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Chapitre 2 – Structure spatiale et propriétés physiques des molécules

Chapitre 2 | Première STL — spécialité Physique-chimie et mathématiques | Physique-Chimie

Dernière mise à jour : 21 octobre 2026

⏱ Durée de lecture estimée : ~22 min

Illustration : Des élèves manipulent des modèles de deux molécules aux formes différentes.
Comparer la forme de molécules à l’aide de modèles spatiaux.
Objectifs du chapitre :
Situation. À température ambiante, le dioxygène \(\text{O}_2\) est un gaz, l'eau \(\text{H}_2\text{O}\) est un liquide, et le sucre est un solide. Pourtant, ce sont trois espèces moléculaires. Pourquoi cette différence d'état ? Et pourquoi l'eau bout-elle à \(100\ \text{°C}\) alors que le sulfure d'hydrogène \(\text{H}_2\text{S}\), pourtant plus lourd, bout à \(-60\ \text{°C}\) ? La réponse ne se lit pas dans la formule brute : elle se trouve dans la forme dans l'espace des molécules et dans les forces qui les relient entre elles. Ce chapitre relie l'échelle microscopique (structure d'une molécule) à l'échelle macroscopique (état, température de changement d'état) : c'est tout l'enjeu de la chimie moderne.

1. Le schéma de Lewis d'une molécule

Définition — schéma de Lewis Le schéma de Lewis d'une molécule représente l'ensemble des électrons de valence (électrons de la couche externe) des atomes, regroupés en doublets (paires d'électrons) :
Règle de l'octet (et du duet) Dans une molécule stable, chaque atome tend à s'entourer de quatre doublets, soit huit électrons sur sa couche externe : c'est la règle de l'octet. L'atome d'hydrogène fait exception : il se stabilise avec un seul doublet (deux électrons) — c'est la règle du duet.
Méthode — construire un schéma de Lewis
  1. Compter le nombre total d'électrons de valence de tous les atomes (colonne du tableau périodique = nombre d'électrons de valence pour les éléments principaux).
  2. Diviser par 2 pour obtenir le nombre de doublets à placer.
  3. Placer l'atome central (le moins électronégatif, souvent le carbone ou l'azote) et relier les atomes périphériques par des doublets liants.
  4. Compléter chaque atome périphérique à l'octet (duet pour H) avec des doublets non-liants, puis l'atome central.
  5. S'il manque des doublets pour l'octet de l'atome central, former des doubles ou des triples liaisons.
Exemple travaillé — l'eau \(\text{H}_2\text{O}\). Électrons de valence : O en apporte 6, chaque H en apporte 1, soit \(6+2\times 1=8\) électrons \(\Rightarrow 4\) doublets. Deux doublets liants relient O aux deux H (chaque H a son duet), et il reste 2 doublets non-liants sur l'oxygène. L'oxygène est bien entouré de 4 doublets (octet).
Schéma de Lewis de H₂O O H H 2 doublets non-liants doublets liants
Exemple — doubles et triples liaisons. Dans le dioxyde de carbone \(\text{CO}_2\), le carbone central partage deux doublets avec chaque oxygène : ce sont deux doubles liaisons \(\text{O}=\text{C}=\text{O}\). Dans le diazote \(\text{N}_2\), les deux atomes partagent trois doublets : c'est une triple liaison \(\text{N}\equiv\text{N}\), chaque azote gardant un doublet non-liant.
CO₂ (doubles liaisons) O C O N₂ (triple liaison) N N
Mini-exercice 1. Établir le schéma de Lewis de l'ammoniac \(\text{NH}_3\). Combien de doublets liants et de doublets non-liants porte l'atome d'azote ? (N est en colonne 15 : 5 électrons de valence.)

Électrons de valence : \(5+3\times 1=8\) \(\Rightarrow 4\) doublets. Trois doublets liants relient N aux trois H, et il reste 1 doublet non-liant sur l'azote. L'azote respecte bien l'octet (4 doublets).

2. La géométrie des molécules : théorie VSEPR

Définition — théorie VSEPR La théorie VSEPR (de l'anglais Valence Shell Electron Pair Repulsion, « répulsion des paires d'électrons de la couche de valence ») prévoit la forme dans l'espace d'une molécule. Idée : les doublets (liants et non-liants) portés par l'atome central se repoussent et se placent le plus loin possible les uns des autres.
Définition — notation \(\text{AX}_n\text{E}_m\) On décrit l'environnement de l'atome central A par la formule \(\text{AX}_n\text{E}_m\) : Au programme, on se limite aux cas où \(n+m\leq 4\). La géométrie ne dépend que du couple \((n,m)\).
Les géométries pour \(n+m\leq 4\)
\(n+m\)TypeGéométrieAngleExemple
2\(\text{AX}_2\)linéaire\(180°\)\(\text{CO}_2\)
3\(\text{AX}_3\)triangulaire plane\(120°\)\(\text{BF}_3\)
3\(\text{AX}_2\text{E}\)coudée\(\approx 120°\)\(\text{SO}_2\)
4\(\text{AX}_4\)tétraédrique\(109{,}5°\)\(\text{CH}_4\)
4\(\text{AX}_3\text{E}\)pyramidale\(\approx 107°\)\(\text{NH}_3\)
4\(\text{AX}_2\text{E}_2\)coudée\(\approx 104{,}5°\)\(\text{H}_2\text{O}\)
Les doublets non-liants « prennent de la place » : ils resserrent légèrement les angles (d'où \(107°\) et \(104{,}5°\) au lieu de \(109{,}5°\)).
Quatre géométries VSEPR CO₂ — linéaire (180°) AX₂ CH₄ — tétraédrique AX₄ (109,5°) NH₃ — pyramidale AX₃E (≈107°) doublet H₂O — coudée AX₂E₂ (≈104,5°)
Méthode — prévoir la géométrie d'une molécule
  1. Établir le schéma de Lewis pour connaître les liaisons et les doublets non-liants de l'atome central.
  2. Compter \(n\) (atomes liés à A) et \(m\) (doublets non-liants de A) : écrire \(\text{AX}_n\text{E}_m\).
  3. Lire la géométrie dans le tableau selon \((n,m)\).
Exemple travaillé — le méthane \(\text{CH}_4\). Lewis : le carbone (4 électrons de valence) forme 4 liaisons C–H, sans doublet non-liant. Donc \(n=4\), \(m=0\) : type \(\text{AX}_4\). Géométrie tétraédrique, angles \(\text{H–C–H}=109{,}5°\).
Mini-exercice 2. Donner la formule \(\text{AX}_n\text{E}_m\) et la géométrie de : (a) \(\text{H}_2\text{O}\) ; (b) \(\text{NH}_3\) ; (c) \(\text{CO}_2\).

(a) \(\text{H}_2\text{O}\) : O a 2 liaisons + 2 doublets non-liants → \(\text{AX}_2\text{E}_2\), coudée (\(\approx 104{,}5°\)). (b) \(\text{NH}_3\) : N a 3 liaisons + 1 doublet non-liant → \(\text{AX}_3\text{E}\), pyramidale (\(\approx 107°\)). (c) \(\text{CO}_2\) : C a 2 doubles liaisons (2 atomes liés) + 0 doublet non-liant → \(\text{AX}_2\), linéaire (\(180°\)).

3. Électronégativité et liaison polarisée

Définition — électronégativité L'électronégativité d'un atome mesure sa capacité à attirer vers lui les électrons d'un doublet liant. Plus un atome est électronégatif, plus il « tire » la paire d'électrons de son côté. Sur une ligne du tableau périodique, elle augmente de la gauche vers la droite ; le fluor est le plus électronégatif.
AtomeHCNOClF
Électronégativité2,22,53,03,43,24,0
(Valeurs de l'échelle de Pauling, sans unité.)
Définition — liaison polarisée et charges partielles Quand deux atomes liés ont des électronégativités différentes, le doublet liant est déplacé vers l'atome le plus électronégatif : la liaison est polarisée. L'atome le plus électronégatif porte une charge partielle négative notée \(\delta^-\) ; l'autre porte une charge partielle positive \(\delta^+\). Ces charges sont partielles (une fraction de charge élémentaire), pas des charges entières comme dans un ion.
Liaison polarisée H–Cl H Cl δ⁺ δ⁻ χ = 2,2 χ = 3,2 le doublet est attiré vers Cl
Mini-exercice 3. Dans la liaison O–H, quel atome porte \(\delta^-\) et lequel porte \(\delta^+\) ? Justifier à l'aide des électronégativités.

L'oxygène (\(\chi=3{,}4\)) est plus électronégatif que l'hydrogène (\(\chi=2{,}2\)) : il attire le doublet liant. Donc O porte \(\delta^-\) et H porte \(\delta^+\).

4. Polarité d'une molécule

Définition — molécule polaire ou apolaire Une molécule est polaire si elle présente globalement un côté \(\delta^+\) et un côté \(\delta^-\) (un « pôle positif » et un « pôle négatif »). Elle est apolaire dans le cas contraire. Deux conditions décident :
Rôle de la géométrie Une molécule peut avoir des liaisons polarisées et être apolaire si sa forme est symétrique : les effets des liaisons se compensent. Ainsi \(\text{CO}_2\) (linéaire, symétrique) est apolaire bien que ses liaisons C=O soient polarisées, alors que \(\text{H}_2\text{O}\) (coudée, non symétrique) est polaire.
CO₂ : apolaire δ⁻ δ⁻ δ⁺ symétrique → effets compensés H₂O : polaire δ⁻ δ⁺ δ⁺ non symétrique → pôles distincts
Mini-exercice 4. Le tétrachlorure de carbone \(\text{CCl}_4\) est tétraédrique et ses 4 liaisons C–Cl sont polarisées. Est-il polaire ou apolaire ? Expliquer.

La molécule est tétraédrique, donc parfaitement symétrique : les quatre polarités C–Cl, réparties de façon symétrique dans l'espace, se compensent. \(\text{CCl}_4\) est apolaire, malgré des liaisons polarisées.

5. Les interactions intermoléculaires

Définition — interactions intermoléculaires Les molécules ne sont pas isolées : elles s'attirent entre elles par des interactions intermoléculaires. Ces forces, bien plus faibles qu'une liaison covalente, gouvernent l'état physique (solide, liquide, gaz) et les températures de changement d'état. On distingue les liaisons de Van der Waals et les liaisons hydrogène.
Définition — liaisons de Van der Waals Les liaisons de Van der Waals sont des attractions électriques faibles qui existent entre toutes les molécules. Elles sont d'autant plus fortes que la molécule est grosse (nombreux électrons) et, à taille comparable, que la molécule est polaire. Ce sont elles qui permettent, par exemple, la liquéfaction des gaz.
Définition — liaison hydrogène Une liaison hydrogène se forme lorsqu'un atome d'hydrogène, lié à un atome très électronégatif (\(\text{O}\), \(\text{N}\) ou \(\text{F}\)) et donc porteur d'un \(\delta^+\) marqué, est attiré par un doublet non-liant d'un atome électronégatif (\(\text{O}\), \(\text{N}\), \(\text{F}\)) d'une molécule voisine. On la note par des pointillés. C'est l'interaction intermoléculaire la plus forte.
Liaisons hydrogène dans l'eau O H H δ⁻ O H H liaison H O H H
Ordres de grandeur des énergies Il faut comparer l'énergie qu'il faut fournir pour rompre une liaison : Une liaison covalente est donc environ 10 à 100 fois plus forte qu'une interaction intermoléculaire. Lors d'un changement d'état (fusion, vaporisation), on ne casse pas les liaisons covalentes : on rompt seulement les interactions intermoléculaires.
Mini-exercice 5. Pourquoi le méthane \(\text{CH}_4\) ne peut-il pas former de liaisons hydrogène, alors que l'ammoniac \(\text{NH}_3\) le peut ?

Une liaison hydrogène exige un H lié à O, N ou F (très électronégatifs). Dans \(\text{CH}_4\), l'hydrogène est lié au carbone (\(\chi=2{,}5\), peu électronégatif) : les H ne sont pas assez \(\delta^+\). Dans \(\text{NH}_3\), les H sont liés à l'azote (\(\chi=3{,}0\)) et l'azote porte un doublet non-liant : \(\text{NH}_3\) forme donc des liaisons hydrogène.

6. Relier structure et propriétés physiques

Interactions fortes → températures de changement d'état élevées Plus les interactions entre molécules sont fortes, plus il faut fournir d'énergie (donc chauffer) pour les séparer : les températures de fusion et d'ébullition sont plus élevées. Pour comparer deux espèces :
Exemple travaillé — pourquoi l'eau bout-elle si haut ? Comparons \(\text{H}_2\text{O}\) (\(M=18\ \text{g·mol}^{-1}\), \(T_{éb}=100\ \text{°C}\)) et \(\text{H}_2\text{S}\) (\(M=34\ \text{g·mol}^{-1}\), \(T_{éb}=-60\ \text{°C}\)). \(\text{H}_2\text{S}\) est pourtant plus lourd. La différence vient des liaisons hydrogène : l'eau, avec O–H, en forme de nombreuses ; le soufre, moins électronégatif, ne permet pas de liaison hydrogène dans \(\text{H}_2\text{S}\). Il faut donc beaucoup plus d'énergie pour séparer les molécules d'eau : \(\text{H}_2\text{O}\) bout à \(100\ \text{°C}\), un état liquide qui rend la vie possible.
Interactions fortes → T d'ébullition élevée N₂ H₂S H₂O −196 °C −60 °C 100 °C Van der Waals seules polaire liaisons H
Mini-exercice 6. Le dioxygène \(\text{O}_2\) est un gaz à \(20\ \text{°C}\) (\(T_{éb}=-183\ \text{°C}\)) alors que l'éthanol \(\text{C}_2\text{H}_6\text{O}\) est un liquide (\(T_{éb}=78\ \text{°C}\)). Expliquer cette différence à partir des interactions intermoléculaires.

\(\text{O}_2\) est apolaire : seules de faibles liaisons de Van der Waals relient ses molécules, faciles à séparer → gaz, \(T_{éb}\) très basse. L'éthanol possède un groupe O–H : il forme des liaisons hydrogène, bien plus fortes. Il faut donc beaucoup plus d'énergie pour séparer ses molécules → il est liquide à \(20\ \text{°C}\) et bout à \(78\ \text{°C}\).

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