Ch03 – Rayonnement thermique | Terminale ERA | ⏱ 35 min
Dernière mise à jour : 4 juin 2026
Une grande baie vitrée plein sud chauffe naturellement en hiver mais surchauffe en été. Comment un vitrage moderne arrive-t-il à laisser passer la lumière tout en bloquant la chaleur ?
Le vitrage moderne joue sur les longueurs d'onde du rayonnement :
Le secret : couches métalliques nanométriques déposées sur le verre (couche « low-e » d'argent ou d'oxyde d'étain). Elles laissent passer le visible mais réfléchissent l'IR.
Selon la composition de la couche, on peut privilégier la rétention de chaleur intérieure (climat froid) ou le blocage des apports solaires (climat chaud / sud).
Sarah, conceptrice d'aménagement intérieur chez VitralisDesign 67 Strasbourg, équipe le showroom d'un cuisiniste haut de gamme avec une verrière de 12 m × 3 m en façade sud. Elle compare 4 vitrages selon performances thermiques et coût.
| Vitrage | U_g (W/m²·K) | g (facteur solaire) | TL | Prix €/m² |
|---|---|---|---|---|
| Simple vitrage 4 mm | 5,7 | 0,87 | 0,90 | 40 |
| Double 4-16-4 air | 2,8 | 0,76 | 0,80 | 80 |
| Double 4-16-4 low-e Ar (Climaplus 4S) | 1,1 | 0,62 | 0,72 | 150 |
| Triple 4-12-4-12-4 low-e Ar (Eclaz) | 0,6 | 0,52 | 0,68 | 250 |
| Double + contrôle solaire (SGG Cool-Lite) | 1,1 | 0,38 | 0,55 | 210 |
Surface verrière : 12 × 3 = 36 m². Orientation sud, Strasbourg (climat semi-continental).
Déperdition hivernale verrière simple vitrage. T_ext -5 °C, T_int 20 °C.
ΔT = 25 K. A = 36 m². U = 5,7 W/m²·K.
Φ = U·A·ΔT = 5,7 × 36 × 25 = 5 130 W.
Soit 5,1 kW de perte permanente par la verrière à -5 °C extérieur. Énorme pour 36 m² de surface.
Déperdition hivernale triple low-e (U_g = 0,6).
Φ = 0,6 × 36 × 25 = 540 W.
Soit 9,5× moins que le simple vitrage. Le triple low-e a divisé les pertes par 10.
Comparaison : double standard (U=2,8) → 2 520 W. Double low-e (U=1,1) → 990 W. Triple gagne nettement.
Apport solaire estival midi (rayonnement 800 W/m² sur la verrière sud à Strasbourg).
Apport entrant = g · 800 · A.
| Vitrage | g | Apport solaire (W) |
|---|---|---|
| Simple vitrage | 0,87 | 25 056 |
| Double standard | 0,76 | 21 888 |
| Double low-e | 0,62 | 17 856 |
| Triple low-e | 0,52 | 14 976 |
| Double Cool-Lite | 0,38 | 10 944 |
Le triple low-e laisse encore entrer 15 kW de chaleur solaire midi été = surchauffe quasi inévitable malgré la clim.
Le contrôle solaire SGG Cool-Lite réduit à 11 kW. Mieux pour orientation sud.
Bilan annuel énergétique. 2 800 heures de chauffage à ΔT=18 K moyen + 700 h surchauffe été à compenser par clim (g·rayon = 12 kW moyen).
| Vitrage | Perte hiver (kWh/an) | Apport été à climatiser (kWh/an) | Total à compenser |
|---|---|---|---|
| Double standard | 2,8·36·18·2 800 = 5 080 | 21·700/3,5 (clim η) = 4 200 | 9 280 kWh |
| Double low-e | 2 000 | 3 430 | 5 430 kWh |
| Triple low-e | 1 090 | 2 880 | 3 970 kWh |
| Double Cool-Lite | 2 000 | 2 100 | 4 100 kWh |
Triple low-e gagne sur l'année. Cool-Lite à égalité (gagne en été, perd en hiver).
Coût annuel énergie : à 0,18 €/kWh, triple low-e = 715 €/an vs double standard 1 670 €/an. Économie 955 €/an.
ROI investissement triple low-e vs double standard.
Surcoût triple : (250 − 80) × 36 = 6 120 €.
Économie annuelle : 955 €/an.
ROI = 6 120 / 955 = 6,4 ans. Très favorable pour une verrière de showroom (durée vie 30 ans).
Sur 30 ans : économie 28 650 € − 6 120 € investissement = 22 530 € net.
+ Bonus : confort visuel meilleur (pas d'effet de paroi froide), valeur immobilière du local.
Pour Strasbourg orienté sud : triple low-e ou contrôle solaire ?
Strasbourg = climat semi-continental :
Priorité : réduire les pertes hivernales. Triple low-e (U=0,6) est meilleur que Cool-Lite (U=1,1).
Le Cool-Lite serait pertinent à Marseille ou Avignon (été plus long, hiver doux).
Compromis envisageable : triple low-e + brise-soleil extérieur (lames orientables) pour bloquer le soleil l'été sans pénaliser l'hiver.
Recommandation Strasbourg : triple low-e + brise-soleil bois (cohérent avec cuisiniste design).
Conformité RE2020 du choix.
RE2020 (Réglementation Environnementale 2020) impose des plafonds Bbio (besoin bioclimatique) et Cep (consommation primaire) pour les bâtiments neufs tertiaires.
Exigences minimales en zone H1c (Strasbourg) :
Triple low-e (U_g = 0,6) avec dormant alu rupture pont thermique (U_f = 1,4) → U_baie ≈ 1,0. Conforme avec marge.
Bonus écologique : valorisation du bois en menuiserie = matériau biosourcé. Mieux que PVC ou alu pur. Carbone séquestré dans le bois.
Note technique Sarah.
Choix vitrage verrière showroom — Sarah (VitralisDesign 67 Strasbourg)
• Verrière 36 m² façade sud, climat semi-continental.
• Triple vitrage low-e Ar (U_g 0,6 ; g 0,52 ; TL 0,68) retenu.
• Perte hiver : 1 090 kWh/an. Apport été : 2 880 kWh/an à climatiser.
• Investissement : 250 €/m² × 36 = 9 000 €. ROI 6,4 ans vs double standard.
• Conforme RE2020 H1c. Brise-soleil bois à prévoir pour confort été.
Les couches « low-e » (low emissivity) sont déposées par pulvérisation cathodique magnétron sous vide. Plusieurs nano-couches sur la face intérieure d'un double vitrage :
Propriétés :
L'argent est essentiel : il est métal, donc bloque l'IR (effet « miroir » sur les ondes longues). Mais épaisseur < 15 nm pour rester transparent dans le visible.
Brevet du verre low-e : Pilkington 1981. Adopté massivement depuis 2000 en construction.
Évolution : vitrages dynamiques (Sage Glass, View) qui changent leur facteur g sous tension électrique (5-50 V). Devenant courant en bureaux haut de gamme. Coût 800-1 500 €/m².
📚 §1-2 (spectre) + §5 (caméra) + §7 (effet de serre) de la leçon Ch03.