Chapitre 5 – Évolution temporelle : loi de vitesse d'ordre 1
Thème 1 : Constitution et transformations de la matière | Physique-Chimie | Terminale générale (spécialité)
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026
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Objectifs du chapitre :
Définir la vitesse volumique de disparition d'un réactif
Établir une loi de vitesse d'ordre 1 : \(v=k\,[A]\) et identifier la constante de vitesse \(k\)
Écrire l'équation différentielle du premier ordre et vérifier que \([A](t)=[A]_0\,e^{-kt}\) en est la solution
Relier le temps de demi-réaction et la constante de vitesse : \(t_{1/2}=\dfrac{\ln 2}{k}\)
Exploiter le temps caractéristique \(\tau=\dfrac{1}{k}\)
Discuter l'influence de la température sur \(k\)
Résoudre numériquement l'équation différentielle (méthode d'Euler) et comparer à la solution analytique
Situation. Un flacon d'eau oxygénée acheté en pharmacie perd peu à peu son efficacité : le peroxyde d'hydrogène \(H_2O_2\) qu'il contient se décompose lentement en eau et en dioxygène. De même, un principe actif dans un médicament, un colorant sous l'effet de la lumière, ou un noyau radioactif dans un traceur médical voient leur concentration diminuer au cours du temps. Une question revient sans cesse : en combien de temps la moitié du produit aura-t-elle disparu ? Pour y répondre, on ne se contente plus de prévoir l'état final (chapitres précédents) : on décrit la façon dont le système évolue à chaque instant. C'est l'objet de la cinétique chimique, et le cas le plus important est celui d'une transformation qui suit une loi de vitesse d'ordre 1.
1. La vitesse d'une réaction chimique
Une transformation chimique ne se produit pas toujours instantanément : certaines sont explosives, d'autres durent des heures, des jours ou des siècles. Pour comparer ces évolutions, on a besoin d'une grandeur qui mesure à quelle vitesse un réactif est consommé. On considère une transformation modélisée par la réaction \(A\rightarrow\) produits, en solution, dans un récipient de volume \(V\) constant. On note \([A]\) la concentration du réactif \(A\), exprimée en \(\text{mol}\cdot L^{-1}\).
Définition — vitesse volumique de disparition
La vitesse volumique de disparition du réactif \(A\) est la diminution de sa concentration par unité de temps :
\(v=-\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}\)
Elle s'exprime en \(\text{mol}\cdot L^{-1}\cdot s^{-1}\). Le signe « moins » rend \(v\) positive, car \([A]\) diminue au cours du temps (sa dérivée est négative).
Graphiquement, la concentration \([A]\) décroît au fil du temps. La vitesse à un instant \(t\) se lit comme l'opposé de la pente de la tangente à la courbe \([A](t)\) en ce point. Au début, la courbe descend fortement : la vitesse est grande. Plus tard, la courbe s'aplatit : la vitesse diminue. La réaction ralentit d'elle-même à mesure que le réactif s'épuise.
La concentration du réactif décroît ; la vitesse à un instant est l'opposé de la pente de la tangente (ici tracée à l'instant initial).
2. La loi de vitesse d'ordre 1
L'expérience montre que, pour de nombreuses transformations, la vitesse de disparition n'est pas constante : elle est d'autant plus grande que le réactif est concentré. Le cas le plus fréquent et le plus simple est celui où la vitesse est directement proportionnelle à la concentration du réactif. On dit alors que la réaction admet une loi de vitesse d'ordre 1.
Définition — loi de vitesse d'ordre 1
Une transformation suit une loi de vitesse d'ordre 1 par rapport au réactif \(A\) lorsque sa vitesse volumique de disparition est proportionnelle à la concentration de \(A\) :
\(v=k\,[A]\)
\(k\) est la constante de vitesse de la réaction. Elle est toujours positive et dépend de la nature de la réaction et de la température.
Unité de la constante de vitesse \(k\)
Pour un ordre 1, \(v\) s'exprime en \(\text{mol}\cdot L^{-1}\cdot s^{-1}\) et \([A]\) en \(\text{mol}\cdot L^{-1}\). D'après \(k=\dfrac{v}{[A]}\), l'unité de \(k\) est :
La constante de vitesse d'un ordre 1 est l'inverse d'un temps : elle s'exprime en \(s^{-1}\). C'est une propriété caractéristique de l'ordre 1.
Méthode — reconnaître un ordre 1 à partir de mesures
On dispose de couples de valeurs \([A]\) et de la vitesse \(v\) correspondante (lue comme pente de tangente).
On calcule le rapport \(\dfrac{v}{[A]}\) pour chaque couple.
Si ce rapport reste constant, la réaction est d'ordre 1 et cette valeur constante est la constante de vitesse \(k\).
Mini-exercice 1. Une réaction d'ordre 1 a une constante de vitesse \(k=4{,}0\times10^{-3}\ s^{-1}\). À un instant où \([A]=0{,}20\ \text{mol}\cdot L^{-1}\), quelle est la vitesse volumique de disparition ?
On applique \(v=k\,[A]=4{,}0\times10^{-3}\times0{,}20\).
\(v=8{,}0\times10^{-4}\ \text{mol}\cdot L^{-1}\cdot s^{-1}\). Quand \([A]\) diminuera de moitié, cette vitesse sera elle aussi divisée par deux : la réaction ralentit.
Mini-exercice 2. Pour une transformation, on mesure : quand \([A]=0{,}50\ \text{mol}\cdot L^{-1}\), \(v=1{,}5\times10^{-3}\ \text{mol}\cdot L^{-1}\cdot s^{-1}\) ; quand \([A]=0{,}20\ \text{mol}\cdot L^{-1}\), \(v=0{,}60\times10^{-3}\). Cette réaction est-elle d'ordre 1 ? Si oui, donner \(k\).
On teste le rapport \(v/[A]\) :
\(\dfrac{1{,}5\times10^{-3}}{0{,}50}=3{,}0\times10^{-3}\ s^{-1}\) et \(\dfrac{0{,}60\times10^{-3}}{0{,}20}=3{,}0\times10^{-3}\ s^{-1}\).
Le rapport est constant : la réaction est bien d'ordre 1, avec \(k=3{,}0\times10^{-3}\ s^{-1}\).
3. L'équation différentielle et sa solution
Les deux relations précédentes décrivent la même vitesse : la définition \(v=-\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}\) et la loi d'ordre 1 \(v=k[A]\). En les égalant, on obtient une équation différentielle qui gouverne l'évolution de la concentration au cours du temps.
Équation différentielle du premier ordre
En écrivant \(-\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}=k\,[A]\), on obtient :
\(\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}=-k\,[A]\)
C'est une équation différentielle linéaire du premier ordre. Elle traduit une idée simple : la vitesse à laquelle \([A]\) varie est proportionnelle à \([A]\) lui-même. Une telle équation admet une solution unique une fois fixée la concentration initiale \([A]_0\) (à \(t=0\)).
Solution : décroissance exponentielle
La solution de l'équation \(\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}=-k\,[A]\) vérifiant \([A](0)=[A]_0\) est :
\([A](t)=[A]_0\,e^{-kt}\)
La concentration décroît de façon exponentielle : elle part de \([A]_0\), diminue rapidement au début, puis de plus en plus lentement, sans jamais atteindre exactement zéro.
Vérifier qu'une fonction est solution. On n'a pas besoin de savoir « résoudre » l'équation : il suffit de dériver la solution proposée et de la réinjecter dans l'équation. Dérivons \([A](t)=[A]_0\,e^{-kt}\). La dérivée de \(e^{-kt}\) est \(-k\,e^{-kt}\), donc :
Démonstration. On pose \([A](t)=[A]_0\,e^{-kt}\).
Sa dérivée : \(\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}=[A]_0\times(-k)\,e^{-kt}=-k\,\big([A]_0\,e^{-kt}\big)=-k\,[A](t)\).
On retrouve exactement \(\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}=-k\,[A]\) : l'équation est vérifiée. De plus, à \(t=0\), \(e^{0}=1\) donc \([A](0)=[A]_0\) : la condition initiale est bien respectée. La fonction est donc la solution du problème.
Mini-exercice 3. Une espèce se décompose selon un ordre 1 avec \(k=2{,}0\times10^{-3}\ s^{-1}\) et \([A]_0=0{,}50\ \text{mol}\cdot L^{-1}\). Quelle est sa concentration après \(t=1000\ s\) ? (On donne \(e^{-2}=0{,}135\).)
On calcule d'abord l'exposant : \(-k\,t=-2{,}0\times10^{-3}\times1000=-2{,}0\).
\([A]=0{,}068\ \text{mol}\cdot L^{-1}\). En \(1000\ s\), il ne reste plus que \(13{,}5\ \%\) du réactif initial.
4. Le temps de demi-réaction \(t_{1/2}\)
La courbe exponentielle possède une propriété remarquable qui la rend très facile à exploiter. Comme la concentration ne s'annule jamais complètement, on ne peut pas parler de « durée totale » de la réaction. En revanche, on peut toujours mesurer la durée nécessaire pour que la moitié du réactif ait disparu : c'est le temps de demi-réaction.
Définition — temps de demi-réaction
Le temps de demi-réaction \(t_{1/2}\) est la durée au bout de laquelle la concentration du réactif a été divisée par deux par rapport à sa valeur initiale : \([A](t_{1/2})=\dfrac{[A]_0}{2}\).
Relation entre \(t_{1/2}\) et \(k\)
Pour une réaction d'ordre 1 :
\(t_{1/2}=\dfrac{\ln 2}{k}\)
Ce temps de demi-réaction est indépendant de la concentration initiale \([A]_0\) : c'est une signature de l'ordre 1. Que l'on parte d'une solution concentrée ou diluée, la moitié disparaît toujours dans le même temps.
Démonstration. On cherche \(t_{1/2}\) tel que \([A]_0\,e^{-k\,t_{1/2}}=\dfrac{[A]_0}{2}\).
On simplifie par \([A]_0\) (qui disparaît — d'où l'indépendance vis-à-vis de \([A]_0\)) : \(e^{-k\,t_{1/2}}=\dfrac{1}{2}\).
On applique le logarithme népérien : \(-k\,t_{1/2}=\ln\!\Big(\dfrac{1}{2}\Big)=-\ln 2\).
D'où \(t_{1/2}=\dfrac{\ln 2}{k}\) avec \(\ln 2\approx0{,}693\).
Cette division par deux se répète : après un deuxième temps de demi-réaction, il reste la moitié de la moitié, soit \(\dfrac{[A]_0}{4}\) ; après trois, \(\dfrac{[A]_0}{8}\), et ainsi de suite. C'est exactement le comportement de la désintégration radioactive, où \(t_{1/2}\) porte le nom de demi-vie.
Chaque temps de demi-réaction \(t_{1/2}\) divise la concentration restante par deux, quelle que soit la valeur de départ.
Mini-exercice 4. Reprenons \(k=2{,}0\times10^{-3}\ s^{-1}\). Calculer le temps de demi-réaction. Puis, sachant qu'on part de \([A]_0=0{,}50\ \text{mol}\cdot L^{-1}\), donner la concentration après deux temps de demi-réaction.
\(t_{1/2}=\dfrac{\ln 2}{k}=\dfrac{0{,}693}{2{,}0\times10^{-3}}\approx347\ s\) (soit environ \(3{,}5\times10^{2}\ s\), un peu moins de 6 minutes).
Après \(2\,t_{1/2}\), la concentration a été divisée par \(2\times2=4\) : \([A]=\dfrac{0{,}50}{4}=0{,}125\ \text{mol}\cdot L^{-1}\).
Mini-exercice 5. Un traceur radioactif utilisé en imagerie médicale a un temps de demi-réaction (demi-vie) \(t_{1/2}=6{,}0\ \text{h}\). Quelle fraction du traceur reste-t-il après 18 heures ?
À chaque \(t_{1/2}\), on divise par deux : après \(3\,t_{1/2}\), il reste \(\Big(\dfrac{1}{2}\Big)^3=\dfrac{1}{8}\) du traceur, soit \(12{,}5\ \%\). C'est pourquoi on choisit des traceurs à demi-vie courte : ils disparaissent vite de l'organisme.
5. Le temps caractéristique \(\tau\)
À côté du temps de demi-réaction, on définit une autre durée très utile pour estimer « combien de temps dure » l'évolution : le temps caractéristique, noté \(\tau\) (lettre grecque « tau »). Il apparaît naturellement dans l'exponentielle.
Définition — temps caractéristique
Le temps caractéristique d'une réaction d'ordre 1 est l'inverse de la constante de vitesse :
\(\tau=\dfrac{1}{k}\qquad(\text{en s, car }k\text{ est en }s^{-1})\)
Avec cette notation, la solution s'écrit de façon très parlante : \([A](t)=[A]_0\,e^{-t/\tau}\).
Interprétations de \(\tau\)
Au bout d'une durée \(t=\tau\), la concentration vaut \([A]_0\,e^{-1}\approx0{,}37\,[A]_0\) : il reste environ 37 % du réactif.
La tangente à l'origine de la courbe \([A](t)\) coupe l'axe des temps précisément à \(t=\tau\) : c'est une lecture graphique commode.
Après environ \(t=5\tau\), il reste moins de \(1\ \%\) du réactif : on considère la transformation pratiquement terminée.
Attention à ne pas confondre \(\tau\) et \(t_{1/2}\) : ce sont deux durées différentes mais toutes deux proportionnelles à \(\dfrac{1}{k}\). On passe de l'une à l'autre par \(t_{1/2}=\tau\,\ln 2\approx0{,}69\,\tau\). Le temps de demi-réaction est donc toujours plus court que le temps caractéristique.
La tangente à l'origine coupe l'axe des temps en \(t=\tau\) ; en \(t=\tau\), il reste environ 37 % du réactif.
6. Influence de la température sur la constante de vitesse
La constante de vitesse \(k\) n'est pas figée : elle augmente fortement avec la température. C'est une observation de la vie courante : on conserve les aliments au réfrigérateur pour ralentir les réactions de dégradation, et on chauffe une casserole pour accélérer la cuisson. À l'échelle microscopique, une température plus élevée signifie des molécules plus agitées, qui se rencontrent plus souvent et avec plus d'énergie : les chocs efficaces sont plus nombreux, donc la réaction va plus vite.
Effet d'une hausse de température
Lorsque la température augmente, \(k\) augmente. Comme \(v=k[A]\), la vitesse augmente à concentration égale ; comme \(t_{1/2}=\dfrac{\ln 2}{k}\) et \(\tau=\dfrac{1}{k}\), le temps de demi-réaction et le temps caractéristique diminuent : la transformation est plus rapide et se termine plus tôt.
Sur un graphique, deux expériences menées avec la même concentration initiale mais à deux températures différentes donnent deux courbes exponentielles : celle réalisée à la température la plus élevée descend plus vite.
Même concentration de départ : à température plus élevée (\(T_2\gt T_1\)), \(k\) est plus grand et la concentration chute plus vite.
Mini-exercice 6. On place l'eau oxygénée d'un flacon au réfrigérateur plutôt qu'à température ambiante. Le temps de demi-réaction de sa décomposition augmente-t-il ou diminue-t-il ? Justifier.
Au froid, la température baisse, donc \(k\) diminue. Or \(t_{1/2}=\dfrac{\ln 2}{k}\) : quand \(k\) diminue, \(t_{1/2}\) augmente. La décomposition est ralentie et le flacon se conserve plus longtemps. C'est la raison pour laquelle on stocke l'eau oxygénée au frais et à l'abri de la lumière.
7. Résolution numérique : la méthode d'Euler
La solution \([A]_0\,e^{-kt}\) est dite analytique : c'est une formule exacte. Mais dans de nombreux problèmes réels, on ne connaît pas de formule aussi simple. On peut alors calculer l'évolution pas à pas à l'aide d'un ordinateur : c'est la méthode d'Euler. L'idée est d'avancer par petits intervalles de temps \(\Delta t\) (le « pas ») en supposant que, sur chaque intervalle, la vitesse reste constante.
Méthode — schéma d'Euler
On part de \([A]_0\) à \(t_0=0\) et on répète, à chaque étape \(n\) :
La variation de concentration pendant \(\Delta t\) vaut \(\Delta[A]=\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}\times\Delta t=-k\,[A]_n\,\Delta t\).
Nouvelle concentration : \([A]_{n+1}=[A]_n+\Delta[A]=[A]_n-k\,[A]_n\,\Delta t=[A]_n\,(1-k\,\Delta t)\).
Nouvel instant : \(t_{n+1}=t_n+\Delta t\). On recommence.
En Python, cela s'écrit en quelques lignes avec une boucle. On peut ensuite tracer les points obtenus et les comparer à la courbe exacte \([A]_0\,e^{-kt}\) :
k = 2.0e-3 # constante de vitesse (s^-1)
A = 0.50 # concentration initiale (mol/L)
dt = 50 # pas de temps (s)
t = 0
while t < 1000:
A = A - k * A * dt # schéma d'Euler
t = t + dt
print(t, A)
Exemple travaillé — trois premiers pas. On prend \(k=2{,}0\times10^{-3}\ s^{-1}\), \([A]_0=0{,}50\ \text{mol}\cdot L^{-1}\) et un pas \(\Delta t=100\ s\). Le facteur \(1-k\,\Delta t=1-2{,}0\times10^{-3}\times100=1-0{,}20=0{,}80\).
• Pas 1 (\(t=100\ s\)) : \([A]=0{,}50\times0{,}80=0{,}40\ \text{mol}\cdot L^{-1}\).
• Pas 2 (\(t=200\ s\)) : \([A]=0{,}40\times0{,}80=0{,}32\ \text{mol}\cdot L^{-1}\).
• Pas 3 (\(t=300\ s\)) : \([A]=0{,}32\times0{,}80=0{,}256\ \text{mol}\cdot L^{-1}\).
La solution exacte donne, à \(t=300\ s\) : \([A]=0{,}50\times e^{-0{,}6}=0{,}50\times0{,}549=0{,}274\ \text{mol}\cdot L^{-1}\). L'écart (\(0{,}256\) contre \(0{,}274\)) vient du pas : Euler sous-estime légèrement. Avec un pas plus petit, les deux courbes se rapprochent.
La méthode d'Euler (points rouges) approche la solution exacte (courbe bleue). Plus le pas \(\Delta t\) est petit, meilleure est l'approximation.
Mini-exercice 7. Avec \(k=1{,}0\times10^{-2}\ s^{-1}\), \([A]_0=0{,}80\ \text{mol}\cdot L^{-1}\) et un pas \(\Delta t=20\ s\), calculer par la méthode d'Euler la concentration après un seul pas.
Autre écriture : \(\Delta[A]=-k[A]_0\Delta t=-1{,}0\times10^{-2}\times0{,}80\times20=-0{,}16\), donc \([A]_1=0{,}80-0{,}16=0{,}64\ \text{mol}\cdot L^{-1}\). Les deux méthodes donnent le même résultat.
8. Applications
Où rencontre-t-on une loi de vitesse d'ordre 1 ?
Pharmacie et conservation : la décomposition du peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée) et la dégradation de nombreux principes actifs suivent une cinétique d'ordre 1. La date de péremption d'un médicament découle du temps mis pour perdre une fraction fixée du principe actif.
Médecine nucléaire : la désintégration radioactive est exactement d'ordre 1. La demi-vie \(t_{1/2}\) guide le choix d'un traceur (assez long pour l'examen, assez court pour disparaître de l'organisme).
Datation : la datation au carbone 14, d'un principe identique, permet de dater des vestiges archéologiques à partir de la loi de décroissance.
Agroalimentaire et environnement : ralentir les réactions de dégradation par le froid (réfrigération, congélation) revient à diminuer \(k\), donc à augmenter le temps de conservation.
Industrie chimique : dimensionner un réacteur, c'est estimer le temps nécessaire (via \(\tau\) et \(t_{1/2}\)) pour transformer une fraction voulue du réactif.
Erreurs fréquentes
❌ Oublier le signe « moins » dans \(v=-\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}\) → ✅ la vitesse de disparition est positive parce que \([A]\) diminue ; le signe « moins » compense la dérivée négative.
❌ Donner à \(k\) une unité de \(\text{mol}\cdot L^{-1}\cdot s^{-1}\) → ✅ pour un ordre 1, \(k\) est en \(s^{-1}\) (inverse d'un temps).
❌ Croire que \(t_{1/2}\) dépend de la concentration initiale → ✅ pour l'ordre 1, \(t_{1/2}=\dfrac{\ln 2}{k}\) est indépendant de \([A]_0\).
❌ Confondre le temps caractéristique et le temps de demi-réaction → ✅ \(\tau=\dfrac{1}{k}\) alors que \(t_{1/2}=\dfrac{\ln 2}{k}\approx0{,}69\,\tau\) ; \(t_{1/2}\) est plus court que \(\tau\).
❌ Penser que la concentration finit par s'annuler → ✅ l'exponentielle tend vers \(0\) sans jamais l'atteindre ; on considère la réaction « terminée » vers \(5\tau\).
❌ Oublier de multiplier par le pas \(\Delta t\) dans la méthode d'Euler → ✅ \([A]_{n+1}=[A]_n-k\,[A]_n\,\Delta t\), la variation est proportionnelle à \(\Delta t\).
À retenir
Vitesse volumique de disparition : \(v=-\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}\) (en \(\text{mol}\cdot L^{-1}\cdot s^{-1}\)).
Loi d'ordre 1 : \(v=k\,[A]\), avec \(k\) en \(s^{-1}\) (constante de vitesse).
Équation différentielle : \(\dfrac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}=-k\,[A]\), de solution \([A](t)=[A]_0\,e^{-kt}\) (décroissance exponentielle).
Temps de demi-réaction : \(t_{1/2}=\dfrac{\ln 2}{k}\), indépendant de \([A]_0\).
Temps caractéristique : \(\tau=\dfrac{1}{k}\) ; en \(t=\tau\) il reste \(\approx37\ \%\) ; \(t_{1/2}=\tau\ln 2\).
Quand \(T\) augmente, \(k\) augmente : la réaction est plus rapide (\(t_{1/2}\) et \(\tau\) diminuent).
Méthode d'Euler : \([A]_{n+1}=[A]_n-k\,[A]_n\,\Delta t\) approche la solution exacte (d'autant mieux que \(\Delta t\) est petit).