← Retour au sommaire

Chapitre 1 – Mesure et incertitudes au laboratoire

Chapitre 1 | Première STL — spécialité Physique-chimie et mathématiques | Physique-Chimie

Dernière mise à jour : 21 octobre 2026

⏱ Durée de lecture estimée : ~20 min

Illustration : Des élèves mesurent à plusieurs reprises le même cylindre avec un pied à coulisse et notent les résultats.
Répéter la mesure d’un même objet avant d’étudier la dispersion des résultats.
Objectifs du chapitre :
Situation. Au laboratoire de chimie, un technicien prépare une solution étalon. Il pèse une masse de soluté à la balance, prélève un volume à la pipette jaugée, puis dose la solution obtenue. À chaque étape, l'appareil affiche un nombre — mais ce nombre n'est jamais la « vraie » valeur : la balance a une résolution finie, la verrerie une tolérance, le geste de l'opérateur varie légèrement. Mesurer au laboratoire, ce n'est pas relever un chiffre certain, c'est donner une valeur assortie d'une incertitude et savoir si le résultat est compatible avec une valeur attendue. C'est cette démarche — au cœur des sciences et technologies de laboratoire — que nous construisons dans ce chapitre.

1. Grandeur, valeur, unité SI

Définition — grandeur, valeur, unité Une grandeur physique est une propriété que l'on peut mesurer (masse, volume, concentration, température…). Le résultat d'une mesure est le produit d'une valeur numérique et d'une unité :
grandeur = valeur numérique × unité
Ainsi \(m=12{,}53\ \text{g}\) : la grandeur est la masse \(m\), la valeur numérique est \(12{,}53\), l'unité est le gramme. Une valeur sans unité n'a aucun sens physique.
Définition — les 7 unités de base du Système international (SI) Toutes les grandeurs se ramènent à sept grandeurs de base, chacune avec son unité SI :
Grandeur de baseUnité SISymbole
Longueurmètrem
Massekilogrammekg
Temps (durée)secondes
Intensité électriqueampèreA
TempératurekelvinK
Quantité de matièremolemol
Intensité lumineusecandelacd
Les autres unités sont dérivées : concentration en mol·L\(^{-1}\), volume en m\(^3\) (ou L), masse volumique en g·cm\(^{-3}\)…
Préfixes multiplicateurs On adapte l'unité à l'ordre de grandeur : kilo (k, \(\times10^{3}\)), milli (m, \(\times10^{-3}\)), micro (µ, \(\times10^{-6}\)), nano (n, \(\times10^{-9}\)). Ainsi \(250\ \text{mL}=250\times10^{-3}\ \text{L}=0{,}250\ \text{L}\) et \(5\ \text{µL}=5\times10^{-6}\ \text{L}\).
Mini-exercice 1. Donner l'unité SI de base et son symbole pour : (a) la masse d'un échantillon ; (b) la durée d'une réaction ; (c) la quantité de matière d'un réactif. Puis convertir \(0{,}25\ \text{L}\) en mL.

(a) masse → kilogramme (kg) ; (b) durée → seconde (s) ; (c) quantité de matière → mole (mol). Conversion : \(0{,}25\ \text{L}=250\ \text{mL}\).

2. Sources d'erreurs au laboratoire

Définition — erreur de mesure L'erreur d'une mesure est l'écart entre la valeur mesurée \(x_{mes}\) et la valeur vraie de la grandeur (que l'on ne connaît jamais exactement). On ne peut pas la supprimer complètement : on cherche à l'estimer et à la réduire.
Deux familles d'erreurs
Sources d'erreurs typiques en laboratoire
Erreurs aléatoires et erreur systématique valeur vraie aléatoires : dispersion autour du vrai valeur vraie systématique : décalage constant
Mini-exercice 2. On pèse dix fois le même échantillon avec une balance dont le zéro affiche déjà \(0{,}2\) g avant de poser l'objet. L'erreur introduite est-elle aléatoire ou systématique ? Comment la corriger ?

Toutes les pesées sont décalées de \(+0{,}2\) g dans le même sens : erreur systématique. Répéter la pesée ne la corrige pas. Il faut faire la tare (remettre le zéro) avant de peser.

3. Série de mesures : moyenne, dispersion, histogramme

Une mesure unique ne dit rien de sa fiabilité. Au laboratoire, on répète la mesure \(n\) fois dans les mêmes conditions (mêmes appareils, même opérateur) : on parle de répétabilité. On analyse alors la série \(x_1, x_2, \dots, x_n\).

Définition — valeur moyenne La valeur moyenne \(\overline{x}\) d'une série de \(n\) mesures est la meilleure estimation de la grandeur :
\(\overline{x}=\dfrac{x_1+x_2+\dots+x_n}{n}=\dfrac{1}{n}\sum_{i=1}^{n}x_i\)
La moyenne « compense » les erreurs aléatoires : plus \(n\) est grand, plus \(\overline{x}\) est fiable.
Définition — écart-type expérimental L'écart-type \(s\) mesure la dispersion des valeurs autour de la moyenne :
\(s=\sqrt{\dfrac{1}{n-1}\sum_{i=1}^{n}\left(x_i-\overline{x}\right)^2}\)
En pratique on l'obtient avec la fonction « écart-type » de la calculatrice ou d'un tableur (fonction ECARTYPE ou STDEV). Il a la même unité que les mesures.
Définition — histogramme d'une série Un histogramme représente la série : on partage l'intervalle des valeurs en classes de même largeur et on compte, pour chaque classe, l'effectif (nombre de mesures). Il visualise la dispersion : les valeurs se répartissent le plus souvent autour de la moyenne, en forme de « cloche ».
Histogramme d'une série de mesures valeur mesurée effectif moyenne x̄ 0 5 10 12
Exemple travaillé — moyenne et écart-type. On titre cinq fois la même prise d'essai ; on relève le volume équivalent \(V_{éq}\) (en mL) : 12,4 ; 12,6 ; 12,5 ; 12,3 ; 12,7.
Moyenne : \(\overline{V}=\dfrac{12{,}4+12{,}6+12{,}5+12{,}3+12{,}7}{5}=\dfrac{62{,}5}{5}=12{,}5\ \text{mL}\).
Écarts à la moyenne : \(-0{,}1 ; +0{,}1 ; 0 ; -0{,}2 ; +0{,}2\), donc \(\sum(V_i-\overline{V})^2=0{,}01+0{,}01+0+0{,}04+0{,}04=0{,}10\).
\(s=\sqrt{\dfrac{0{,}10}{5-1}}=\sqrt{0{,}025}\approx0{,}16\ \text{mL}\)
Les volumes équivalents sont dispersés d'environ \(0{,}16\ \text{mL}\) autour de \(12{,}5\ \text{mL}\).
Mini-exercice 3. On mesure 4 fois une masse (en g) : 25,2 ; 25,0 ; 25,4 ; 25,0. Calculer la valeur moyenne. (On ne demande pas l'écart-type.)

\(\overline{m}=\dfrac{25{,}2+25{,}0+25{,}4+25{,}0}{4}=\dfrac{100{,}6}{4}=25{,}15\approx25{,}2\ \text{g}\).

4. Justesse et fidélité

Définition — justesse et fidélité On compare deux méthodes de mesure en exploitant leurs séries : celle qui a la moyenne la plus proche de la référence est la plus juste ; celle qui a le plus petit écart-type est la plus fidèle. Une bonne méthode est à la fois juste et fidèle.
Justesse et fidélité (analogie de la cible) ni juste ni fidèle fidèle non juste juste non fidèle juste et fidèle
Ne pas confondre La fidélité (mesures resserrées) n'assure pas la justesse : une pipette mal étalonnée peut délivrer des volumes très reproductibles… mais tous faux (cible 2). L'écart-type mesure la fidélité, pas la justesse.
Mini-exercice 4. On dose une eau dont la concentration vraie est \(20{,}0\ \text{mmol·L}^{-1}\). Méthode A : 22,0 ; 22,1 ; 21,9. Méthode B : 19,0 ; 21,0 ; 20,0 (en mmol·L\(^{-1}\)). Laquelle est la plus fidèle ? La plus juste ?

A est très fidèle (valeurs resserrées autour de 22,0) mais peu juste (moyenne 22,0 loin de 20,0). B est peu fidèle (valeurs dispersées) mais plus juste (moyenne 20,0 = valeur vraie). Aucune n'est à la fois juste et fidèle.

5. Incertitude-type de type A (série de mesures)

Définition — incertitude-type de type A Quand on dispose d'une série de \(n\) mesures, on prend pour résultat la moyenne \(\overline{x}\). L'incertitude-type sur cette moyenne, notée \(u(x)\), s'évalue par une méthode statistique dite de type A :
\(u(x)=\dfrac{s}{\sqrt{n}}\)
où \(s\) est l'écart-type de la série et \(n\) le nombre de mesures. Elle a la même unité que la grandeur. Plus on fait de mesures (\(n\) grand), plus l'incertitude sur la moyenne diminue.
Pourquoi diviser par \(\sqrt{n}\) ? L'écart-type \(s\) décrit la dispersion d'une mesure. Mais la moyenne de \(n\) mesures est bien plus stable qu'une mesure isolée : ses fluctuations sont réduites d'un facteur \(\sqrt{n}\). D'où l'incertitude sur la moyenne \(s/\sqrt{n}\), plus petite que \(s\).
Exemple travaillé — incertitude de type A. On reprend la série des 5 titrages : \(\overline{V}=12{,}5\ \text{mL}\), écart-type \(s\approx0{,}16\ \text{mL}\), \(n=5\).
\(u(V)=\dfrac{s}{\sqrt{n}}=\dfrac{0{,}16}{\sqrt{5}}=\dfrac{0{,}16}{2{,}24}\approx0{,}07\ \text{mL}\)
On écrira le résultat \(V=(12{,}50\pm0{,}07)\ \text{mL}\).
Mini-exercice 5. Une série de \(n=9\) mesures d'une durée de réaction donne une moyenne \(\overline{t}=4{,}50\) s et un écart-type \(s=0{,}12\) s. Calculer l'incertitude-type de type A \(u(t)\).

\(u(t)=\dfrac{s}{\sqrt{n}}=\dfrac{0{,}12}{\sqrt{9}}=\dfrac{0{,}12}{3}=0{,}04\ \text{s}\).

6. Incertitude-type de type B (mesure unique, notice constructeur)

Définition — incertitude de type B Quand on ne fait qu'une seule mesure, l'incertitude ne vient plus de la dispersion mais des caractéristiques de l'instrument : on l'évalue par une méthode de type B, à partir d'une notice constructeur ou d'une relation fournie. Pour une tolérance ou une résolution \(a\) répartie uniformément :
\(u(x)=\dfrac{a}{\sqrt{3}}\quad\text{(tolérance }\pm a\text{)}\qquad u(x)=\dfrac{\Delta}{2\sqrt{3}}\quad\text{(résolution }\Delta\text{)}\)
En pratique au lycée, on utilise la relation donnée par l'énoncé ou la notice ; à défaut, on retient que l'incertitude est de l'ordre de la demi-graduation (règle, éprouvette) ou de la résolution affichée d'un appareil numérique.
Exemple — verrerie jaugée. Une pipette jaugée de \(20\ \text{mL}\) porte l'indication \(\pm0{,}03\ \text{mL}\) (tolérance de classe A donnée par la notice). L'incertitude-type de type B vaut :
\(u(V)=\dfrac{a}{\sqrt{3}}=\dfrac{0{,}03}{\sqrt{3}}=\dfrac{0{,}03}{1{,}73}\approx0{,}02\ \text{mL}\)
On écrit \(V=(20{,}00\pm0{,}02)\ \text{mL}\).
Exemple — lecture unique sur une éprouvette. On lit \(V=48\ \text{mL}\) sur une éprouvette graduée tous les 2 mL. On prend l'incertitude ≈ demi-graduation : \(u(V)\approx1\ \text{mL}\). On écrit \(V=(48\pm1)\ \text{mL}\).
Bien choisir la méthode Série de plusieurs mesures → incertitude de type A \(\big(u=s/\sqrt{n}\big)\). Mesure unique → incertitude de type B (notice, tolérance, résolution). On n'utilise \(s/\sqrt{n}\) que s'il y a réellement plusieurs mesures indépendantes.
Mini-exercice 6. Une fiole jaugée de \(100\ \text{mL}\) a une tolérance \(\pm0{,}10\ \text{mL}\) (notice). Calculer l'incertitude-type de type B \(u(V)=a/\sqrt{3}\).

\(u(V)=\dfrac{0{,}10}{\sqrt{3}}=\dfrac{0{,}10}{1{,}73}\approx0{,}06\ \text{mL}\). Résultat : \(V=(100{,}00\pm0{,}06)\ \text{mL}\).

7. Chiffres significatifs

Définition — chiffres significatifs Les chiffres significatifs d'une valeur sont les chiffres connus avec certitude, plus le premier chiffre incertain. Ils indiquent la précision. Règles :
Méthode — chiffres significatifs dans un calcul
Exemple. Concentration \(c=\dfrac{n}{V}=\dfrac{0{,}0125\ \text{mol}}{0{,}250\ \text{L}}=0{,}0500\ \text{mol·L}^{-1}\). Les données ont 3 chiffres significatifs → on garde 3 chiffres significatifs : \(c=5{,}00\times10^{-2}\ \text{mol·L}^{-1}\).
Mini-exercice 7. Combien de chiffres significatifs comportent : (a) \(0{,}050\) ; (b) \(304\) ; (c) \(2{,}400\times10^{3}\) ? Puis donner \(6{,}0\times2{,}55\) avec le bon nombre de chiffres significatifs.

(a) \(0{,}050\) → 2 ; (b) \(304\) → 3 ; (c) \(2{,}400\times10^{3}\) → 4. Produit : \(6{,}0\times2{,}55=15{,}3\), mais \(6{,}0\) n'a que 2 chiffres significatifs → \(15\) (2 chiffres significatifs).

8. Écrire un résultat et le comparer à une référence

Définition — écriture d'un résultat avec incertitude Un résultat de mesure se présente sous la forme :
\(x=x_{mes}\pm u(x)\quad(\text{unité})\)
Cela signifie que la valeur vraie a de bonnes chances de se trouver dans l'intervalle \([\,x_{mes}-u(x)\,;\,x_{mes}+u(x)\,]\). Règles d'écriture :
Exemple. Un calcul donne \(m_{mes}=12{,}3746\) g et \(u(m)=0{,}08\) g. On garde 1 chiffre significatif pour l'incertitude et on arrondit la valeur à la même décimale (centièmes) : \(m=(12{,}37\pm0{,}08)\ \text{g}\).
Méthode — comparer une mesure à une référence (nombre d'incertitudes-types) Pour discuter la validité d'un résultat \(x=x_{mes}\pm u(x)\) face à une référence \(x_{réf}\), on calcule l'écart normalisé, c'est-à-dire l'écart exprimé en nombre d'incertitudes-types :
\(z=\dfrac{|\,x_{mes}-x_{réf}\,|}{u(x)}\)
  1. Si \(z\le2\) : l'écart est petit (moins de 2 incertitudes-types) → le résultat est compatible avec la référence.
  2. Si \(z\gt2\) : l'écart est grand (plus de 2 incertitudes-types) → le résultat est en désaccord ; on suspecte une erreur systématique.
De façon équivalente et plus simple : le résultat est compatible si \(x_{réf}\) est dans l'intervalle \([\,x_{mes}-u\,;\,x_{mes}+u\,]\) (soit \(z\le1\)).
La référence est-elle dans la barre d'incertitude ? valeur x_mes x_mes − u x_mes + u x_réf dans l'intervalle → compatible
Exemple travaillé complet. On mesure la masse volumique d'un liquide : \(\rho=(0{,}998\pm0{,}003)\ \text{g·cm}^{-3}\). La valeur de référence de l'eau à 20 °C est \(\rho_{réf}=0{,}998\ \text{g·cm}^{-3}\)… Prenons plutôt un cas d'écart : mesure \(\rho=(2{,}68\pm0{,}05)\ \text{g·cm}^{-3}\), référence de l'aluminium \(\rho_{réf}=2{,}70\ \text{g·cm}^{-3}\).
Écart normalisé : \(z=\dfrac{|\,2{,}68-2{,}70\,|}{0{,}05}=\dfrac{0{,}02}{0{,}05}=0{,}4\le2\).
Intervalle : \([\,2{,}63\,;\,2{,}73\,]\), qui contient \(2{,}70\). La mesure est compatible avec l'aluminium : rien n'indique d'erreur systématique.
Mini-exercice 8. Un dosage donne \(c=(0{,}095\pm0{,}002)\ \text{mol·L}^{-1}\). La concentration de référence de la solution étalon est \(c_{réf}=0{,}100\ \text{mol·L}^{-1}\). Calculer l'écart en nombre d'incertitudes-types et conclure.

\(z=\dfrac{|\,0{,}095-0{,}100\,|}{0{,}002}=\dfrac{0{,}005}{0{,}002}=2{,}5\gt2\). L'écart dépasse 2 incertitudes-types : le résultat est en désaccord avec la référence. On soupçonne une erreur systématique (solution mal préparée, verrerie mal étalonnée, dosage biaisé).

Erreurs fréquentes
À retenir