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Chapitre 6 – Cinétique chimique et catalyse

Chapitre 6 | Première STL — spécialité Physique-chimie et mathématiques | Physique-Chimie

Dernière mise à jour : 21 octobre 2026

⏱ Durée de lecture estimée : ~22 min

Illustration : Deux élèves suivent une transformation chimique par colorimétrie ; des cuves de moins en moins violettes accompagnent deux courbes décroissantes de concentration en fonction du temps.
Suivre l’évolution d’une concentration pour comparer des vitesses de réaction.
Objectifs du chapitre :
Situation. Une pastille effervescente plongée dans l'eau se dissout en quelques secondes ; une plaque de fer laissée dehors met des mois à rouiller ; le lait tourne plus vite hors du réfrigérateur qu'à l'intérieur. Ces trois transformations chimiques n'ont pas la même durée. La cinétique chimique est la partie de la chimie qui étudie la vitesse des transformations : comment la mesurer, et comment agir dessus (température, concentration, catalyseur) pour l'accélérer ou la ralentir. C'est un enjeu central en industrie, en biologie et dans la conservation des aliments.

1. Transformations rapides et transformations lentes

Définition — transformation rapide, transformation lente Une transformation chimique est dite : Seules les transformations lentes se prêtent à une étude cinétique : on peut alors mesurer une vitesse.
Suivre une transformation au cours du temps Pour étudier une transformation lente, on mesure une grandeur qui évolue avec l'avancement : la concentration d'un réactif ou d'un produit (par titrage, absorbance, conductimétrie, pression du gaz formé…). On obtient une courbe d'évolution temporelle \([X]=f(t)\), point de départ de toute la cinétique.
Mini-exercice 1. Classer en « rapide » ou « lente » : (a) la formation d'un précipité blanc quand on verse une solution de nitrate d'argent dans de l'eau salée ; (b) la fermentation du raisin en vin ; (c) la rouille qui se forme sur une grille de fer.

(a) rapide (précipité immédiat) ; (b) lente (plusieurs jours à semaines) ; (c) lente (mois). Seules (b) et (c) permettent une étude cinétique.

2. Vitesse de disparition et vitesse d'apparition

Considérons une transformation modélisée par une réaction où un réactif \(\text{R}\) se transforme en un produit \(\text{P}\). Au fur et à mesure du temps, \([\text{R}]\) diminue et \([\text{P}]\) augmente.

Définition — vitesse de disparition d'un réactif La vitesse de disparition d'un réactif \(\text{R}\) est la vitesse à laquelle sa concentration diminue au cours du temps. À une date \(t\), elle est donnée par la valeur absolue du nombre dérivé de la fonction \([\text{R}]=f(t)\) :
\(v_{\text{disp}}(\text{R})=\left|\dfrac{\mathrm{d}[\text{R}]}{\mathrm{d}t}\right|\)
Comme \([\text{R}]\) diminue, sa dérivée \(\dfrac{\mathrm{d}[\text{R}]}{\mathrm{d}t}\) est négative : on prend sa valeur absolue pour obtenir une vitesse positive. Unité usuelle : \(\text{mol·L}^{-1}\text{·s}^{-1}\) (ou par minute, par heure…).
Définition — vitesse d'apparition d'un produit La vitesse d'apparition d'un produit \(\text{P}\) est la vitesse à laquelle sa concentration augmente. À une date \(t\) :
\(v_{\text{app}}(\text{P})=\dfrac{\mathrm{d}[\text{P}]}{\mathrm{d}t}\)
Comme \([\text{P}]\) augmente, sa dérivée est positive : la vitesse d'apparition est déjà positive, sans valeur absolue. Même unité que ci-dessus.
Lien avec le nombre dérivé (passerelle avec les maths) La vitesse à une date \(t\) est le nombre dérivé de la fonction concentration en \(t\), c'est-à-dire le coefficient directeur (la pente) de la tangente à la courbe \([X]=f(t)\) en ce point. Une vitesse cinétique n'est donc pas un nombre unique : elle change à chaque instant, car la pente de la courbe change.
Vitesse de disparition = |pente de la tangente| temps t (s) [R] (mol·L⁻¹) tangente en A pente forte → v grande tangente en B pente faible → v petite
Signe et valeur absolue Pour un réactif, la courbe descend : le nombre dérivé est négatif, on prend sa valeur absolue. Pour un produit, la courbe monte : le nombre dérivé est positif. Dans les deux cas, une vitesse est toujours positive.

3. Estimer une vitesse à partir d'une courbe

Méthode — mesurer une vitesse sur une courbe \([X]=f(t)\)
  1. Repérer sur l'axe des temps la date \(t\) où l'on veut la vitesse, et placer le point correspondant sur la courbe.
  2. Tracer la tangente à la courbe en ce point (droite qui « épouse » la courbe localement).
  3. Choisir deux points bien lisibles de la tangente et calculer sa pente : \(\text{pente}=\dfrac{\Delta [X]}{\Delta t}=\dfrac{[X]_2-[X]_1}{t_2-t_1}\).
  4. La vitesse cherchée est cette pente (en valeur absolue pour un réactif).
Exemple travaillé — vitesse d'apparition d'un produit. Un produit \(\text{P}\) apparaît au cours d'une réaction. À la date \(t=20\ \text{s}\), on trace la tangente à la courbe \([\text{P}]=f(t)\). Cette tangente passe par les points \((10\ \text{s}\,;\,0{,}12\ \text{mol·L}^{-1})\) et \((30\ \text{s}\,;\,0{,}28\ \text{mol·L}^{-1})\).
\(v_{\text{app}}(\text{P})=\dfrac{\mathrm{d}[\text{P}]}{\mathrm{d}t}=\dfrac{0{,}28-0{,}12}{30-10}=\dfrac{0{,}16}{20}=8{,}0\times10^{-3}\ \text{mol·L}^{-1}\text{·s}^{-1}\)
À \(t=20\ \text{s}\), le produit apparaît à la vitesse de \(8{,}0\times10^{-3}\ \text{mol·L}^{-1}\text{·s}^{-1}\).
La vitesse diminue au cours du temps Dans la plupart des réactions, la vitesse est maximale à l'instant initial (les réactifs sont les plus concentrés) puis diminue au fur et à mesure que les réactifs sont consommés. Sur la courbe, cela se voit : la tangente est très inclinée au début, puis la courbe s'aplatit — la pente, donc la vitesse, tend vers zéro quand la réaction s'achève.
Mini-exercice 2. La concentration d'un réactif \(\text{R}\) est suivie au cours du temps. À \(t=0\), la tangente à la courbe passe par \((0\ \text{s}\,;\,1{,}00\ \text{mol·L}^{-1})\) et \((50\ \text{s}\,;\,0{,}40\ \text{mol·L}^{-1})\). Calculer la vitesse de disparition de \(\text{R}\) à \(t=0\).

Pente de la tangente : \(\dfrac{0{,}40-1{,}00}{50-0}=\dfrac{-0{,}60}{50}=-1{,}2\times10^{-2}\ \text{mol·L}^{-1}\text{·s}^{-1}\). La concentration diminue (pente négative), donc \(v_{\text{disp}}(\text{R})=\left|-1{,}2\times10^{-2}\right|=1{,}2\times10^{-2}\ \text{mol·L}^{-1}\text{·s}^{-1}\).

4. Temps de demi-réaction

Définition — temps de demi-réaction \(t_{1/2}\) Le temps de demi-réaction \(t_{1/2}\) est la durée au bout de laquelle la moitié de la quantité de réactif initialement présente a été consommée (autrement dit, l'avancement a atteint la moitié de sa valeur finale).
Lecture de \(t_{1/2}\) sur une courbe de réactif Si l'on suit la concentration d'un réactif \([\text{R}]\), le temps de demi-réaction est la date à laquelle :
\([\text{R}]=\dfrac{[\text{R}]_0}{2}\)
où \([\text{R}]_0\) est la concentration initiale. On repère \(\dfrac{[\text{R}]_0}{2}\) sur l'axe des concentrations, on rejoint la courbe horizontalement, puis on descend sur l'axe des temps : on lit \(t_{1/2}\).
Lecture du temps de demi-réaction t₁/₂ temps t (min) [R] (mol·L⁻¹) [R]₀ [R]₀/2 t₁/₂
Exemple travaillé — \(t_{1/2}\) à partir d'un tableau. On suit la concentration d'un réactif \(\text{R}\) (\([\text{R}]_0=0{,}80\ \text{mol·L}^{-1}\)) :
\(t\) (min)0246810
\([\text{R}]\) (mol·L⁻¹)0,800,580,420,300,200,15
La moitié de la concentration initiale est \(\dfrac{[\text{R}]_0}{2}=\dfrac{0{,}80}{2}=0{,}40\ \text{mol·L}^{-1}\). Dans le tableau, \([\text{R}]=0{,}42\) à \(t=4\) min et \([\text{R}]=0{,}30\) à \(t=6\) min : la valeur \(0{,}40\) est atteinte juste après \(t=4\) min. On estime donc \(t_{1/2}\approx4{,}5\ \text{min}\).
\(t_{1/2}\) : bien prendre la moitié consommée Le temps de demi-réaction correspond à la moitié du réactif consommée, donc à \([\text{R}]=\dfrac{[\text{R}]_0}{2}\) (concentration tombée de moitié). Ne pas le confondre avec la fin de la réaction : à \(t_{1/2}\), il reste encore la moitié du réactif à transformer.
Mini-exercice 3. Une réaction démarre avec \([\text{R}]_0=1{,}0\ \text{mol·L}^{-1}\). On lit sur la courbe que \([\text{R}]\) vaut \(0{,}50\ \text{mol·L}^{-1}\) à \(t=12\) s. Que vaut le temps de demi-réaction \(t_{1/2}\) ?

La moitié de \([\text{R}]_0\) vaut \(\dfrac{1{,}0}{2}=0{,}50\ \text{mol·L}^{-1}\), atteinte à \(t=12\) s. Donc \(t_{1/2}=12\ \text{s}\).

5. Les facteurs cinétiques

Définition — facteur cinétique Un facteur cinétique est une grandeur qui, lorsqu'on la modifie, change la vitesse d'une transformation chimique. Les deux principaux facteurs au programme sont la température et la concentration des réactifs.

5.1. Influence de la température

Une élévation de température accélère la réaction À de rares exceptions près, augmenter la température accélère une transformation chimique (la vitesse augmente), tandis que la refroidir la ralentit. Interprétation microscopique : à température plus élevée, les molécules se déplacent plus vite, elles se rencontrent plus souvent et plus violemment, donc les chocs efficaces qui déclenchent la réaction sont plus fréquents.
Influence de la température temps t [R] (mol·L⁻¹) T élevée (rapide) T basse (lente) [R]₀
Exemple concret. On conserve le lait et les aliments au réfrigérateur pour ralentir les réactions de dégradation (température basse). À l'inverse, on chauffe pour accélérer une cuisson ou une réaction en laboratoire. La règle empirique : une élévation de \(10\ \text{°C}\) multiplie souvent la vitesse par un facteur de l'ordre de 2 à 3.
Mini-exercice 4. Pourquoi range-t-on le yaourt au réfrigérateur plutôt qu'à température ambiante ? Formuler la réponse en termes de facteur cinétique.

La température est un facteur cinétique. En abaissant la température, on ralentit les transformations chimiques et biochimiques qui dégradent le yaourt : il se conserve donc plus longtemps.

5.2. Influence de la concentration des réactifs

Des réactifs plus concentrés → réaction plus rapide Plus la concentration des réactifs est grande, plus la vitesse de la transformation est élevée. Interprétation microscopique : plus il y a de molécules de réactif par unité de volume, plus les chocs entre réactifs sont nombreux, donc plus la réaction avance vite. C'est aussi pourquoi la vitesse diminue au cours du temps : à mesure que les réactifs se consomment, leur concentration baisse.
Influence de la concentration des réactifs temps t [P] (mol·L⁻¹) réactif concentré (rapide) réactif dilué (lent)
Exemple. Le calcaire (marbre) attaqué par de l'acide chlorhydrique concentré mousse et se dissout beaucoup plus vite que dans le même acide dilué : c'est l'effet de la concentration sur la vitesse.
Mini-exercice 5. On réalise deux fois la même réaction entre un métal et un acide, l'une avec un acide dilué, l'autre avec le même acide plus concentré. Dans quel cas le dégagement gazeux est-il le plus rapide ? Pourquoi ?

Avec l'acide le plus concentré. Plus la concentration du réactif est grande, plus les chocs entre réactifs sont nombreux, donc plus la vitesse de la réaction (et le dégagement gazeux) est grande.

6. Les catalyseurs et la catalyse

Définition — catalyseur Un catalyseur est une espèce chimique qui accélère une transformation sans figurer dans le bilan de la réaction : il est consommé puis régénéré, si bien qu'il se retrouve intact en fin de réaction. On peut donc en utiliser une petite quantité. La catalyse est le phénomène d'accélération d'une réaction par un catalyseur.
Comment reconnaître un catalyseur Un catalyseur :
Effet d'un catalyseur sur la vitesse temps t [R] (mol·L⁻¹) avec catalyseur (rapide) sans catalyseur (lent) même état final
Définition — les trois natures de catalyse On qualifie la nature d'une catalyse selon l'état physique du catalyseur par rapport aux réactifs :
Les trois natures de catalyse homogène même phase (solution) catalyseur solide hétérogène phases différentes enzymatique enzyme + substrat
Exemple — la décomposition de l'eau oxygénée. Le peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée) se décompose lentement selon \(2\,\text{H}_2\text{O}_2 \rightarrow 2\,\text{H}_2\text{O} + \text{O}_2\). Cette réaction est accélérée : Dans les trois cas, les produits sont les mêmes (\(\text{H}_2\text{O}\) et \(\text{O}_2\)) : le catalyseur n'a changé que la vitesse.
Mini-exercice 6. On ajoute une pincée de platine solide finement divisé à un mélange gazeux de réactifs, ce qui accélère nettement leur réaction. (a) Le platine est-il un catalyseur ? (b) De quelle nature est la catalyse ?

(a) Oui : il accélère la réaction sans être consommé (on le retrouve intact) et n'apparaît pas dans le bilan → c'est un catalyseur. (b) Le platine est solide et les réactifs sont gazeux : phases différentes → catalyse hétérogène.

Mini-exercice 7. Dans une cellule, l'enzyme catalase décompose l'eau oxygénée \(\text{H}_2\text{O}_2\) en eau et dioxygène, beaucoup plus vite que sans elle. (a) De quelle nature est cette catalyse ? (b) La catalase est-elle consommée par la réaction ?

(a) La catalase est une enzyme : catalyse enzymatique. (b) Non : comme tout catalyseur, elle est régénérée et se retrouve intacte à la fin ; elle n'est pas consommée.

Erreurs fréquentes
À retenir