = 0{,}045 \times 1\,000 \times 1{,}75\).
Comparer à la puissance trouvée à l'exercice 4. Par combien est-elle divisée ?
Quelle puissance l'échangeur fournit-il gratuitement ?
\(0{,}045 \times 1\,000 \times 1{,}75 = \mathbf{78{,}75} \; \text{W}\), soit environ 79 W.
\(1\,035 \div 79 \approx \mathbf{13}\) : la puissance à payer est divisée par treize.
\(1\,035 - 79 = \mathbf{956}\) W récupérés sur l'air qu'on jetait dehors.
StandardExercice 7 — Sur une saison de chauffe
La ventilation tourne en continu pendant la saison de chauffe, soit environ 4 800 heures. L'électricité coûte 0,25 € le kWh.
Calculer l'énergie économisée grâce à l'échangeur, en kWh. Rappel : une puissance en kW multipliée par une durée en heures donne des kWh.
En déduire l'économie annuelle, en euros.
Le caisson double flux coûte 2 800 € posé, contre 900 € pour une VMC simple flux. En combien d'années le surcoût est-il remboursé ?
\(0{,}956 \times 4\,800 = \mathbf{4\,589}\) kWh.
\(4\,589 \times 0{,}25 = \mathbf{1\,147}\) € par an.
Surcoût : \(2\,800 - 900 = 1\,900\) €. \(1\,900 \div 1\,147 \approx \mathbf{1{,}7}\) an — moins de deux saisons de chauffe.
ApprofondissementExercice 8 — Et si l'échangeur s'encrasse ?
Les filtres n'ont pas été changés depuis trois ans : le rendement de l'échangeur est tombé à 60 %.
Recalculer la température de sortie d'échangeur, puis l'écart restant.
En déduire la nouvelle puissance de la batterie.
De combien la consommation annuelle augmente-t-elle, en kWh puis en euros ?
Un jeu de filtres coûte 45 €. Le remplacement annuel est-il rentable ? Justifier par un calcul.
Rédiger en une phrase ce que le technicien inscrit sur la fiche de maintenance.
\(0{,}045 \times 1\,000 \times 8 = \mathbf{360}\) W, contre 79 W en bon état.
Écart de puissance : \(360 - 79 = 281\) W. Sur 4 800 h : \(0{,}281 \times 4\,800 = \mathbf{1\,349}\) kWh, soit \(\times 0{,}25 = \mathbf{337}\) € de plus par an.
Oui, et largement : 45 € de filtres évitent 337 € de surconsommation, soit un rapport de 7,5. Le remplacement se rembourse en moins de deux mois.
Réponse attendue : l'encrassement des filtres n'arrête pas la ventilation, il la rend coûteuse sans que personne ne s'en aperçoive — le débit reste bon, c'est la récupération qui s'effondre. Contrôle annuel obligatoire.
ApprofondissementExercice 9 — Dimensionner pour un plus grand logement
Le même technicien équipe un logement de 140 m², dont le débit réglementaire est de 210 m³/h. Mêmes températures, échangeur neuf à 85 %.
Calculer le nouveau débit massique.
En déduire la puissance de la batterie de chauffage.
Comparer au logement de 90 m² : le rapport des puissances est-il celui des surfaces ? Justifier.
Les batteries disponibles font 500 W, 1 000 W et 1 500 W. Laquelle choisir ?
Le fournisseur propose une batterie de 1 500 W « pour avoir de la marge ». Répondre en deux phrases.
\(122{,}5 \div 78{,}75 \approx 1{,}56\) et \(210 \div 135 \approx 1{,}56\) : le rapport est bien celui des débits. Comme le débit réglementaire est lui-même proportionnel à la surface (\(140 \div 90 \approx 1{,}56\)), les trois rapports coïncident ici.
La 500 W : c'est la plus petite qui couvre les 122,5 W, avec déjà quatre fois la puissance nécessaire.
Réponse attendue : une batterie de 1 500 W ne chauffera pas mieux — la puissance appelée est fixée par le débit et l'écart de température, pas par la taille de l'appareil. Elle coûtera plus cher, cyclera sans arrêt et vieillira plus vite.
ApprofondissementExercice 10 — Souffler plus chaud, est-ce une bonne idée ?
L'occupant trouve l'air « froid » et demande de le souffler à 24 °C au lieu de 18 °C. Échangeur neuf, débit de 135 m³/h.
Calculer le nouvel écart à fournir après l'échangeur, puis la puissance de la batterie.
Par combien la puissance de la batterie est-elle multipliée ?
Calculer le surcoût annuel sur 4 800 heures.
Le logement est-il pour autant plus chaud ? Expliquer en deux phrases ce qui chauffe réellement un logement.
Que propose le technicien à la place ?
Sortie d'échangeur toujours à 16,25 °C ; écart \(24 - 16{,}25 = \mathbf{7{,}75}\) °C. \(P = 0{,}045 \times 1\,000 \times 7{,}75 = \mathbf{348{,}75}\) W.
\(348{,}75 \div 78{,}75 \approx \mathbf{4{,}4}\) : plus de quatre fois.
Écart : \(348{,}75 - 78{,}75 = 270\) W. \(0{,}270 \times 4\,800 = 1\,296\) kWh, soit \(\mathbf{324}\) € par an.
Réponse attendue : très peu. Le chauffage d'un logement est assuré par les émetteurs (radiateurs, plancher chauffant), dimensionnés pour compenser les déperditions ; la ventilation, elle, ne fait que renouveler l'air. Souffler à 24 °C revient à chauffer avec un appareil qui n'est pas fait pour ça, au tarif le plus cher.
Réponse attendue : vérifier le réglage des émetteurs et la position des bouches de soufflage — une bouche mal orientée envoie l'air sur les occupants et donne une sensation de froid même à bonne température.