Contexte professionnel — Habillage d'un couloir dans une maison individuelle
Un menuisier agenceur réalise l'habillage intérieur d'un mur extérieur dans un couloir d'entrée. La paroi finale est composée de trois couches superposées, de l'extérieur vers l'intérieur :
Laine de verre (panneau rigide) : épaisseur 10 cm, conductivité λ = 0,035 W/(m·K)
Plaque de plâtre BA13 : épaisseur 1,3 cm, conductivité λ = 0,25 W/(m·K)
Le maître d'ouvrage vous demande : « Est-ce que ce mur respecte bien la réglementation thermique ? Et si l'on doublait l'épaisseur de laine de verre, le coefficient U serait-il deux fois meilleur ? »
2. Conductivité thermique et résistance thermique
Définition — Conductivité thermique λ (lambda)
La conductivité thermique d'un matériau caractérise sa capacité à laisser passer la chaleur. Plus λ est faible, plus le matériau est isolant.
Unité : W/(m·K)
Exemples : acier ≈ 50, béton ≈ 1,75, bois massif ≈ 0,12, laine de verre ≈ 0,035
Définition — Résistance thermique R d'une couche
La résistance thermique d'une couche de matériau homogène se calcule par :
\[ R = \frac{e}{\lambda} \]
\(R\) : résistance thermique en m²·K/W
\(e\) : épaisseur de la couche en mètres (m)
\(\lambda\) : conductivité thermique en W/(m·K)
Plus \(R\) est grand, plus la paroi est isolante.
Propriété — Résistance thermique d'une paroi composée
Pour une paroi formée de plusieurs couches successives, les résistances thermiques s'additionnent :
\[ R_{\text{total}} = R_1 + R_2 + R_3 + \cdots = \frac{e_1}{\lambda_1} + \frac{e_2}{\lambda_2} + \frac{e_3}{\lambda_3} + \cdots \]
Définition — Coefficient de transmission thermique U
Le coefficient \(U\) (anciennement noté K) est l'inverse de la résistance thermique totale :
\[ U = \frac{1}{R_{\text{total}}} \]
Unité : W/(m²·K)
Plus \(U\) est faible, plus la paroi est isolante
La réglementation thermique fixe des valeurs maximales de \(U\) pour les parois des bâtiments
3. Conductivités thermiques de matériaux courants en agencement
Matériau
λ (W/m·K)
Acier
50
Aluminium
160
Béton banché
1,75
Brique creuse
0,60
Plaque de plâtre BA13
0,25
Bois massif (chêne)
0,17
Matériau
λ (W/m·K)
Contreplaqué
0,13
Panneau MDF
0,11
Mousse polyuréthane
0,024
Laine de verre
0,035
Laine de roche
0,038
Air (couche mince)
0,025
4. Application — Paroi du couloir
Calcul de la résistance thermique de la paroi du couloir
On convertit d'abord les épaisseurs en mètres :
Béton : e₁ = 20 cm = 0,20 m — λ₁ = 1,75 W/(m·K)
Laine de verre : e₂ = 10 cm = 0,10 m — λ₂ = 0,035 W/(m·K)
Plaque de plâtre : e₃ = 1,3 cm = 0,013 m — λ₃ = 0,25 W/(m·K)
La réglementation thermique en rénovation fixe généralement U ≤ 0,40 W/(m²·K) pour un mur. Ici U = 0,33 W/(m²·K) : la paroi est conforme.
Méthode — Répondre à la question du client
Si l'on double l'épaisseur de laine de verre (20 cm au lieu de 10 cm) :
\[ R_2' = \frac{0{,}20}{0{,}035} \approx 5{,}71 \; \text{m}^2\text{·K/W} \]
\[ R_{\text{total}}' = 0{,}11 + 5{,}71 + 0{,}05 = 5{,}87 \; \text{m}^2\text{·K/W} \]
\[ U' = \frac{1}{5{,}87} \approx 0{,}17 \; \text{W/(m}^2\text{·K)} \]
Le U est divisé par presque 2 (de 0,33 à 0,17), ce qui confirme : doubler l'isolant améliore très significativement le U, presque par un facteur 2.
5. Schéma de la paroi composée
6. Exercices
SocleExercice 1 — Résistance d'un isolant seul
Un artisan menuisier pose un panneau de laine de roche d'épaisseur 8 cm (λ = 0,038 W/(m·K)) sur un mur.
U = 0,19 W/(m²·K) < 0,36 W/(m²·K) → la façade est conforme (et même très performante).
StandardExercice 4 — Comparaison de deux solutions d'isolation
Pour isoler un plancher d'un bureau d'accueil (S = 25 m²), deux solutions sont proposées :
Solution A : laine de verre 10 cm (λ = 0,035 W/(m·K))
Solution B : mousse polyuréthane 6 cm (λ = 0,024 W/(m·K))
Calculer R et U pour chaque solution.
Laquelle est la plus isolante ?
Quel avantage pratique la solution B présente-t-elle sur un chantier d'agencement ?
Solution A : R = 0,10 / 0,035 ≈ 2,86 m²·K/W → U = 0,35 W/(m²·K)
Solution B : R = 0,06 / 0,024 = 2,50 m²·K/W → U = 0,40 W/(m²·K)
La solution A est légèrement plus isolante (R plus grand, U plus petit).
La solution B (polyuréthane) est deux fois moins épaisse (6 cm vs 10 cm), ce qui libère de la hauteur sous plafond et peut être décisif dans un bureau d'accueil bas de plafond.
ApprofondissementExercice 5 — Optimisation d'une paroi : trouver l'épaisseur nécessaire
Un technicien d'agencement conçoit la paroi séparative d'un showroom. Le cahier des charges impose un coefficient U ≤ 0,25 W/(m²·K). La paroi comprend :
Plaque de plâtre côté A : e = 1,3 cm, λ = 0,25 W/(m·K)
Laine de roche (épaisseur x à déterminer) : λ = 0,038 W/(m·K)
Plaque de plâtre côté B : e = 1,3 cm, λ = 0,25 W/(m·K)
Exprimer R_total en fonction de x (en m).
À partir de la condition U ≤ 0,25, établir l'inégalité sur R_total.
En déduire l'épaisseur minimale x de laine de roche (en cm).
Quel panneau standard (en cm) le technicien doit-il commander parmi les épaisseurs disponibles : 6, 8, 10, 12, 15 cm ?
Temps de retour : 2 400 / 352 ≈ 6,8 ans, soit environ 7 ans.
SocleExercice 7 — Classer les matériaux (guidé)
À l'aide du tableau des conductivités thermiques du cours, classer les matériaux suivants du plus isolant au moins isolant :
Béton — Laine de verre — Bois massif — Plaque de plâtre — Acier
Rappel : plus λ est faible, plus le matériau est isolant.
Correction :
Du plus isolant au moins isolant : Laine de verre (0,035) → Bois massif (0,12) → Plaque de plâtre (0,25) → Béton (1,75) → Acier (50)
SocleExercice 8 — Calcul de R pour une seule couche (guidé)
Un panneau de bois massif a une épaisseur de 40 mm et une conductivité λ = 0,15 W/(m·K).
Étape 1 : Convertir l'épaisseur en mètres : e = 40 mm = … m Étape 2 : Appliquer R = e / λ = … / … = … m²·K/W Étape 3 : Ce panneau est-il un bon isolant ? Comparer avec R d'une laine de verre de même épaisseur (λ = 0,035).
Correction :
Étape 1 : e = 0,040 m
Étape 2 : R = 0,040 / 0,15 = 0,267 m²·K/W
Étape 3 : Laine de verre même épaisseur : R = 0,040 / 0,035 = 1,143 m²·K/W.
La laine de verre est 4,3 fois plus isolante que le bois à épaisseur égale. Le bois seul n'est pas un bon isolant.
StandardExercice 9 — Paroi d'une salle de bain agencée
Un menuisier agenceur habille le mur d'une salle de bain. La paroi est composée de (ext. → int.) :
Parpaing creux : e = 20 cm, λ = 1,10 W/(m·K)
Polystyrène expansé : e = 8 cm, λ = 0,038 W/(m·K)
Panneau hydrofuge : e = 12 mm, λ = 0,20 W/(m·K)
Carrelage : e = 8 mm, λ = 1,00 W/(m·K)
1. Calculer la résistance thermique de chaque couche. 2. Calculer Rtotal et U. 3. Quelle couche contribue le plus à l'isolation ? Quel pourcentage de Rtotal représente-t-elle ?
Correction :
1. Parpaing : R = 0,20/1,10 = 0,182 ; Polystyrène : R = 0,08/0,038 = 2,105 ; Panneau : R = 0,012/0,20 = 0,060 ; Carrelage : R = 0,008/1,00 = 0,008
2. Rtotal = 0,182 + 2,105 + 0,060 + 0,008 = 2,355 m²·K/W → U = 1/2,355 = 0,425 W/(m²·K)
3. Le polystyrène contribue à 2,105/2,355 = 89,4 % de la résistance thermique totale.
ApprofondissementExercice 10 — Comparer deux solutions d'isolation
Pour isoler un mur béton de 20 cm (λ = 1,75), un architecte propose deux solutions :
Solution A
Solution B
Isolant
Laine de verre (λ = 0,035)
Polyuréthane (λ = 0,022)
Épaisseur isolant
12 cm
8 cm
Finition
BA13 (1,3 cm, λ = 0,25)
BA13 (1,3 cm, λ = 0,25)
Prix total
35 €/m²
55 €/m²
1. Calculer Rtotal et U pour chaque solution. 2. Quelle solution est la plus performante thermiquement ? 3. Quelle épaisseur totale de paroi obtient-on dans chaque cas ? Quel est l'avantage de la solution B pour un petit local ? 4. Pour un mur de 25 m², calculer le surcoût de la solution B et l'économie annuelle de chauffage (ΔT = 20 °C, 10 h/jour, 180 jours, 0,25 €/kWh). La solution B vaut-elle le surcoût ?
Correction :
1.
Solution A : R = 0,20/1,75 + 0,12/0,035 + 0,013/0,25 = 0,114 + 3,429 + 0,052 = 3,595 → U = 0,278 W/(m²·K)
Solution B : R = 0,114 + 0,08/0,022 + 0,052 = 0,114 + 3,636 + 0,052 = 3,802 → U = 0,263 W/(m²·K)
2. Solution B est légèrement meilleure (U = 0,263 vs 0,278).
3. Solution A : 20 + 12 + 1,3 = 33,3 cm. Solution B : 20 + 8 + 1,3 = 29,3 cm. La solution B fait gagner 4 cm d'espace intérieur, précieux dans un petit local.
4. Surcoût : 25 × (55 − 35) = 500 €.
Φ_A = 0,278 × 25 × 20 = 139 W ; Φ_B = 0,263 × 25 × 20 = 131,5 W
Différence : 7,5 W → énergie : 0,0075 × 10 × 180 = 13,5 kWh → économie : 13,5 × 0,25 = 3,38 €/an
Retour sur investissement : 500 / 3,38 = 148 ans. Le surcoût n'est pas justifié thermiquement, mais il l'est si on a besoin de gagner de l'espace.