Thème 1 : Constitution et transformations de la matière | Physique-Chimie | Terminale générale (spécialité)
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026
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Objectifs du chapitre :
Distinguer une transformation lente d'une transformation rapide.
Identifier les facteurs cinétiques (concentration des réactifs, température) et les interpréter à l'échelle microscopique (fréquence et efficacité des chocs).
Définir et calculer une vitesse volumique de disparition d'un réactif ou de formation d'un produit.
Exploiter un suivi temporel : lire une vitesse sur la tangente à la courbe \(c=f(t)\), suivre l'évolution de la vitesse.
Déterminer un temps de demi-réaction \(t_{1/2}\).
Modéliser numériquement l'évolution d'une concentration \(c=f(t)\) par une méthode pas-à-pas (tableur ou Python).
Décrire le rôle d'un catalyseur et distinguer catalyse homogène, hétérogène et enzymatique.
Situation. Deux réactions peuvent conduire au même résultat, mais pas à la même vitesse. Une bûche mise au feu brûle en quelques minutes ; la même essence de bois laissée dehors se décompose lentement en plusieurs années. Sous le capot d'une voiture, le pot catalytique transforme des gaz toxiques (monoxyde de carbone, oxydes d'azote) en gaz moins nocifs — mais seulement parce qu'un métal accélère la réaction : sans lui, elle serait bien trop lente pour être utile. Dans notre corps, des milliers de réactions ne se produisent à la bonne vitesse que grâce à des enzymes. La cinétique chimique étudie précisément la durée d'une transformation et les moyens de la contrôler : la ralentir (conservation des aliments au froid) ou l'accélérer (catalyseur, chauffage).
1. Transformations lentes et transformations rapides
Définition
Une transformation chimique est dite rapide lorsqu'elle paraît instantanée à notre échelle : l'état final est atteint en un temps trop court pour être perçu (une fraction de seconde). Elle est dite lente lorsque son évolution est perceptible et s'étale sur une durée mesurable (secondes, minutes, heures, voire jours).
Exemples.
Transformations rapides
Transformations lentes
Réaction acide–base (neutralisation)
Formation de la rouille (oxydation du fer)
Précipitation \(Ag^{+}+Cl^{-}\rightarrow AgCl\)
Oxydation des ions iodure par l'eau oxygénée
Explosion, combustion vive
Fermentation d'un jus de fruit en alcool
Attention — ne pas confondre « rapide » et « totale »
La vitesse d'une transformation (rapide/lente) et son avancement final (totale/limitée) sont deux notions indépendantes. Une réaction peut être lente et totale (la rouille finit par consommer tout le fer, mais lentement) ou rapide et limitée. La cinétique parle du « combien de temps », pas du « jusqu'où ».
Mini-exercice 1. Classer les transformations suivantes en « rapide » ou « lente » :
(a) l'explosion d'un mélange air–gaz ; (b) le vieillissement d'un vin en cave ; (c) la précipitation d'un dépôt blanc lorsqu'on verse des ions chlorure dans une solution de nitrate d'argent ; (d) le brunissement d'une pomme coupée laissée à l'air.
(a) rapide (quasi instantanée) — (b) lente (plusieurs années) — (c) rapide (précipité immédiat) — (d) lente (plusieurs minutes à heures, oxydation à l'air).
2. Les facteurs cinétiques
Définition
Un facteur cinétique est une grandeur qui, lorsqu'on la modifie, change la vitesse d'une transformation chimique. Les deux facteurs cinétiques au programme sont :
la concentration des réactifs : plus elle est grande, plus la transformation est rapide ;
la température du milieu : plus elle est élevée, plus la transformation est rapide.
2.1 Interprétation microscopique : la théorie des chocs
Propriété — condition pour réagir
Pour que deux entités (molécules, ions) réagissent, elles doivent d'abord se rencontrer : c'est un choc. Mais tous les chocs ne provoquent pas de réaction. Un choc est efficace (il donne des produits) seulement si les entités se heurtent avec une énergie suffisante et selon une orientation favorable. Les autres chocs sont inefficaces : les entités rebondissent sans changer.
Interprétation des facteurs cinétiques
Concentration ↑ : plus les réactifs sont concentrés, plus les entités sont nombreuses dans un même volume, donc les chocs sont plus fréquents → plus de chocs efficaces par seconde → vitesse plus grande.
Température ↑ : plus il fait chaud, plus les entités se déplacent vite. Les chocs sont alors à la fois plus fréquents et plus énergétiques : la proportion de chocs efficaces augmente fortement → vitesse plus grande.
Exemple — la règle des +10 °C. Pour de nombreuses réactions, une élévation de température d'environ \(10\;°\text{C}\) suffit à doubler la vitesse. C'est pourquoi on conserve les aliments au réfrigérateur (\(4\;°\text{C}\)) : on ralentit les réactions de dégradation. À l'inverse, la cuisson (\(180\;°\text{C}\)) accélère les transformations qui donnent goût et couleur.
Mini-exercice 2. On veut ralentir la réaction responsable de la coloration brune d'une pomme coupée. Proposer deux actions possibles, en justifiant par un facteur cinétique.
1) Refroidir la pomme (au réfrigérateur) : baisser la température diminue la fréquence et l'énergie des chocs → réaction plus lente. 2) Diluer / limiter le contact avec l'air (jus de citron, film plastique) : diminuer la concentration en réactif (le dioxygène de l'air) espace les chocs → réaction plus lente.
3. Vitesse d'une réaction chimique
Définition — vitesses volumiques
Au cours d'une transformation à volume \(V\) constant :
La vitesse volumique de disparition d'un réactif \(R\) est l'opposé de la variation de sa concentration par unité de temps :
\(v_{\text{disp}}(R)=-\dfrac{d[R]}{dt}\)
La vitesse volumique de formation d'un produit \(P\) est la variation de sa concentration par unité de temps :
\(v_{\text{form}}(P)=+\dfrac{d[P]}{dt}\)
Ces vitesses sont des grandeurs positives, exprimées en mol·L−1·s−1. Le signe « − » devant la vitesse de disparition compense la diminution de \([R]\) (dont la variation est négative), pour obtenir une vitesse positive.
Lecture graphique d'une vitesse
La vitesse à un instant \(t\) est la valeur absolue du coefficient directeur de la tangente à la courbe \(c=f(t)\) en ce point.
Pour un réactif, la courbe descend : la tangente a une pente négative, la vitesse de disparition vaut l'opposé de cette pente.
Pour un produit, la courbe monte : la tangente a une pente positive, égale à la vitesse de formation.
Méthode — déterminer une vitesse sur une courbe
Repérer l'instant \(t\) qui vous intéresse (souvent \(t=0\) pour la vitesse initiale).
Tracer la tangente à la courbe \(c=f(t)\) en ce point.
Choisir deux points bien lisibles de cette tangente et calculer sa pente \(\dfrac{\Delta c}{\Delta t}\).
La vitesse est la valeur absolue de cette pente ; l'exprimer en mol·L−1·s−1.
Exemple travaillé — lire la vitesse initiale. Sur le graphe ci-dessus, la tangente à l'origine à la courbe du réactif part du point \((0\;\text{s}\,;\,100\;\text{mmol·L}^{-1})\) et coupe l'axe des temps en \((50\;\text{s}\,;\,0)\). Sa pente vaut :
Mini-exercice 3. Un produit se forme au cours du temps. Sa tangente en \(t=0\) passe par \((0\;\text{s}\,;\,0\;\text{mol·L}^{-1})\) et \((20\;\text{s}\,;\,0{,}12\;\text{mol·L}^{-1})\). Calculer la vitesse initiale de formation de ce produit.
\(v_{\text{form}}(0)=\dfrac{d[P]}{dt}\approx\dfrac{0{,}12-0}{20-0}=6{,}0\times10^{-3}\;\text{mol·L}^{-1}\text{·s}^{-1}\). La pente est positive : la vitesse de formation vaut donc \(6{,}0\times10^{-3}\;\text{mol·L}^{-1}\text{·s}^{-1}\).
4. Évolution de la vitesse au cours du temps
Propriété — la vitesse diminue
Au cours d'une transformation, les réactifs se raréfient : leur concentration diminue. Or la concentration est un facteur cinétique. Les chocs entre réactifs deviennent donc moins fréquents : la vitesse diminue au cours du temps. Elle est maximale au début (\(t=0\), réactifs les plus concentrés) et tend vers zéro lorsque la transformation s'achève.
Traduction graphique. Sur la courbe \(c=f(t)\), la tangente est très inclinée au départ (vitesse élevée) puis de plus en plus plate (vitesse faible) : la courbe du réactif descend fort au début, puis s'aplatit et rejoint un palier. À ce palier, la pente est nulle : la vitesse est nulle, la transformation est terminée.
Erreur fréquente — la vitesse n'est pas constante
❌ Croire que la transformation « avance à vitesse constante » jusqu'à la fin. ✅ La vitesse diminue continûment parce que les réactifs disparaissent : c'est pour cela que la courbe \(c=f(t)\) est courbée (et non une droite) et rejoint un palier.
Mini-exercice 4. Sur la courbe de disparition d'un réactif, on trace la tangente à \(t=0\) puis à \(t=40\;\text{s}\). Laquelle est la plus inclinée ? Que peut-on en déduire sur la vitesse ?
La tangente à \(t=0\) est la plus inclinée (la plus « raide »). La vitesse de disparition, égale à la valeur absolue de la pente, est donc plus grande à \(t=0\) qu'à \(t=40\;\text{s}\). La vitesse a diminué, car le réactif s'est raréfié.
5. Temps de demi-réaction
Définition
Le temps de demi-réaction, noté \(t_{1/2}\), est la durée au bout de laquelle l'avancement \(x\) atteint la moitié de sa valeur finale \(x_f\) :
à \(t=t_{1/2}\), \(\quad x=\dfrac{x_f}{2}\)
Autrement dit, à \(t_{1/2}\), la moitié du réactif limitant a été consommée. Pour une transformation totale (\(x_f=x_{max}\)), c'est l'instant où la concentration du réactif limitant a diminué de moitié.
Méthode — déterminer \(t_{1/2}\) à partir d'une courbe ou d'un tableau
Repérer la valeur finale : \(x_f\) (ou la concentration finale du réactif limitant).
Calculer la moitié : \(\dfrac{x_f}{2}\) (ou la concentration correspondant à la moitié de la variation totale du réactif).
Lire sur la courbe \(c=f(t)\) — ou dans le tableau de mesures — l'instant où cette valeur est atteinte : c'est \(t_{1/2}\).
Exemple travaillé — lire \(t_{1/2}\) dans un tableau. Un réactif limitant part de \([R]_0=100\;\text{mmol·L}^{-1}\) et disparaît totalement (\([R]_{\text{final}}=0\)). On mesure :
\(t\) (s)
0
20
35
50
70
100
\([R]\) (mmol·L⁻¹)
100
67
50
37
25
14
La concentration finale est nulle ; la moitié de la variation correspond à \([R]=\dfrac{100}{2}=50\;\text{mmol·L}^{-1}\). Dans le tableau, cette valeur est atteinte à \(t=35\;\text{s}\). Donc :
\(t_{1/2}\approx 35\;\text{s}\)
On retrouve bien le repère \(t_{1/2}\) marqué sur le graphe de la partie 3.
Mini-exercice 5. Un produit se forme jusqu'à une concentration finale \([P]_f=0{,}80\;\text{mol·L}^{-1}\). On lit sur la courbe que \([P]=0{,}40\;\text{mol·L}^{-1}\) à \(t=90\;\text{s}\). Quel est le temps de demi-réaction ?
À \(t_{1/2}\), l'avancement vaut la moitié de sa valeur finale, donc le produit atteint la moitié de sa concentration finale : \(\dfrac{[P]_f}{2}=\dfrac{0{,}80}{2}=0{,}40\;\text{mol·L}^{-1}\). Cette valeur est atteinte à \(t=90\;\text{s}\), donc \(t_{1/2}=90\;\text{s}\).
À quoi sert \(t_{1/2}\) ?
Le temps de demi-réaction est un indicateur commode de la durée d'une transformation : plus \(t_{1/2}\) est petit, plus la réaction est rapide. Il permet de comparer deux conditions expérimentales (deux températures, avec/sans catalyseur) : la condition qui donne le plus petit \(t_{1/2}\) est la plus rapide.
6. Modéliser numériquement l'évolution d'une concentration
Lire la vitesse sur une courbe expérimentale est utile, mais on peut aussi faire l'inverse : reconstruire la courbe \(c=f(t)\) point par point, à partir d'une hypothèse sur la vitesse. C'est ce qu'on appelle modéliser l'évolution temporelle d'une concentration. On confie le calcul, répétitif, à un tableur ou à un programme Python.
Idée de départ — passer de la vitesse à la concentration
Sur une petite durée \(\Delta t\), la vitesse relie la variation de concentration au temps écoulé :
Plus le pas de temps \(\Delta t\) est petit, plus la courbe reconstruite est fidèle.
Un modèle simple pour la vitesse
Pour calculer, il faut savoir combien vaut la vitesse à chaque instant. Comme la concentration est un facteur cinétique (partie 2), on adopte l'hypothèse de modèle la plus simple : la vitesse est proportionnelle à la concentration du réactif.
\(v=k\times[R]\)
\(k\) est un coefficient constant (en \(\text{s}^{-1}\)) qui caractérise la réaction. Cette hypothèse traduit bien le fait que la vitesse diminue quand le réactif se raréfie (partie 4).
Méthode pas-à-pas (méthode d'Euler)
Choisir un pas de temps \(\Delta t\) petit (ex. \(\Delta t=5\;\text{s}\)) et les données du modèle (\([R]_0\), \(k\)).
Partir de l'instant \(t=0\) et de la concentration initiale \([R]_0\).
Calculer la vitesse actuelle : \(v=k\times[R]\).
Calculer la concentration à l'instant suivant : \([R]_{\text{suivant}}=[R]-v\times\Delta t\).
Avancer le temps : \(t\rightarrow t+\Delta t\), puis recommencer à l'étape 3.
Reporter les couples \((t\,;[R])\) obtenus : on trace la courbe modélisée \(c=f(t)\).
Exemple travaillé. On modélise la disparition d'un réactif avec \([R]_0=100\;\text{mmol·L}^{-1}\), \(k=0{,}020\;\text{s}^{-1}\) et \(\Delta t=5\;\text{s}\).
Premier pas : \(v_0=k\times[R]_0=0{,}020\times100=2{,}0\;\text{mmol·L}^{-1}\text{·s}^{-1}\) (c'est bien la vitesse initiale trouvée en partie 3). Puis \([R]_1=100-2{,}0\times5=90\;\text{mmol·L}^{-1}\).
Deuxième pas : \(v_1=0{,}020\times90=1{,}8\), puis \([R]_2=90-1{,}8\times5=81\;\text{mmol·L}^{-1}\). Et ainsi de suite :
\(t\) (s)
0
5
10
15
20
\(v=k[R]\) (mmol·L⁻¹·s⁻¹)
2,00
1,80
1,62
1,46
1,31
\([R]\) (mmol·L⁻¹)
100
90,0
81,0
72,9
65,6
On observe deux choses conformes au cours : la concentration décroît, et la vitesse diminue à chaque pas (les décréments sont de plus en plus petits : −10 ; −9 ; −8,1 ; −7,3…).
Avec un tableur. On place le pas et le coefficient dans deux cellules (ex. \(\Delta t\) en E1, \(k\) en E2), puis on remplit trois colonnes que l'on recopie vers le bas :
A — t (s)
B — [R] (mmol·L⁻¹)
C — v = k·[R]
ligne 1
0
100
=$E$2*B1
ligne 2
=A1+$E$1
=B1-C1*$E$1
=$E$2*B2
Chaque nouvelle ligne applique la relation \([R]_{\text{suivant}}=[R]-v\times\Delta t\). Un graphique XY de la colonne B en fonction de la colonne A donne la courbe modélisée.
Avec Python. Le même calcul s'écrit avec une boucle, en stockant les valeurs pour les tracer ensuite :
import matplotlib.pyplot as plt
k = 0.020 # coefficient du modele (s^-1)
dt = 5 # pas de temps (s)
R = 100 # concentration initiale (mmol/L)
t = 0
temps, conc = [t], [R]
while R > 1: # tant qu'il reste du reactif
v = k * R # modele : vitesse proportionnelle a [R]
R = R - v * dt # concentration a l'instant suivant
t = t + dt
temps.append(t)
conc.append(R)
plt.plot(temps, conc, "o-")
plt.xlabel("t (s)")
plt.ylabel("[R] (mmol/L)")
plt.show()
On retrouve la même suite de valeurs que dans le tableau : \(100 \to 90 \to 81 \to 72{,}9\ldots\)
Attention — influence du pas de temps
La méthode pas-à-pas est approchée : sur chaque intervalle, on suppose la vitesse constante alors qu'elle varie. Un pas \(\Delta t\) trop grand donne une courbe trop anguleuse et une décroissance surestimée. On choisit donc \(\Delta t\) petit (et on vérifie que diviser \(\Delta t\) par deux ne change presque plus le résultat).
Mini-exercice 6. On modélise une disparition avec \([R]_0=0{,}50\;\text{mol·L}^{-1}\), \(k=0{,}10\;\text{s}^{-1}\) et \(\Delta t=2\;\text{s}\). Calculer « à la main » les deux premiers pas : la concentration \([R]\) à \(t=2\;\text{s}\) puis à \(t=4\;\text{s}\).
Pas 1 : \(v_0=k[R]_0=0{,}10\times0{,}50=0{,}050\;\text{mol·L}^{-1}\text{·s}^{-1}\), donc \([R](2\,\text{s})=0{,}50-0{,}050\times2=0{,}40\;\text{mol·L}^{-1}\). Pas 2 : \(v_1=0{,}10\times0{,}40=0{,}040\), donc \([R](4\,\text{s})=0{,}40-0{,}040\times2=0{,}32\;\text{mol·L}^{-1}\). La concentration décroît, et le décrément (−0,10 puis −0,08) diminue : la vitesse baisse, comme attendu.
7. La catalyse
Définition — catalyseur
Un catalyseur est une espèce chimique qui augmente la vitesse d'une transformation, tout en étant régénérée à la fin : elle est consommée puis reformée, si bien qu'on la retrouve intacte et qu'elle n'apparaît pas dans l'équation de bilan. Souvent, on l'indique au-dessus de la flèche de réaction.
Propriétés d'un catalyseur
Il accélère la réaction (il rend les chocs plus efficaces en offrant un chemin réactionnel plus facile, d'énergie plus faible).
Il n'est pas consommé : la quantité de catalyseur est la même au début et à la fin.
Il ne modifie pas l'état final : la composition finale (et, pour une réaction limitée, la position d'équilibre) reste inchangée. Le catalyseur change seulement le temps nécessaire pour l'atteindre.
Il est souvent sélectif : un catalyseur donné n'accélère qu'un type de réaction.
Erreurs fréquentes sur la catalyse
❌ « Le catalyseur déplace l'équilibre / modifie l'état final. » → ✅ FAUX : il ne change ni la composition finale, ni la position d'équilibre, ni le rendement. Il ne change que la vitesse.
❌ « Le catalyseur est un réactif consommé par la réaction. » → ✅ FAUX : il est régénéré, on le retrouve à la fin et il n'apparaît pas dans le bilan.
❌ « Ajouter un catalyseur permet d'obtenir plus de produit. » → ✅ FAUX : la même quantité de produit se forme, simplement plus vite.
Définition — les trois types de catalyse
On classe la catalyse selon la phase du catalyseur par rapport aux réactifs :
Catalyse homogène : le catalyseur est dans la même phase que les réactifs (le plus souvent, tout est en solution).
Catalyse hétérogène : le catalyseur est dans une phase différente de celle des réactifs (souvent un solide, avec des réactifs liquides ou gazeux). La réaction se produit à sa surface.
Catalyse enzymatique : le catalyseur est une enzyme (molécule biologique), très spécifique et efficace dans les conditions douces du vivant.
Exemples des trois types de catalyse.
Type
Catalyseur
Exemple
Homogène
ions \(Fe^{3+}\) en solution
décomposition de l'eau oxygénée : \(2\,H_2O_2\rightarrow 2\,H_2O+O_2\)
Hétérogène
métaux solides (platine, rhodium)
pot catalytique : \(2\,CO+O_2\rightarrow 2\,CO_2\)
Enzymatique
enzyme catalase
décomposition de l'eau oxygénée dans les cellules et le sang
Zoom — la catalyse enzymatique. Les enzymes sont des catalyseurs biologiques (des protéines). Elles sont extrêmement spécifiques : chaque enzyme n'accélère qu'une réaction précise, sur une molécule précise appelée substrat (modèle « clé–serrure »). Exemples : l'amylase de la salive découpe l'amidon en sucres ; la catalase décompose l'eau oxygénée en eau et dioxygène (c'est elle qui fait « mousser » l'eau oxygénée versée sur une plaie). Ces catalyseurs agissent dans les conditions douces du corps (37 °C, milieu peu acide).
Mini-exercice 7. Pour chaque situation, indiquer le type de catalyse (homogène, hétérogène ou enzymatique) :
(a) des ions \(Fe^{3+}\) dissous accélèrent la décomposition d'une solution d'eau oxygénée ;
(b) un pot catalytique en platine solide transforme les gaz d'échappement ;
(c) la présure (une enzyme) fait cailler le lait pour fabriquer du fromage.
(a) homogène : catalyseur et réactif sont tous deux en solution (même phase). (b) hétérogène : catalyseur solide, réactifs gazeux (phases différentes), réaction à la surface. (c) enzymatique : le catalyseur est une enzyme (la présure).
8. Applications
Contrôler la vitesse dans la vie courante et les métiers.
Conservation des aliments : le froid (réfrigérateur, congélateur) abaisse la température → ralentit les réactions de dégradation. Le sous-vide diminue la concentration en dioxygène → même effet.
Automobile : le pot catalytique (catalyse hétérogène) convertit le monoxyde de carbone et les oxydes d'azote en gaz moins nocifs, à la vitesse voulue, sans être consommé.
Industrie chimique : on chauffe et on utilise des catalyseurs pour rendre rentable une fabrication (synthèse de l'ammoniac, hydrogénation des huiles…). Le catalyseur permet de produire plus vite, donc à moindre coût.
Agroalimentaire et biologie : les enzymes sont utilisées en boulangerie, brasserie, fromagerie, ou dans les lessives (elles décomposent les taches à basse température).
Sécurité : connaître la vitesse d'une réaction, c'est éviter les emballements (réactions trop rapides) et savoir stocker les produits (réactions lentes à surveiller).
À retenir
Rapide / lente : une réaction rapide semble instantanée, une réaction lente dure un temps mesurable. « Rapide » ≠ « totale ».
Facteurs cinétiques : concentration des réactifs ↑ et température ↑ → vitesse ↑. Interprétation : chocs plus fréquents et plus efficaces.
Vitesses volumiques : \(v_{\text{disp}}(R)=-\dfrac{d[R]}{dt}\) et \(v_{\text{form}}(P)=+\dfrac{d[P]}{dt}\), en mol·L−1·s−1 ; on les lit sur la pente de la tangente à \(c=f(t)\).
La vitesse diminue au cours du temps (les réactifs se raréfient) : maximale à \(t=0\), nulle à la fin.
Temps de demi-réaction \(t_{1/2}\) : durée pour que l'avancement atteigne la moitié de sa valeur finale.
Modéliser \(c=f(t)\) (tableur/Python) : méthode pas-à-pas \([R]_{\text{suivant}}=[R]-v\times\Delta t\) avec \(v=k[R]\) ; pas \(\Delta t\) petit pour plus de précision.
Catalyseur : accélère sans être consommé, n'apparaît pas dans le bilan, ne modifie pas l'état final. Trois types : homogène, hétérogène, enzymatique.