Physique–Chimie — 2nde Bac Pro — Année 2025–2026

Chapitre 10 — Température et capteurs thermiques

Menuiserie • Agencement • Ameublement

Dernière mise à jour : 26 juin 2026

← Retour au sommaire
Objectifs du chapitre

Situation professionnelle — Contrôle d'un séchoir à bois

Un artisan menuisier supervise le séchoir de son atelier : il doit s'assurer que la température de l'enceinte reste entre 50 °C et 70 °C pour sécher correctement les planches. Il utilise un capteur CTN pour mesurer et réguler la température en continu.

1. La température

Définition
La température est une grandeur physique qui traduit l’agitation thermique des particules (atomes, molécules) constituant la matière. Plus les particules s’agitent rapidement, plus la température est élevée.

Les deux échelles de température

Deux échelles coexistent en sciences et dans l’industrie :

\( T(\text{K}) = \theta(\text{°C}) + 273 \) \(T\) en Kelvin — \(\theta\) en degrés Celsius
Attention
Le zéro absolu (0 K = −273 °C) est la température la plus basse possible : toute agitation thermique y cesse. On ne peut pas atteindre de température négative en Kelvin.
Repères sur les deux échelles −273 °C 0 K zéro absolu −196 °C 77 K azote liquide 0 °C 273 K glace fondante 37 °C 310 K corps humain 100 °C 373 K eau bouillante T (K) = θ (°C) + 273

Ordres de grandeur des températures

Situation T (°C) T (K) Domaine
Zéro absolu −273 0 Sciences
Azote liquide −196 77 Industrie / cryogénie
Congélateur alimentaire −20 253 Quotidien
Glace fondante 0 273 Référence
Atelier confortable 20 293 Quotidien
Température du corps humain 37 310 Biologie
Eau bouillante (P = 1 atm) 100 373 Référence
Four de séchage du bois 80 353 Industrie bois
Colle thermofusible ∼180 453 Industrie bois
Aluminium en fusion 660 933 Métallurgie
Acier en fusion 1 500 1 773 Métallurgie
Surface du Soleil 5 500 5 773 Astrophysique
Centre du Soleil ∼15 × 106 ∼15 × 106 Astrophysique
Application

Convertir les températures suivantes :

  1. Un four de séchage réglé à 85 °C — quelle est cette température en Kelvin ?
  2. La température de sublimation de la glace carbonique est 194 K — combien est-ce en °C ?
  3. Combien vaut une différence de 40 °C exprimée en Kelvin ?
  1. \(T = 85 + 273 = \mathbf{358\,\text{K}}\)
  2. \(\theta = 194 - 273 = \mathbf{-79\,\text{°C}}\)
  3. Une différence de température est identique en °C et en K : \(\Delta T = \mathbf{40\,\text{K}}\). (Car \(\Delta T(\text{K}) = \Delta T(\text{°C})\).)

2. Mesure de la température

Plusieurs instruments permettent de mesurer la température selon la précision et la plage souhaitées.

Thermomètre à mercure

Basé sur la dilatation du mercure. Simple et historiquement répandu, mais son usage est aujourd’hui interdit en Europe pour des raisons environnementales (mercure toxique). Il reste un repère historique pour comprendre le principe de mesure par dilatation.

Thermomètre électronique à sonde de résistance

Utilise une sonde dont la résistance électrique varie avec la température. Affichage numérique. Précision courante : ±0,1 °C. Facilement relié à un système d’acquisition ou un microcontrôleur. C’est le principe des thermistances (CTN) et de la sonde Pt100.

Thermomètre à infrarouge (sans contact)

Mesure le rayonnement infrarouge émis naturellement par tout corps chaud, sans contact physique. Très utile en atelier pour mesurer la température d’une surface en mouvement (lame de scie, bande de placage) ou d’un objet inaccessible. Précision : ±1 à 2 °C selon le modèle.

Thermomètre à cristaux liquides

Utilise des cristaux liquides thermochromes qui changent de couleur selon la température. Usage simple et visuel (bandelettes, étiquettes). Précision limitée (±1 °C), mais pratique pour une lecture rapide sans électronique (contrôle de la température de la pièce, piscines, aquariums).

Exemples en atelier

3. Les capteurs de température

Un capteur de température convertit une température en grandeur électrique mesurable (tension ou résistance). Il en existe plusieurs types, adaptés à différents besoins industriels.

jonction chaude A B U (mV)
Thermocouple
→ tension
CTN R ↓ quand T ↑
CTN
→ résistance
Pt100 100 Ω à 0 °C
Pt100
→ résistance (platine)
sans contact
Infrarouge
→ rayonnement IR
20° 25° 30° 35° changement de couleur
Cristaux liquides
→ couleur

3.1 Le thermocouple

Principe
Un thermocouple est formé de deux fils de métaux différents soudés à une extrémité. La différence de température entre la jonction chaude et la jonction froide génère une tension électrique (effet Seebeck).
Thermocouple type K — tension (mV) vs ΔT

ΔT = Tjonction chaude − Tjonction froide. Signal très faible (quelques mV) — nécessite un amplificateur dédié.

3.2 La thermistance CTN (Coefficient de Température Négatif)

Principe
La résistance d’une CTN diminue lorsque la température augmente. C’est un composant à base de semi-conducteur. La relation R(T) est non linéaire : on l’exploite grâce à une courbe ou une table de correspondance fournie par le fabricant.

3.3 La thermosonde Pt100

Principe
La sonde Pt100 est une résistance en platine (Pt) dont la valeur augmente régulièrement avec la température. Sa valeur de référence est 100 Ω à 0 °C (d’où son nom). La relation R(T) est quasi linéaire, ce qui la rend très précise.
CTN (résistance décroissante) Pt100 (résistance croissante, ×100 pour lisibilité)

3.4 La thermistance CTP (Coefficient de Température Positif)

Principe
La résistance d’une CTP augmente très fortement lorsque la température dépasse un seuil critique. Ce comportement est utilisé comme fusible thermique autoprotecteur.
CTP — résistance (kΩ) vs température

Au-delà du seuil (~120 °C ici), la résistance explose : le circuit se coupe automatiquement. Protection des moteurs de machines à bois.

3.5 Le capteur à semi-conducteur (ex. LM35)

Propriété
Ce type de capteur fournit une tension de sortie directement proportionnelle à la température en degrés Celsius. Pour le LM35 : \(V_{\text{out}} = 10\,\text{mV/°C} \times \theta\).
Application

Pour chaque application, indiquer quel capteur est le plus adapté parmi : thermocouple, CTN, Pt100, CTP, infrarouge. Justifier brièvement.

  1. Mesurer la température d’un four à céramique atteignant 900 °C.
  2. Protéger le moteur d’une toupie contre les surchauffes.
  3. Contrôler avec précision la température d’un régulateur industriel (étuve de labo).
  4. Mesurer la température d’une lame de scie à ruban en rotation, sans la toucher.
  1. Thermocouple : seul capteur couvrant une plage jusqu’à 900 °C.
  2. CTP : dès que la température dépasse un seuil, la résistance monte en flèche et coupe le circuit → protection automatique du moteur.
  3. Pt100 : relation quasi linéaire, très précise, référence pour les régulateurs industriels.
  4. Thermomètre infrarouge : mesure sans contact, idéal pour une pièce en mouvement inaccessible physiquement.

4. Caractéristique R(T) d’une CTN

La courbe ci-dessous représente l’évolution de la résistance d’une CTN typique en fonction de la température. La résistance décroît fortement et de manière non linéaire : de près de 33 kΩ à 0 °C à environ 1,2 kΩ à 80 °C.

Méthode — Utiliser la courbe R(T)
  1. Mesurer la résistance de la CTN avec un ohmètre (circuit hors tension).
  2. Reporter la valeur mesurée sur l’axe des ordonnées du graphe R(T).
  3. Lire en face la température correspondante sur l’axe des abscisses.
  4. En pratique, le fabricant fournit une table de correspondance R → T plus précise que le graphe.
Application

On dispose d'une CTN dont la résistance à différentes températures est donnée dans le tableau ci-dessous :

T (°C) 020406080
R (kΩ) 32,712,25,22,41,2
  1. Un ohmètre mesure 5,2 kΩ sur la CTN. Quelle est la température de la sonde ?
  2. La résistance augmente ou diminue quand la température monte ? Quel type de thermistance est-ce ?
  3. On mesure 2,4 kΩ dans l'étuve. Faut-il augmenter ou réduire la température pour atteindre la consigne de 40 °C ?
  1. R = 5,2 kΩ correspond à T = 40 °C d'après le tableau.
  2. La résistance diminue quand T augmente → c'est une CTN (Coefficient de Température Négatif).
  3. R = 2,4 kΩ correspond à 60 °C. L'étuve est trop chaude ; il faut réduire la température pour revenir à la consigne de 40 °C.

5. Applications industrielles en atelier de menuiserie

5.1 Étuves de séchage du bois

Le bois fraîchement coupé contient jusqu’à 50 % d’eau. Le séchage en étuve permet de réduire ce taux d’humidité à 8–12 % pour un usage intérieur. Une CTN reliée à un régulateur maintient la température à la valeur consigne (typiquement 70–85 °C).

5.2 Contrôle de la colle thermofusible

Les pistolets à colle thermofusible (hot glue gun) utilisent une résistance chauffante régulée par thermistance. Si la température dépasse le seuil admissible (∼200 °C), une CTP coupe l’alimentation de la résistance chauffante automatiquement.

5.3 Détection d’échauffement des paliers de machines

Les roulements et paliers des machines à bois (toupies, raboteuses, scies à ruban) s’usent et s’échauffent anormalement en cas de défaut. Un thermocouple fixé sur le palier détecte toute montée anormale de température et déclenche une alarme ou l’arrêt de la machine.

6. Tableau de synthèse des capteurs

Type Principe Plage (°C) Avantages Inconvénients
Thermocouple Tension entre deux métaux différents −200 à +1 000 Grande plage, robuste, rapide Signal faible (mV), nécessite amplificateur
CTN Résistance décroît quand T augmente −50 à +150 Très sensible, peu coûteux Relation non linéaire
Pt100 Résistance platine croît linéairement avec T −200 à +850 Très précise, stable, linéaire Plus coûteuse, fragile aux chocs
CTP Résistance explose au-delà d’un seuil Seuil fixé Autoprotection automatique, simple Pas de mesure fine de T
Infrarouge Mesure le rayonnement IR émis par le corps −50 à +1 000 Sans contact, rapide, à distance Sensible à l’émissivité de la surface
Cristaux liquides Changement de couleur selon T 0 à +50 (selon modèle) Visuel, sans alimentation Peu précis, plage très limitée

7. À retenir

6 points clés
  1. La température mesure l’agitation thermique des particules de la matière.
  2. Conversion : \(T(\text{K}) = \theta(\text{°C}) + 273\). Le zéro absolu est 0 K = −273 °C.
  3. Une CTN voit sa résistance diminuer quand T augmente ; une CTP la voit augmenter brutalement au-delà d’un seuil.
  4. La sonde Pt100 (platine) est la référence industrielle pour la précision : 100 Ω à 0 °C, relation quasi linéaire.
  5. Le thermocouple couvre la plus grande plage (jusqu’à +1 000 °C) ; le thermomètre infrarouge mesure sans contact ; les cristaux liquides donnent une lecture visuelle directe.
  6. En atelier : CTN ou Pt100 pour les étuves de séchage, CTP pour la protection des moteurs, thermocouple pour les paliers de machines, IR pour les surfaces en mouvement.

8. Activités numériques

Ces simulations interactives prolongent le cours. Elles permettent de manipuler les capteurs virtuellement et d’observer leur comportement sans matériel physique.

CTN vs Pt100 — Comparer les courbes R(T)

Faire varier la température de 0 à 150 °C et observer comment la CTN et la Pt100 réagissent différemment. La simulation explique pourquoi on choisit l’un ou l’autre selon le contexte.

Ce que vous allez faire : lire R pour une température donnée, comparer les sensibilités, identifier la zone de forte variation CTN.
Ouvrir la simulation →
Thermostat CTN — Réguler une étuve de séchage

Simuler le fonctionnement d’un thermostat industriel : régler la consigne, observer la résistance CTN mesurée et comprendre pourquoi le chauffage s’allume ou s’éteint.

Ce que vous allez faire : comparer R mesurée et R_consigne, lire la table de correspondance R→T, comprendre la régulation tout-ou-rien.
Ouvrir la simulation →