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Chapitre 5 – Minimiser les transferts thermiques pour économiser l'énergie

Première Bac Pro ERA-MA (Grpt 3) | Physique – Thermique | Conductance et isolation

Dernière mise à jour : 6 août 2026, 19:18

Objectifs du chapitre

1. Situation professionnelle – Isolation d'une cloison

Contexte professionnel
Un menuisier agenceur doit isoler une cloison séparant un salon chauffé d'un garage non chauffé dans une maison en rénovation. Le client souhaite réduire sa facture de chauffage. Plusieurs isolants sont disponibles : laine de verre, polystyrène, laine de bois, mousse polyuréthane. Comment choisir le meilleur matériau et la bonne épaisseur ? Pour répondre, il faut savoir calculer les pertes thermiques à travers une paroi.

2. Rappel – La conductivité thermique \(\lambda\)

Définition – Conductivité thermique
La conductivité thermique \(\lambda\) (lambda) d'un matériau caractérise sa capacité à conduire la chaleur. Elle s'exprime en W/(m·K) (watts par mètre et par kelvin).

Expérience – Comparer la conductivité de matériaux

Méthode expérimentale
Pour comparer les conductivités, on utilise des plaques de même épaisseur et de même surface, avec les mêmes températures imposées sur leurs deux faces. On mesure le flux thermique lorsque le régime permanent est atteint. Une mesure faite seulement « après un même temps » compare la réponse thermique globale du montage : capacité thermique, contacts et pertes parasites interviennent aussi. Elle ne suffit donc pas, à elle seule, à mesurer \(\lambda\).
Matériau\(\lambda\) (W/(m·K))Classement
Aluminium237Excellent conducteur
Acier50Bon conducteur
Béton1,7Conducteur moyen
Brique0,84Isolant moyen
Bois (résineux)0,12Bon isolant
Laine de bois0,038Très bon isolant
Polystyrène expansé0,035Très bon isolant
Laine de verre0,032Très bon isolant
Mousse polyuréthane0,022Excellent isolant

3. La conductance thermique d'une plaque plane

Application

Un menuisier agenceur compare deux isolants pour une paroi de 5 m² : laine de verre (\(\lambda = 0{,}032\) W/(m·K)) et polystyrène (\(\lambda = 0{,}035\) W/(m·K)). Lequel conduit le moins bien la chaleur ? Classer du meilleur au moins bon isolant.

Définition – Conductance thermique G
La conductance thermique G d'une plaque plane est une grandeur qui caractérise la facilité avec laquelle la chaleur traverse cette plaque. Elle dépend du matériau, de la surface et de l'épaisseur : \[ G = \frac{\lambda \cdot S}{e} \]
\[ \boxed{G = \frac{\lambda \cdot S}{e}} \quad \text{(en W/K)} \] Plus G est grand, plus la chaleur passe facilement.
Plus G est petit, meilleure est l'isolation.

La chaleur traverse la paroi de la face chaude (T₁) vers la face froide (T₂). Plus la paroi est épaisse (e grand) et plus λ est faible, plus le flux Φ est réduit.

Propriété – Influence des paramètres
ParamètreSi on augmente...G...Isolation...
\(\lambda\) (conductivité)Matériau plus conducteurAugmenteDiminue
\(S\) (surface)Paroi plus grandeAugmenteDiminue
\(e\) (épaisseur)Paroi plus épaisseDiminueAugmente
Pour bien isoler : choisir un matériau de \(\lambda\) faible et une épaisseur \(e\) grande.
Application

Calculer la conductance thermique d'un panneau de laine de bois (\(\lambda = 0{,}038\) W/(m·K)) de surface S = 8 m² et d'épaisseur e = 12 cm.

Exemple 1 – Conductance d'un mur en béton

Données : Mur en béton, \(\lambda = 1{,}7\) W/(m·K), surface S = 10 m², épaisseur e = 20 cm = 0,20 m.

\[ G = \frac{\lambda \cdot S}{e} = \frac{1{,}7 \times 10}{0{,}20} = \frac{17}{0{,}20} = 85 \text{ W/K} \]

Ce mur a une conductance de 85 W/K : chaque kelvin de différence de température entraîne un flux de 85 W à travers le mur.

Exemple 2 – Conductance d'une plaque isolante

Données : Plaque de polystyrène, \(\lambda = 0{,}035\) W/(m·K), S = 10 m², e = 10 cm = 0,10 m.

\[ G = \frac{0{,}035 \times 10}{0{,}10} = \frac{0{,}35}{0{,}10} = 3{,}5 \text{ W/K} \]

L'isolant, à lui seul, a une conductance de 3,5 W/K, soit 24 fois plus faible que le mur en béton nu de l'Exemple 1. L'isolation est bien plus efficace. Attention : ce n'est pas encore la conductance d'un mur isolé complet — pour un mur béton + isolant, il faut combiner les deux couches (voir l'Exemple 4 du § 7).

4. La puissance thermique traversant une plaque plane

Définition – Flux thermique (puissance thermique)
Le flux thermique \(\Phi\) (phi) est la puissance thermique qui traverse la plaque. Il est proportionnel à la conductance G et à la différence de température entre les deux faces : \[ \Phi = G \cdot (T_1 - T_2) \]
\[ \boxed{\Phi = G \cdot (T_1 - T_2) = \frac{\lambda \cdot S}{e} \cdot (T_1 - T_2)} \quad \text{(en W)} \] \(\Phi\) représente la puissance de chauffage perdue à travers la paroi.
Application

Un technicien d'agencement calcule les pertes d'une cloison en bois de résineux (S = 6 m², e = 5 cm, \(\lambda = 0{,}12\) W/(m·K)) séparant une pièce à 21 °C d'un couloir à 15 °C. Calculer G puis le flux thermique \(\Phi\).

Application — Effet de l'écart de température

Un menuisier agenceur a posé une cloison isolée de conductance \(G = 4{,}0\) W/K entre un salon à 20 °C et un garage. Calculer le flux thermique \(\Phi\) quand le garage est à 8 °C, puis quand il descend à 2 °C. Que constate-t-on ?

Influence de l'épaisseur sur les pertes

Paroi de laine de bois : λ = 0,038 W/(m·K), S = 10 m², écart de température T₁ − T₂ = 20 °C. Fais varier l'épaisseur e :


Attention – Unités

5. Exemples numériques

Exemple 3 – Flux à travers un mur non isolé

Situation : Un mur en béton (S = 12 m², e = 20 cm, \(\lambda = 1{,}7\) W/(m·K)). Intérieur : 20 °C, extérieur : 5 °C.

Étape 1 : Calculer G.

\[ G = \frac{1{,}7 \times 12}{0{,}20} = \frac{20{,}4}{0{,}20} = 102 \text{ W/K} \]

Étape 2 : Calculer \(\Phi\).

\[ \Phi = G \times (T_1 - T_2) = 102 \times (20 - 5) = 102 \times 15 = 1\,530 \text{ W} \]

Conclusion : 1 530 W s'échappent à travers ce mur. C'est équivalent à un radiateur de 1,5 kW qui chauffe... l'extérieur !

Que deviendrait ce flux si l'on isolait ce mur ? Une paroi à plusieurs couches (béton + isolant) se calcule à l'aide de la résistance thermique, présentée au § 7 « pour aller plus loin » : l'Exemple 4 y reprend ce mur et montre que les pertes tombent à environ 56 W.

6. Graphique – Influence de l'épaisseur d'isolant

Pour la paroi et les hypothèses de ce graphique, passer de 2 à 6 cm réduit fortement le flux. L'effet marginal diminue ensuite, mais le graphique ne fixe pas une épaisseur « optimale » universelle : le choix réel dépend de la paroi complète, des ponts thermiques, des contraintes du bâtiment et de la réglementation.

7. La résistance thermique (pour aller plus loin)

Définition – Résistance thermique R
La résistance thermique R est l'inverse de la conductance G : \[ R = \frac{1}{G} = \frac{e}{\lambda \cdot S} \quad \text{(en K/W)} \] Plus R est grand, meilleure est l'isolation.
Propriété – Parois superposées
Pour une paroi constituée de plusieurs couches (ex : béton + isolant + placo), les résistances thermiques s'additionnent : \[ R_{\text{total}} = R_1 + R_2 + R_3 + \ldots \] Le flux total est alors : \[ \Phi = \frac{T_1 - T_2}{R_{\text{total}}} \] Ces relations décrivent ici un transfert unidimensionnel en régime permanent. Les résistances superficielles et les ponts thermiques ne sont pas pris en compte.
Exemple 4 – Le mur de l'Exemple 3, une fois isolé

Situation : On ajoute 10 cm de laine de verre (\(\lambda = 0{,}032\) W/(m·K)) sur le mur en béton de l'Exemple 3 (S = 12 m², e = 20 cm, \(\lambda = 1{,}7\) W/(m·K)), toujours entre 20 °C à l'intérieur et 5 °C à l'extérieur.

Dans le modèle simplifié d'une paroi plane en régime permanent, les résistances du béton et de la laine s'ajoutent :

\[ R_{\text{béton}} = \frac{e}{\lambda \cdot S} = \frac{0{,}20}{1{,}7 \times 12} = 0{,}0098 \text{ K/W} \] \[ R_{\text{laine}} = \frac{0{,}10}{0{,}032 \times 12} = 0{,}260 \text{ K/W} \] \[ R_{\text{total}} = 0{,}0098 + 0{,}260 = 0{,}270 \text{ K/W} \]

Flux à travers l'ensemble, avec \(T_1 - T_2 = 20 - 5 = 15\) K :

\[ \Phi = \frac{T_1 - T_2}{R_{\text{total}}} = \frac{15}{0{,}270} \approx 55{,}5 \text{ W} \]

Comparaison : Sans isolant : 1 530 W. Avec l'ensemble béton + isolant : environ 56 W. Dans ce modèle, les pertes sont divisées par environ 28.

Exemple 5 – Mur composite (béton + isolant + placo)

Un mur est composé de : béton (20 cm, \(\lambda = 1{,}7\)) + polystyrène (10 cm, \(\lambda = 0{,}035\)) + placo (1,3 cm, \(\lambda = 0{,}25\)). Surface = 10 m².

Résistances thermiques de la paroi (S = 10 m²) :

\[ R_{\text{béton}} = \frac{0{,}20}{1{,}7 \times 10} = 0{,}0118 \text{ K/W} \] \[ R_{\text{polystyrène}} = \frac{0{,}10}{0{,}035 \times 10} = 0{,}286 \text{ K/W} \] \[ R_{\text{placo}} = \frac{0{,}013}{0{,}25 \times 10} = 0{,}0052 \text{ K/W} \] \[ R_{\text{total}} = 0{,}0118 + 0{,}286 + 0{,}0052 = 0{,}303 \text{ K/W} \]

Pour \(\Delta T = 15\) K : \(\Phi = 15 / 0{,}303 = 49{,}5\) W.

Conclusion : L'isolant domine la résistance totale (94 %). Le béton et le placo contribuent très peu à l'isolation.

Dans un mur multicouche, la température chute surtout à travers la couche isolante (polystyrène) : c'est elle qui assure l'essentiel de l'isolation, le béton et le placo presque rien.

8. Application aux métiers de l'agencement

Application – Choix d'un isolant pour une cloison

Un technicien d'agencement compare trois isolants pour une cloison de 8 m² entre un salon (20 °C) et un garage (5 °C) :

Isolant\(\lambda\) (W/(m·K))Épaisseur (cm)G (W/K)\(\Phi\) (W)Prix (€/m²)
Laine de verre0,032102,5638,48
Polystyrène0,035102,8042,012
Laine de bois0,038103,0445,618

D'après les seules données du tableau, la laine de verre donne le flux calculé le plus faible et le prix le plus bas. Le confort d'été, l'impact environnemental, le comportement au feu et à l'humidité, ainsi que les conditions de pose nécessitent d'autres données : on ne peut pas les déduire de \(\lambda\) et du prix seuls.

Application — Du matériau à l'énergie perdue

Un menuisier agenceur pose la cloison en laine de bois du tableau ci-dessus : \(\lambda = 0{,}038\) W/(m·K), S = 8 m², e = 10 cm, entre un salon à 20 °C et un garage à 5 °C. Calculer la conductance G, le flux \(\Phi\), puis l'énergie perdue en 5 heures de chauffe (en kWh).

9. À retenir

Formules clés du chapitre (toutes fournies en évaluation : aucune n'est à mémoriser) : À savoir expliquer :
Attention aux erreurs fréquentes Ces quatre premiers pièges sont repris et détaillés, avec un conseil pour chacun, au § 11 « Erreurs fréquentes » en fin de chapitre.

10. Mini exercices

Exercice 1 – Conductance d'une vitre
Calculer la conductance thermique d'une vitre de fenêtre : S = 1,5 m², e = 4 mm = 0,004 m, \(\lambda = 1{,}0\) W/(m·K).
Voir la solution

\[ G = \frac{1{,}0 \times 1{,}5}{0{,}004} = \frac{1{,}5}{0{,}004} = 375 \text{ W/K} \]

La vitre a une très grande conductance : elle laisse facilement passer la chaleur.

Exercice 2 – Flux à travers un mur
Un mur en brique (S = 15 m², e = 20 cm, \(\lambda = 0{,}84\)) sépare une pièce à 19 °C de l'extérieur à 4 °C.
Calculer G puis \(\Phi\).
Voir la solution

\(G = \dfrac{0{,}84 \times 15}{0{,}20} = 63\) W/K

\(\Phi = 63 \times (19 - 4) = 63 \times 15 = 945\) W

Exercice 3 – Comparaison d'épaisseurs
Pour un mur de 10 m² en polystyrène (\(\lambda = 0{,}035\)), calculer G pour e = 5 cm, 10 cm et 20 cm. Conclure.
Voir la solution

e = 5 cm : \(G = 0{,}035 \times 10 / 0{,}05 = 7{,}0\) W/K

e = 10 cm : \(G = 0{,}035 \times 10 / 0{,}10 = 3{,}5\) W/K

e = 20 cm : \(G = 0{,}035 \times 10 / 0{,}20 = 1{,}75\) W/K

Doubler l'épaisseur divise la conductance par 2, donc aussi le flux perdu : G est inversement proportionnelle à e. Attention, les gains successifs sont de plus en plus faibles : passer de 5 à 10 cm fait gagner 3,5 W/K, passer de 10 à 20 cm n'en fait gagner que 1,75.

Exercice 4 – Énergie perdue en 10 heures de chauffe
Un mur laisse passer un flux \(\Phi = 200\) W. Calculer l'énergie perdue en 10 heures (en kWh) et le coût (à 0,18 €/kWh).
Voir la solution

\(E = \Phi \times t = 0{,}200 \times 10 = 2\) kWh

Coût : \(2 \times 0{,}18 = 0{,}36\) € pour ces 10 heures de chauffe

11. Erreurs fréquentes

Oublier de convertir l'épaisseur en mètres
Utiliser e = 10 cm dans la formule \(G = \lambda S / e\) au lieu de e = 0,10 m. Le résultat serait multiplié par 100.
Conseil : toujours écrire l'épaisseur en mètres dès le début du calcul.
Confondre conductivité λ et conductance G
La conductivité \(\lambda\) est une propriété du matériau (indépendante de la taille). La conductance G dépend de la paroi entière (matériau + surface + épaisseur).
Conseil : λ caractérise le matériau, G caractérise la paroi (on calcule G à partir de λ, S et e).
Confondre conductance G et résistance thermique R
G et R sont des inverses l'un de l'autre : \(R = 1/G\). Un G grand = mauvais isolant ; un R grand = bon isolant.
Conseil : G en W/K (facilité de passage), R en K/W (résistance au passage) — inverses.
Confondre flux thermique (en W) et énergie perdue (en J ou kWh)
Le flux \(\Phi\) est une puissance (watts), pas une énergie. Pour calculer l'énergie perdue sur une durée, il faut multiplier : \(E = \Phi \times t\).
Conseil : \(\Phi\) en W = énergie par seconde ; multiplier par le nombre de secondes pour obtenir des joules.
Première Bac Pro ERA-MA – Groupement 3 | Physique-Chimie – Chapitre 5 | maths-sciences-pro.fr

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