← RETOUR SOMMAIRE

Activité 4 – Une racine carrée de −1, vraiment ? PROJET DOCUMENTAIRE

Chapitre 10 – Nombres complexes | Terminale Bac Pro | Mathématiques | ⏱ 50 min

Dernière mise à jour : 4 mai 2026, 11:30

Objectifs :

Situation – énigme du XVIᵉ siècle

En 1545, le mathématicien italien Gerolamo Cardano publie l'« Ars Magna » et résout l'équation x³ = 15x + 4. Il trouve x = 4 (vérifiable directement), mais sa formule de résolution passe par des racines carrées de nombres négatifs : √(−121).

À l'époque, c'est un scandale : on ne peut pas extraire la racine carrée d'un nombre négatif (un carré est toujours positif !). Cardano note ces nombres « impossibles » mais s'en sert tout de même comme outils intermédiaires pour arriver à la bonne réponse réelle (4).

Document — quelques jalons historiques

DateAuteurAvancée
1545Cardano (Italie)Première utilisation de √(−121) comme outil de calcul
~1600Bombelli (Italie)Règles de calcul sur les « impossibles »
1637Descartes (France)Invente le terme « imaginaire » (péjoratif)
1748Euler (Suisse)Notation i = √(−1). Formule e^(iπ) + 1 = 0
1797Wessel (Norvège)Représentation géométrique dans le plan
1831Gauss (Allemagne)Théorème fondamental de l'algèbre. Acceptation officielle

Document — définition moderne

i² = −1

Tout nombre complexe s'écrit z = a + ib avec a et b réels.

Document — applications modernes

📚 Cette activité approfondit les notions du chapitre par leur dimension historique et applicative.

Problématique : Pourquoi ces nombres « imaginaires », longtemps considérés comme « impossibles », sont-ils devenus indispensables à la science moderne ?

Question 1 APP

Calculer i², i³, i⁴, i⁵, i⁶. Que constate-t-on ?

  • i² = −1 (par définition)
  • i³ = i² × i = −1 × i = −i
  • i⁴ = i² × i² = (−1)² = 1
  • i⁵ = i⁴ × i = 1 × i = i
  • i⁶ = i⁴ × i² = 1 × (−1) = −1

Cycle de période 4 : i, −1, −i, 1, i, −1, −i, 1, ...

Pour calculer i^n, faire la division euclidienne de n par 4 et regarder le reste.

Question 2 VAL

Pourquoi appelle-t-on i un nombre « imaginaire » ? Est-il vraiment moins « réel » qu'un nombre négatif ?

« Imaginaire » est un nom historique inadapté, donné par Descartes (1637) avec une connotation péjorative.

Les nombres négatifs aussi étaient considérés « impossibles » à l'Antiquité (« comment posséder −3 pommes ? »). Aujourd'hui, les négatifs sont familiers (températures, dettes, soldes bancaires).

Les complexes ne sont pas moins « réels » que les autres :

  • Ils représentent des grandeurs physiques (rotations, oscillations, ondes).
  • Ils permettent de résoudre des problèmes concrets (impédance, signal, quantique).

Certains anglophones utilisent désormais le terme « lateral numbers » (nombres latéraux), car ils sont sur l'axe perpendiculaire au réel.

Question 3 REA

Calculer (3 + 2i) × (1 − i) et (1 + i)².

(3 + 2i) × (1 − i) = 3 − 3i + 2i − 2i² = 3 − i + 2 = 5 − i.

(1 + i)² = 1 + 2i + i² = 1 + 2i − 1 = 2i.

Surprise : (1 + i)² = 2i ≠ 0. Le carré d'un complexe non réel n'est pas forcément réel.

Mais (1 + i)⁴ = (2i)² = 4i² = −4. Réel.

Question 4 REA

Résoudre dans ℂ : x² + 1 = 0. Pourquoi cette équation n'a pas de solution dans ℝ ?

Dans ℝ : x² ≥ 0 toujours, donc x² + 1 ≥ 1 > 0 → pas de solution.

Dans ℂ : x² = −1 → x = ±i.

Solutions : x = i ou x = −i. Vérification : i² + 1 = −1 + 1 = 0. ✓

L'introduction de i permet de résoudre toutes les équations polynomiales (théorème fondamental de l'algèbre, Gauss 1799).

Question 5 VAL

Citer 3 technologies modernes qui n'existeraient pas sans les complexes.

  • Wi-Fi, GSM, 5G : reposent sur la modulation et la transformée de Fourier, qui utilisent les complexes intensivement.
  • Imagerie médicale (IRM, scanner) : reconstruction des images via transformée de Fourier complexe.
  • MP3, JPEG, MPEG : compression utilise la transformée discrète en cosinus (extension de Fourier).
  • Mécanique quantique : sans i, pas de transistor, pas de laser, pas de LED.
  • GPS : les signaux satellite sont traités par transformée de Fourier complexe.

Sans les complexes, la moitié de la technologie du XXᵉ et XXIᵉ siècle ne fonctionnerait pas.

Question 6 ANA

Euler a découvert la formule e^(iπ) + 1 = 0. Pourquoi est-elle considérée comme « la plus belle de toutes les mathématiques » ?

e^(iπ) + 1 = 0 (1748).

Cette formule relie en une seule équation les 5 constantes les plus fondamentales des mathématiques :

  • 0 : élément neutre de l'addition
  • 1 : élément neutre de la multiplication
  • π : géométrie (cercle)
  • e : analyse (croissance exponentielle)
  • i : algèbre (i² = −1)

Et 3 opérations fondamentales : addition, multiplication, exponentiation.

Élégance, simplicité, profondeur. Cette formule a été votée « plus belle équation » dans plusieurs sondages auprès des physiciens et mathématiciens.

Question 7 COM

Rédiger en 5 lignes une présentation pour un panneau d'exposition « De l'imaginaire à la réalité : 500 ans de complexes ».

De l'« imaginaire » à la réalité — 500 ans de nombres complexes

En 1545, l'Italien Cardano résout des équations à l'aide d'une racine de −1, qu'il qualifie d'« impossible ». Il faudra 250 ans pour que ces nombres soient acceptés (Gauss, 1831), et 50 ans pour qu'ils transforment la physique (Maxwell, équations de l'électromagnétisme).

Aujourd'hui, ce qui semblait « imaginaire » (i² = −1) fait fonctionner :

  • Tous les ordinateurs et smartphones (transistors quantiques)
  • Toutes les communications (Wi-Fi, GSM, 5G)
  • Toute l'imagerie médicale (IRM, scanner)

Une magnifique illustration que les mathématiques « pures » d'hier deviennent les technologies de demain.

🚀 Pour aller plus loin ANA

Hamilton (1843) a généralisé les complexes (2D) aux quaternions (4D, qui utilisent i, j, k avec ij = k). À quoi servent-ils aujourd'hui ?

Les quaternions sont des « complexes 4D » : q = a + bi + cj + dk avec ij = k, jk = i, ki = j, et i² = j² = k² = −1.

Applications modernes :

  • Animation 3D : rotations dans l'espace pour les jeux vidéo (Unreal, Unity), films d'animation. Plus efficace que les matrices 3×3.
  • Robotique : orientation des bras articulés, drones.
  • Aérospatiale : orientation des satellites, fusées (NASA).
  • Réalité virtuelle / augmentée : suivi de la tête en temps réel.

Beauté de l'histoire : Hamilton a inventé les quaternions sur un pont à Dublin en 1843, gravant la formule sur le pont. 200 ans plus tard, ils animent les jeux vidéo et les fusées.

À retenir