Chapitre 1 — Sécurité en laboratoire et en atelier
2de Bac Pro | Physique-Chimie | Module transversal Sécurité
Dernière mise à jour : 31 juillet 2026, 16:20
🎯 Objectifs du chapitre
Identifier les pictogrammes de danger sur les produits chimiques
Connaître et utiliser les équipements de protection individuelle (EPI)
Connaître les dispositifs de protection électrique
Identifier les risques liés aux sources lumineuses et sonores
Trier correctement les déchets chimiques
Situation professionnelle — Sécurité en atelier
Un menuisier agenceur prépare des panneaux en utilisant des colles, des vernis et des machines électriques. Avant de commencer, il doit identifier les risques présents (chimiques, électriques, sonores) et choisir les équipements de protection adaptés.
Sur un chantier, un technicien de maintenance énergétique intervient sur une pompe à chaleur : avant d’ouvrir le compresseur, il doit s’assurer de l’absence de défaut d’isolement et couper l’alimentation, sous peine d’électrisation.
1. Pourquoi la sécurité est-elle essentielle ?
En atelier de menuiserie comme en laboratoire de physique-chimie,
vous êtes en contact avec des produits chimiques, des machines électriques, des sources
lumineuses et sonores. Chacun de ces environnements présente des risques spécifiques.
Exemples de risques en atelier et sur chantier
Chimique : vernis, solvants, colles — vapeurs toxiques, contact avec la peau
Électrique : machines portatives, ponceuses, scies — risque d’électrocution ; sur un chantier, un défaut d’isolement sur une alimentation provisoire présente le même risque
Lumineux : découpes laser, lampes UV — risque pour les yeux et la peau
Principe fondamental
La sécurité commence par lire les étiquettes, porter les équipements de protection
et appliquer les consignes avant toute manipulation.
2. Les pictogrammes de danger
Les pictogrammes de danger sont des symboles normalisés (système SGH/CLP)
qui figurent sur les étiquettes des produits chimiques. Ils informent sur le type de risque.
Ils se présentent sous forme d’un losange blanc à bord rouge avec un
symbole noir à l’intérieur.
💥
Explosif
Risque d’explosion au choc ou à la chaleur
🔥
Inflammable
S’enflamme facilement (solvants, alcool...)
Comburant
Flamme sur cercle — active la combustion
Gaz sous pression
Bouteille — risque d’éclatement du récipient
☠
Toxique
Dangereux même en petite quantité
!
Nocif / Irritant
Peut causer irritations, allergies
Corrosif
Brûle la peau, les yeux, les matériaux
Danger pour la santé
Effets graves sur les organes (CMR...)
Danger environnement
Toxique pour les organismes aquatiques
Phrases H et phrases P Phrases H (Hazard) : indiquent la nature du danger (ex. : H225 = liquide très inflammable). Phrases P (Precaution) : indiquent les précautions à prendre (ex. : P210 = tenir à l'écart des sources d'ignition).
Ces phrases figurent obligatoirement sur l'étiquette à côté des pictogrammes.
Méthode — Lire une étiquette
Repérer les pictogrammes : identifier le type de danger
Lire les phrases H : comprendre le risque précis
Lire les phrases P : appliquer les précautions
Consulter la Fiche de Données de Sécurité (FDS) pour plus de détails
Application — Lire une étiquette
Sur un bidon de white-spirit servant à nettoyer des pinceaux, l’étiquette porte le pictogramme flamme, la phrase H226 (« liquide et vapeurs inflammables ») et la phrase P210 (« tenir à l’écart de la chaleur, des surfaces chaudes, des étincelles et des flammes nues »).
a) Que signifient le pictogramme et la phrase H ?
b) Quelle précaution impose la phrase P ?
a) Le pictogramme flamme et la phrase H226 indiquent un produit inflammable : le liquide et ses vapeurs s’enflamment facilement.
b) La phrase P210 impose de tenir le produit à l’écart de toute source d’ignition (chaleur, étincelles, flammes nues) : on ne l’utilise pas près d’une meuleuse ou d’une source de chaleur, dans un local ventilé et sans fumer.
3. Les Équipements de Protection Individuelle (EPI)
Définition
Un EPI est un équipement porté par une personne pour se protéger contre un risque.
C’est le dernier niveau de protection : on cherche d’abord à supprimer le risque,
puis à le réduire par des mesures techniques, une meilleure organisation du travail et des
protections collectives (aspiration des poussières, capotage des machines, cabine…).
L’EPI intervient lorsque le risque ne peut pas être suffisamment évité autrement ; son port est alors
obligatoire.
En chimie
🥼
Blouse de laboratoire
Protège les vêtements et la peau des projections de produits chimiques
🥽
Lunettes de protection
Protègent les yeux des projections, éclaboussures et vapeurs
🧤
Gants chimiques
Protègent les mains des produits corrosifs, toxiques, irritants
😷
Masque respiratoire
Filtre les vapeurs toxiques, les poussières fines (ponçage...)
En acoustique (atelier)
🎧
Casque antibruit (coquilles)
Atténue d’environ 25 à 30 dB (valeur nominale) — à porter dès que l’exposition au bruit atteint les valeurs d’action (voir §6)
🔇
Bouchons d’oreilles
Protection jetable pour expériences courtes — atténuation nominale de 20 à 30 dB, sous réserve d’un bon ajustement
Contre les sources lumineuses
🥽
Lunettes anti-laser
Filtrent la longueur d’onde du laser utilisé — port obligatoire en présence d’un laser de classe 3 ou 4
🕶️
Lunettes anti-UV
Protègent contre les rayonnements ultraviolets (lampes UV, soudure...)
En électricité
🧤
Gants isolants
Isolent les mains du courant électrique — obligatoires pour toute intervention à proximité de pièces sous tension ; à vérifier avant chaque usage (absence de perforation)
🥾
Chaussures de sécurité isolantes
Isolent le corps du sol pour limiter le risque de passage du courant à travers la personne
Attention
Un EPI n’est efficace que s’il est bien porté et adapté au risque.
Les lunettes de vue ne remplacent pas les lunettes de protection certifiées.
Application
Un flacon de diluant porte les pictogrammes flamme et tête de mort.
a) Que signifient ces deux pictogrammes ?
b) Quels EPI faut-il porter pour manipuler ce produit ?
a) Flamme = produit inflammable (risque d’incendie, éloigner des sources de chaleur).
Tête de mort = produit toxique (dangereux même en faible quantité).
b) Gants chimiques, lunettes de protection, blouse, masque respiratoire adapté aux vapeurs.
4. Sécurité électrique — Les dispositifs de protection
Les installations électriques comportent plusieurs dispositifs qui protègent à la fois
les appareils et les personnes.
⚡ Fusible
Fil conducteur qui fond si l’intensité dépasse un seuil. Protège les câbles contre les surcharges. À remplacer après usage.
⚡ Disjoncteur
Interrupteur automatique qui se déclenche en cas de surcharge ou de court-circuit. Se réarme manuellement (pas à remplacer).
✓ Disjoncteur différentiel
Détecte un courant de fuite (par exemple un courant qui passe à travers une personne) dès qu’il dépasse sa sensibilité (≤ 30 mA) et coupe le circuit très rapidement. Protection complémentaire des personnes : il réduit fortement le risque d’électrocution, mais il ne rend pas le contact sans danger et complète la mise à la terre.
👥 Mise à la terre
Relie les carcasses métalliques des appareils à la terre. En cas de défaut, le courant s’écoule dans la terre plutôt que dans la personne.
Application — Seuil du disjoncteur différentiel
Une prise d’atelier est protégée par un disjoncteur différentiel de sensibilité 30 mA. À la suite d’un défaut d’isolement, un courant de fuite de 40 mA traverse accidentellement le corps d’un opérateur vers la terre.
a) Le disjoncteur va-t-il se déclencher ?
b) Que se passerait-il sans ce dispositif ?
a) On compare le courant de fuite à la sensibilité : 40 mA > 30 mA. Le courant de fuite dépasse le seuil, donc le disjoncteur différentiel se déclenche et coupe le circuit en quelques dizaines de millisecondes.
b) Sans ce dispositif, les 40 mA continueraient de traverser la personne : à ce niveau, le courant est très dangereux (risque d’électrocution). Le disjoncteur différentiel est bien une protection des personnes.
Schéma de protection d’une installation
Attention
Ne jamais court-circuiter un fusible ni condamner un disjoncteur.
Ces dispositifs protègent les personnes — les contourner peut être mortel.
Application
Dans un tableau électrique, quel est le rôle du disjoncteur différentiel ?
En quoi est-il différent du fusible ?
Le disjoncteur différentiel détecte un courant qui s'échappe du circuit
(par exemple à travers une personne) dès qu'il dépasse sa sensibilité (≤ 30 mA) et coupe
l'alimentation très rapidement. C'est une protection complémentaire des personnes :
elle réduit fortement le risque d'électrocution, mais ne le supprime pas totalement et
ne remplace pas les autres protections (mise à la terre, coupure avant toute intervention).
Le fusible fond uniquement en cas de surcharge ou de court-circuit —
il protège les circuits (câblage, appareils), pas les personnes.
Le coupe-circuit — couper volontairement le courant
Définition
Un coupe-circuit est un organe qui interrompt le passage du courant dans un circuit. Il en existe deux familles :
• le coupe-circuit à fusible — le porte-fusible du tableau : il coupe tout seul dès que l’intensité dépasse le calibre du fusible ;
• l’organe de coupure manœuvré volontairement — interrupteur-sectionneur du tableau, bouton d’arrêt d’urgence en façade d’une machine : il coupe quand l’opérateur le décide, pour mettre l’installation hors tension.
Automatique n’est pas volontaire
Le fusible, le disjoncteur et le disjoncteur différentiel réagissent seulement une fois le défaut déjà là : ils en limitent les conséquences, ils ne suppriment pas le danger. Un coupe-circuit manœuvré volontairement, lui, supprime le danger avant — c’est le seul geste qui met réellement une installation hors tension avant d’intervenir dessus.
Exemple — sur une machine d’atelier
Le bouton rouge « coup de poing » d’une scie et l’interrupteur-sectionneur cadenassable du tableau sont deux coupe-circuits : ils ne détectent aucune surintensité, ils ouvrent le circuit parce qu’on le leur demande. Le fusible placé juste en amont est lui aussi un coupe-circuit, mais il agit seul, sans intervention humaine.
5. Sécurité face aux sources lumineuses — Les lasers
Laser
Un laser émet un faisceau lumineux très concentré, monochromatique (une seule longueur d’onde)
et peu divergent. Il peut provoquer des brûlures graves de la rétine ou de la peau,
même à faible puissance.
Les trois caractéristiques d’un faisceau laser
Caractéristique
Ce que cela signifie
Conséquence pour la sécurité
Monochromatique
Le faisceau ne contient qu’une seule longueur d’onde, donc une seule couleur — qui peut être invisible (infrarouge, ultraviolet).
Les lunettes doivent filtrer cette longueur d’onde. Des lunettes prévues pour un autre laser ne protègent pas.
Peu divergent
Le faisceau ne s’élargit presque pas : parti de quelques millimètres, son diamètre reste de l’ordre du centimètre même à plusieurs dizaines de mètres — quand la lumière d’un projecteur, elle, éclaire toute une pièce.
L’énergie reste concentrée sur une surface minuscule, y compris loin de l’appareil. Un laser reste dangereux à distance.
Puissance
De quelques milliwatts (mW) pour un pointeur ou un niveau laser de chantier, à plusieurs dizaines de watts (W) pour une machine de découpe.
Ce n’est pas la puissance seule qui blesse, mais la puissance rapportée à la surface éclairée.
Application — Pourquoi le petit gagne contre le gros
Dans un atelier, un projecteur de chantier de 30 W éclaire toute la pièce sans danger pour les yeux. Un pointeur laser de classe 3R, de 2 mW seulement — une puissance 15 000 fois plus faible —, peut au contraire léser la rétine en cas de vision directe du faisceau.
a) Laquelle des trois caractéristiques ci-dessus explique cette différence ?
b) Un opérateur possède des lunettes anti-laser achetées pour un laser rouge visible. Peut-il les utiliser devant une machine de découpe à faisceau infrarouge ?
a) La faible divergence. Le projecteur répartit ses 30 W sur toute la pièce, donc sur plusieurs mètres carrés : chaque point n’en reçoit qu’une part infime. Le pointeur, lui, concentre ses 2 mW sur un disque de l’ordre du millimètre — et l’œil concentre encore ce faisceau sur la rétine. Ce qui blesse, c’est la puissance par unité de surface, pas la puissance totale.
b) Non. Ces lunettes filtrent la longueur d’onde du rouge. Le faisceau de la machine est infrarouge : c’est une autre longueur d’onde, il traverserait le filtre. Il est en plus invisible, donc rien n’avertit l’opérateur. Il faut des lunettes marquées pour la longueur d’onde de cette machine.
Classes de lasers
Classe
Description
Exemples
Risque
1
Sans danger en utilisation normale
Lecteur CD, imprimante laser
● Nul
2
Visible — le clignement protège
Pointeur laser vert faible puissance
● Faible
3R / 3B
Danger si regard direct
Lasers de labo, scanners
● Modéré
4
Danger même par réflexion
Lasers industriels de découpe
● Élevé
Règles absolues face à un laser
Ne jamais regarder directement dans le faisceau, même indirectement (réflexion sur surface brillante)
Toujours porter les lunettes de protection adaptées à la longueur d’onde
Ne jamais diriger le faisceau vers une personne
Éteindre le laser lorsqu’il n’est pas utilisé
Application — Classe d’un laser de découpe
Dans un atelier d’agencement, une machine grave des panneaux à l’aide d’un faisceau laser. La notice du fabricant indique qu’il s’agit d’un laser de classe 4.
a) Que signifie la classe 4 ? Le faisceau n’est-il dangereux qu’en vision directe ?
b) Quelle protection l’opérateur doit-il utiliser ?
a) La classe 4 est la plus dangereuse : le rayonnement peut brûler la rétine et la peau. Il est dangereux même par réflexion (renvoi sur une surface brillante), et pas seulement en vision directe dans le faisceau.
b) Port obligatoire de lunettes anti-laser adaptées à la longueur d’onde du laser, ne jamais regarder le faisceau ni le diriger vers une personne, et travailler autant que possible avec la cabine fermée.
Rayonnements UV
Les lampes UV (ultraviolets) émettent un rayonnement invisible mais dangereux pour les yeux et la peau.
Port des lunettes anti-UV et évitement de l’exposition directe obligatoires.
6. Sécurité acoustique — Protéger son audition
L’intensité sonore se mesure en décibels (dB).
Une exposition prolongée à des niveaux élevés provoque des lésions irréversibles de l’audition.
Seuils importants
Le risque dépend à la fois du niveau sonore et de la durée d’exposition. La réglementation raisonne sur le niveau d’exposition moyen sur une journée de 8 h, noté LEX,8h et exprimé en dB(A).
0 dB : seuil d’audibilité
80 dB(A) (LEX,8h) : première valeur d’action — l’employeur informe, forme et met des protecteurs à disposition
85 dB(A) (LEX,8h) : seconde valeur d’action — port des protecteurs obligatoire, zones bruyantes signalées
87 dB(A) : valeur limite à ne jamais dépasser à l’oreille, protecteurs compris
120 dB : seuil de douleur — au-delà de 130 dB, risque de lésion immédiate
En atelier de fabrication
Une scie circulaire produit environ 100 à 105 dB(A). À ce niveau, la durée pendant laquelle
on peut travailler sans dépasser les valeurs d’action est très courte : le port des protecteurs
auditifs est obligatoire et il faut aussi limiter la durée d’exposition.
Application
En atelier, un élève utilise une scie à format qui produit un niveau sonore de 102 dB(A).
a) Ce niveau impose-t-il de se protéger ?
b) Quelle protection doit-il porter ?
c) Quelle atténuation nominale minimale un casque doit-il fournir, en première estimation, pour viser un niveau sous 85 dB(A) ?
a) Oui. 102 dB(A) est un niveau instantané : on ne peut pas le comparer directement aux valeurs d'action, qui sont des niveaux moyens sur 8 h, sans connaître la durée d'exposition. Mais un niveau aussi élevé impose la prudence dès qu'on l'approche : protecteurs obligatoires et durée d'exposition à limiter.
b) Casque antibruit (coquilles) ou bouchons d'oreilles certifiés.
c) En première estimation : 102 − 85 = 17 dB d'atténuation nominale minimale. ⚠️ Attention : ce calcul est une estimation simplifiée. La protection réelle dépend de l'ajustement du casque et des fréquences du bruit, et la réglementation raisonne sur l'exposition moyenne sur la journée (LEX,8h), avec une valeur limite de 87 dB(A) à l'oreille. On garde donc une marge de sécurité et on limite la durée : un simple calcul ne suffit pas, à lui seul, à garantir l'absence de risque.
7. Tri sélectif des déchets chimiques
Les produits chimiques utilisés en laboratoire ou en atelier ne doivent jamais
être jetés dans les poubelles ordinaires ni versés dans l’évier.
Déchets Dangereux Spécifiques (DDS)
Ce sont des déchets qui présentent des risques pour la santé ou l’environnement :
solvants, peintures, vernis, huiles, piles, produits corrosifs.
Type de déchet
Où le mettre ?
Exemples en atelier
Solvants organiques
Bidon spécifique solvants
White-spirit, acétone, diluants
Produits corrosifs
Bidon spécifique acides/bases
Décalants, décapants
Emballages souillés
Collecte DDS
Bidons de vernis vides, chiffons imprégnés
Piles et batteries
Borne de collecte piles
Piles d’outillage sans fil
Déchets banals
Poubelle ordinaire
Papier, carton non souillé
Règles de tri
Ne jamais mélanger des produits chimiques différents dans le même conteneur
Toujours étiqueter les conteneurs de déchets
Fermer les conteneurs hermétiquement après chaque dépôt
Stocker dans un local ventilé et signalé
Application
Associez chaque déchet à son mode de collecte correct :
Les pictogrammes SGH sont normalisés — losange blanc bord rouge — 9 symboles à connaître
L’EPI doit être adapté au risque et toujours porté avant la manipulation
Un dispositif différentiel ≤ 30 mA complète la mise à la terre et réduit le risque ; le fusible/disjoncteur protège les circuits contre les surintensités
Bruit : le risque dépend du niveau et de la durée — valeurs d’action 80 et 85 dB(A) (LEX,8h), valeur limite 87 dB(A)
Ne jamais regarder un laser directement — danger pour la rétine
Les déchets chimiques ne vont jamais dans la poubelle ordinaire