Ch10 – Propagation son | 1ère ERA-MA | ⏱ 30 min
Dernière mise à jour : 14 août 2026, 21:15
Cette activité mobilise l'acoustique du bâtiment (formule de Sabine, indice Rw) ou la corde vibrante, au-delà du programme. Le module de 1ère (Groupement 3) se limite à v = d/t, λ = v/f, niveau en dB et atténuation. À réserver à l'approfondissement.
Pourquoi une cloison entre 2 logements doit-elle être plus performante qu'une cloison entre 2 pièces d'un même logement ?
Réglementation. La Nouvelle Réglementation Acoustique (NRA, 1996) impose un isolement mesuré entre les deux logements : DnT,A ≥ 53 dB (mur de séparation appartements ou maisons mitoyennes) — on l'assimile ici au Rw du mur, par simplification. Entre 2 pièces d'un même logement : Rw > 35 dB suffit. C'est 18 dB de différence = 64× moins de bruit transmis ! Logique : on a moins de tolérance pour le bruit du voisin que pour celui de sa propre famille. Non-respect = recours juridique possible.
Inès, syndic chez « Lille Habitat 59 », doit refaire la cloison entre 2 appartements suite à des plaintes acoustiques répétées. Elle compare 3 options techniques avec son menuisier agenceur partenaire.
| Solution | Composition | Rw (dB) | Prix (€/m² posé) | Épaisseur |
|---|---|---|---|---|
| A — Parpaing nu | parpaing creux 20 cm enduit | 47 | 45 | 20 cm |
| B — Parp + doublage | parpaing + laine 40 + BA13 | 55 | 85 | 26 cm |
| C — Double Placo | BA13 + laine 100 + BA13 (sans parpaing) | 60 | 75 | 14 cm |
Quelles solutions respectent la NRA (Rw ≥ 53 dB) ?
A (47 dB) : NON conforme. À améliorer.
B (55 dB) : ✓ conforme (+2 dB de marge).
C (60 dB) : ✓ conforme avec marge confortable (+7 dB).
⚠️ Cette marge n'est pas un luxe : les Rw du tableau sont des valeurs de laboratoire, et l'isolement réellement obtenu sur le chantier est toujours inférieur (Doc 1). Une solution « tout juste à 53 dB » sur le papier risque d'être non conforme une fois posée.
Niveau résiduel chez le voisin pour chaque solution (L_émission − Rw).
A : 75 − 47 = 28 dB chez le voisin. Encore audible : c'est le niveau d'un chuchotement (30 dB) — une conversation, elle, est plutôt à 50-60 dB.
B : 75 − 55 = 20 dB. Quasi inaudible.
C : 75 − 60 = 15 dB. Imperceptible (bruit de fond ambiant).
Pourquoi C (sans parpaing) est-il supérieur à B (avec parpaing) en Rw ?
Principe masse-ressort-masse : 2 plaques BA13 indépendantes + laine 100 entre. La laine absorbe les vibrations. Le découplage est complet (chaque plaque vibre indépendamment).
En B, le parpaing transmet les vibrations « solidiennes » (par contact mécanique) malgré le doublage. Système moins efficace acoustique.
Pour optimiser B : fixation désolidarisée (rail flottant) entre parpaing et BA13. Gain +3-5 dB.
Coût total des 3 solutions sur 25 m².
A : 45 × 25 = 1 125 € (mais NON conforme, à refaire).
B : 85 × 25 = 2 125 €.
C : 75 × 25 = 1 875 €.
C est le moins cher des conformes ET le plus performant — sur le seul poste fourniture-pose. ⚠️ Ces prix ne comprennent pas la dépose du parpaing existant, que C impose et que B évite (voir Q8).
Économie d'espace de C vs B (14 vs 26 cm).
Gain : 12 cm × 10 m linéaires = 1,2 m² d'espace habitable récupéré.
À Lille (≈ 3 000 €/m² immobilier), économie indirecte ~ 3 600 € sur la valeur du bien.
C cumule donc : moins cher, plus performant, gain de surface. Choix imbattable... sauf si on souhaite conserver le parpaing existant (sans démolition).
Dans le cas où la cloison parpaing existante reste en place, quelle est la meilleure solution ?
B (doublage sur parpaing existant), mais optimisée :
Solution B optimisée : Rw atteignable 58-60 dB.
Conséquences si Inès ne fait rien et que les plaintes continuent ?
Conséquences en cascade :
Risque total potentiel : 5 000-15 000 € minimum. Vs 1 875 € pour solution C. L'isolation est largement amortie par l'évitement du risque juridique.
Note d'Inès au conseil syndical (4 lignes).
Cloison mitoyenne Lot 12-13 — Inès (Lille Habitat 59)
• Deux options conformes, et elles s'excluent : soit on démolit le parpaing, soit on le garde.
• C — démolir le parpaing et reconstruire en BA13 + laine 100 + BA13 : Rw 60 dB, 1 875 € TTC de fourniture-pose, 14 cm au lieu de 26 cm (≈ 1,2 m² habitable de plus qu'en B). Mais chantier lourd : démolition, évacuation des gravats, poussière, logement inoccupé — surcoût de dépose non chiffré ici.
• B — doubler DEVANT le parpaing existant (laine + BA13) : Rw 55 dB, 2 125 € TTC, aucune démolition, 2 jours de chantier — mais le doublage empiète de 6 cm sur la pièce (≈ 10 cm avec la version optimisée de la Q6), et l'affaiblissement reste inférieur à celui de C.
• Recommandation : la solution C, démolition assumée. C'est la marge acoustique (60 dB annoncés, ≈ 55 dB attendus une fois posés) qui met le mieux la copropriété à l'abri d'un nouveau litige, et le mètre carré récupéré compense le surcroît de chantier. Si l'AG refuse la démolition, B optimisée (Q6) reste conforme.
• AG copropriété : à voter avant aggravation des plaintes.
D'après la loi de masse en acoustique, l'affaiblissement R augmente comme 20·log(masse) : chaque doublement de la masse n'apporte qu'environ +6 dB (car 20·log(2) ≈ 6 dB). L'échelle décibel étant logarithmique, doubler la masse ne « double » pas l'isolation ressentie.
Pour gagner encore +6 dB, il faut doubler à nouveau la masse (soit ×4 au total par rapport au départ) : c'est la loi des rendements décroissants. C'est pourquoi le masse-ressort-masse est si efficace : il contourne cette limite par l'absorption + le découplage.
Conséquence pratique : pour atteindre 60-65 dB, la masse seule est inefficace (mur de 60 cm béton !). Doublage acoustique = la seule voie raisonnable.
📚 §7 (Isolation phonique) de la leçon Ch10.