Contexte professionnel — Conseiller un propriétaire avant rénovation
Un technicien en rénovation énergétique est appelé par un propriétaire qui souhaite louer son appartement. Le logement est aujourd'hui classé F au DPE (diagnostic de performance énergétique), c'est-à-dire une « passoire énergétique ». En 2026, les logements classés G ne peuvent plus être proposés à la location lors d'un nouveau bail ou d'un renouvellement ; les logements F restent louables sous conditions, mais sont notamment concernés par le gel des loyers et par l'échéance de 2028.
Le technicien relève les informations du dernier diagnostic : surface habitable 90 m², consommation conventionnelle d'énergie primaire 32 400 kWh/an et émissions de gaz à effet de serre 55 kg CO₂e/m²/an. Il doit :
vérifier la classe actuelle du logement ;
répondre au propriétaire : « De combien faut-il réduire la consommation pour que mon logement ne soit plus une passoire ? »
Définition — Consommation d'énergie primaire
Dans le modèle simplifié des exercices, on ramène une consommation conventionnelle d'énergie primaire à 1 m² de surface habitable sur 1 an :
\[ C = \frac{E_{\text{annuelle}}}{S} \]
\(C\) : consommation en kWh/m²/an
\(E_{\text{annuelle}}\) : énergie consommée sur 1 an en kWh
\(S\) : surface habitable en m²
Plus \(C\) est faible, plus le logement est économe. Dans un DPE réel, la consommation conventionnelle est obtenue par la méthode réglementaire 3CL-DPE : elle ne se confond pas directement avec la facture ou un simple relevé de compteur.
Propriété — Double seuil du DPE (A à G)
La classe finale est la moins bonne des deux classes obtenues avec la consommation d'énergie primaire \(C\) (critère énergie) et les émissions de gaz à effet de serre \(G\) en kg CO₂e/m²/an (critère climat). Par exemple, une classe énergie C associée à une classe climat E donne un DPE final E. Un logement de classe F ou G est une passoire énergétique.
Classe
Énergie primaire \(C\) (kWh/m²/an)
Émissions \(G\) (kg CO₂e/m²/an)
A
moins de 70
moins de 6
B
de 70 à moins de 110
de 6 à moins de 11
C
de 110 à moins de 180
de 11 à moins de 30
D
de 180 à moins de 250
de 30 à moins de 50
E
de 250 à moins de 330
de 50 à moins de 70
F
de 330 à moins de 420
de 70 à moins de 100
G
420 ou plus
100 ou plus
Une valeur égale à une limite va dans la classe la moins bonne : 70 kWh/m²/an donne la classe B, pas A.
Attention : ce tableau est celui du cas général. Depuis le 1er juillet 2024, des seuils adaptés s'appliquent aux logements dont la surface de référence est inférieure ou égale à 40 m² ; il faut alors utiliser l'attestation ou le simulateur officiel.
Méthode — De quoi dépend la classe d'un logement ?
Deux leviers principaux font baisser la consommation \(C\) :
L'isolation (murs, toiture, fenêtres) : elle réduit les déperditions, donc l'énergie nécessaire au chauffage.
Le mode de chauffage : une pompe à chaleur de coefficient de performance 3 fournit 3 kWh de chaleur pour 1 kWh consommé, divisant fortement l'énergie facturée par rapport à un convecteur électrique classique.
3. Exemple complet — Une maison de 120 m²
Calcul de la classe d'une maison
Données : \(E_{\text{annuelle}} = 30\,000\) kWh, \(S = 120\) m² et \(G = 28\) kg CO₂e/m²/an.
\[ C = \frac{E_{\text{annuelle}}}{S} = \frac{30\,000}{120} = 250 \; \text{kWh/m}^2\text{/an} \]
250 n'est pas « moins de 250 » : il est dans la ligne « de 250 à moins de 330 », donc le critère énergie est E. Avec \(G = 28\), le critère climat est C. La moins bonne lettre est E : le DPE final est donc E.
Une valeur pile sur une limite passe dans la classe la moins bonne : 250 kWh/m²/an donne E, pas D.
4. L'étiquette énergie en escalier
Étiquette énergie du DPE, vue de face : sept barres en escalier, de A (vert, logement économe) à G (rouge). À droite de chaque barre, les limites de la consommation C en kWh/m²/an. Le curseur noir place la maison de l'exemple : 250 kWh/m²/an, classe E.
5. Exercices
SocleExercice 1 — Calculer la consommation
Exemple — sur d'autres valeurs Un appartement de 45 m² consomme 9 900 kWh par an et émet 12 kg CO₂e/m²/an : C = 9 900 ÷ 45 = 220 kWh/m²/an, donc énergie D. Avec 12, le climat est C. La moins bonne lettre donne la classe finale D.
À toi de jouer.
Un appartement a une surface \(S = 50\) m², une consommation conventionnelle \(E_{\text{annuelle}} = 7\,500\) kWh par an et des émissions \(G = 8\) kg CO₂e/m²/an.
Écrire la formule qui donne la consommation \(C\).
Calculer \(C\).
Donner la classe énergie, la classe climat et la classe finale.
\(C = E_{\text{annuelle}} / S\)
\(C = 7\,500 / 50 = 150\) kWh/m²/an
150 est dans « de 110 à moins de 180 » : énergie C. 8 est dans « de 6 à moins de 11 » : climat B. La moins bonne lettre donne la classe finale C.
SocleExercice 2 — Trouver la classe avec le tableau
Exemple — sur d'autres valeurs C = 110 et G = 40 : 110 n'est pas « moins de 110 », donc énergie C. Avec 40, le climat est D. La classe finale est D.
À toi de jouer.
Voici les valeurs de quatre logements.
Logement
\(C\) (kWh/m²/an)
\(G\) (kg CO₂e/m²/an)
Classe finale
A
180
9
……
B
95
22
……
C
380
55
……
D
60
6
……
Compléter la colonne « Classe finale » à l'aide du tableau des classes du cours.
Quels logements sont des passoires énergétiques ?
Logement A : énergie D (180 n'est pas « moins de 180 ») et climat B → classe finale D.
Logement B : énergie B et climat C → classe finale C.
Logement C : énergie F et climat E → classe finale F.
Logement D : énergie A et climat B (6 n'est pas « moins de 6 ») → classe finale B.
Seul le logement C (classe F) est une passoire énergétique.
StandardExercice 3 — Avant / après travaux
Exemple — sur d'autres valeurs Une maison de 80 m² passe de 28 000 à 12 000 kWh par an, et ses émissions de 40 à 20 kg CO₂e/m²/an. Avant : 28 000 ÷ 80 = 350, énergie F, climat D, classe finale F. Après : 12 000 ÷ 80 = 150, énergie C, climat C, classe finale C. De F à C, elle gagne 3 classes.
À toi de jouer.
Un technicien en rénovation énergétique étudie un pavillon de \(S = 100\) m². Avant travaux, il consomme \(39\,000\) kWh/an et émet 45 kg CO₂e/m²/an.
Calculer la consommation \(C\) avant travaux et donner la classe finale.
Après isolation de la toiture et des murs, la consommation tombe à \(20\,000\) kWh/an et les émissions à 18 kg CO₂e/m²/an. Calculer la nouvelle consommation \(C'\) et donner la nouvelle classe finale.
Combien de classes le logement a-t-il gagné ? Est-il encore une passoire ?
\(C = 39\,000 / 100 = 390\) kWh/m²/an → énergie F ; 45 → climat D ; classe finale F (passoire).
\(C' = 20\,000 / 100 = 200\) kWh/m²/an → énergie D ; 18 → climat C ; classe finale D.
De F à D : le logement gagne 2 classes. Il n'est plus une passoire.
StandardExercice 4 — Effet de la pompe à chaleur
Exemple — sur d'autres valeurs Une maison de 80 m² consomme 24 000 kWh par an, dont 15 000 kWh pour le chauffage. Une pompe à chaleur divise le chauffage par 3 : 15 000 ÷ 3 = 5 000 kWh. Le reste ne change pas : 24 000 − 15 000 = 9 000 kWh. Total : 5 000 + 9 000 = 14 000 kWh, soit 14 000 ÷ 80 = 175 kWh/m²/an.
À toi de jouer.
Un appartement de \(S = 75\) m² est chauffé par des convecteurs électriques. Sa consommation conventionnelle vaut \(24\,750\) kWh/an et ses émissions 13 kg CO₂e/m²/an.
Calculer \(C\) et donner la classe finale.
Le propriétaire remplace les convecteurs par une pompe à chaleur. Pour cet exercice, on suppose qu'elle divise par 3 l'énergie de chauffage. Le chauffage représentait \(18\,000\) kWh des \(24\,750\) kWh ; le reste ne change pas. Calculer la nouvelle énergie annuelle totale.
Les émissions passent à 6 kg CO₂e/m²/an. Calculer la nouvelle consommation \(C'\) et donner la nouvelle classe finale.
\(C = 24\,750 / 75 = 330\) kWh/m²/an. 330 n'est pas « moins de 330 » : énergie F. 13 → climat C. Classe finale F (passoire).
Chauffage avec la pompe à chaleur : \(18\,000 / 3 = 6\,000\) kWh. Reste inchangé : \(24\,750 - 18\,000 = 6\,750\) kWh. Total : \(6\,000 + 6\,750 = 12\,750\) kWh/an.
\(C' = 12\,750 / 75 = 170\) kWh/m²/an → énergie C ; 6 → climat B ; classe finale C. Le logement gagne 3 classes et n'est plus une passoire.
ApprofondissementExercice 5 — Sortir du statut de passoire
Exemple — sur d'autres valeurs Un logement de 70 m² consomme 21 000 kWh par an et vise la classe D : il faut C < 250. 250 × 70 = 17 500 : l'énergie doit rester sous 17 500 kWh/an. Il faut baisser de plus de 21 000 − 17 500 = 3 500 kWh, soit plus de 3 500 ÷ 21 000 × 100 ≈ 16,7 %.
À toi de jouer.
On reprend le logement de la mise en situation : \(S = 90\) m², \(E = 32\,400\) kWh/an, \(G = 55\) kg CO₂e/m²/an. Pour ne plus être une passoire, il doit atteindre au moins la classe finale E.
Calculer \(C\) et vérifier que la classe finale actuelle est F.
Pour la classe E, sous quelle limite \(C\) doit-il rester ? Et \(G\) ? Le critère climat est-il déjà satisfait ?
En déduire la limite d'énergie annuelle \(E\) à ne pas atteindre pour ce logement de 90 m².
De combien faut-il réduire la consommation, au minimum, en kWh puis en % ? Répondre à la question du propriétaire.
\(C = 32\,400 / 90 = 360\) kWh/m²/an → énergie F (de 330 à moins de 420) ; 55 → climat E ; classe finale F.
Classe E : \(C\) doit rester sous 330 kWh/m²/an et \(G\) sous 70 kg CO₂e/m²/an. Avec \(G = 55\), le critère climat est déjà satisfait.
\(330 \times 90 = 29\,700\) : l'énergie annuelle doit descendre sous 29 700 kWh/an.
\(32\,400 - 29\,700 = 2\,700\) kWh : il faut réduire la consommation de plus de 2 700 kWh, soit plus de \(2\,700 / 32\,400 \times 100 \approx\) 8,3 %. Ce calcul fixe un objectif ; seul un nouveau DPE certifie la classe après travaux.